Prenez une feuille

cartable

C’est la rentrée, et vous avez du mal à reprendre la plume ? A retrouver la cadence de vos doigts sur le clavier ? C’est le moment de tester ce petit exercice recommandé par l’écrivain américain William S. Burroughs.

Prenez un de vos textes, n’importe lequel. Imprimez-en une page au hasard (il faut parfois laisser faire les choses). Découpez cette page en quatre parties et réorganisez-les, faites-en une sorte de « pêle-mêle » — oui, vous avez bien lu. Enfin recopiez le texte en conservant cet état de pêle-mêle. Vous résistez ? C’est normal : vous aviez ordonné les choses selon une certaine logique et tout à coup, vous devez les considérer au travers d’ellipses et de juxtapositions hasardeuses ! Et vous vous demandez à quoi ça peut bien servir de tout chambouler comme ça.

Réécrire, c’est encore écrire

Précisément : ne laissez pas passer une si belle occasion de revoir votre texte sous un angle neuf ! Exercez-vous à le retravailler en gardant le meilleur de ces modifications, dans la mesure où elles servent le texte. Et même si vous n’êtes pas convaincu du résultat, vous avez au moins relancé la machine. Oui, la machine-à-écrire. Après tout la réécriture, c’est aussi l’écriture… Bonne rentrée !

Ecrire la suite

femme écrivant

Vous avez profité des vacances pour avancer dans l’écriture de LA super-histoire que vous portiez en vous depuis des mois… Après avoir couvert des pages et des pages dans l’enthousiasme et le bonheur, arrivé au beau milieu du récit… c’est le trou noir ! Vous n’avez aucune idée de comment continuer.

Si jusqu’ici vous avez produit sans faillir un certain nombre de pages, peut-être avez-vous simplement besoin de faire une pause : deux-trois jours de balade le nez au vent, un bon film, un pot entre copains, une virée à la mer… Choisissez ce qui vous convient à vous, ce qui vous permettra de recharger vos batteries tout en faisant le vide dans votre esprit. L’important est de ne plus penser à ce que vous faisiez la veille pour mieux y revenir le surlendemain.

Relancer l’action

Si vous êtes bloqué et que le blocage s’éternise, il n’y a pas à hésiter : vous devez trouver un moyen de relancer l’action. Par exemple, en ajoutant un nouvel obstacle qui va obliger vos personnages à bouger. Ou en imaginant un retournement de situation. Surprenez-vous vous-même !

Il se peut aussi que vous ayez oublié en cours de route l’intrigue que vous aviez si soigneusement élaborée : prenez du recul, relisez vos notes et demandez-vous si, à cet endroit-là, vous n’avez pas fait fausse route en envoyant votre personnage dans cette direction. Est-ce que c’est cohérent avec l’intrigue et avec ce que vous savez du personnage ? Est-ce que cela apporte réellement quelque chose au récit ? Est-ce que cela le fait avancer ?

Se poser les bonnes questions

Il se peut enfin que vous n’ayez pas élaboré d’intrigue : vous avez démarré sur une idée qui vous plaisait,  parce que pour vous il n’y a rien de mieux que de découvrir l’histoire en l’écrivant… Pourquoi pas ? de grands romanciers procèdent ainsi et s’en sortent fort bien. Quand je commence à écrire, confie Haruki Murakami, je n’ai aucun plan. Ma tête est vide. J’avance à l’aveuglette dans mes propres ténèbres. Pour IQ84, j’avais la première scène : dans un taxi pris dans les embouteillages à Tokyo en écoutant de la musique classique. Je ne sais pas ce qui va se passer dans mon roman. J’ai simplement confiance dans le fait que je pourrai le finir. J’ai confiance, mais je n’ai pas encore d’histoire !

Votre problème, à vous, c’est de ne pas vous enliser dans un récit qui piétine. Si vous en êtes à la moitié, vous avez déjà une histoire, n’est-ce pas ?  Il pourrait donc être utile de relire tout ce que vous avez écrit et de vérifier quelles sont les grandes lignes de votre récit. Que voulez-vous raconter ? Qui sont les personnages et quelles sont leurs interactions ? Imaginez que vous vouliez résumer cette histoire à un enfant de dix ans, comment feriez-vous ? Vous poser toutes ces questions vous amènera à préciser vos intentions et vous aidera à trouver vers où vous voulez aller.

Besoin d’aide pour avancer dans l’écriture d’un récit ? Alice et les mots vous propose différentes formules d’accompagnement individuel ou de travail en groupe : consultez le programme de la rentrée 2016.

Ecrire en été

atelier écriture

C’est l’été. Vive les baskets et les sandales !… Pour battre la campagne ou arpenter le pavé, rien de vaut des chaussures légères. Et pour écrire, oubliez tablette et ordinateur pour deux outils faciles d’emploi, à glisser dans la poche : un carnet, un stylo…

Profitez de l’été pour écrire autrement : appuyé sur un coude, le nez au ras de l’herbe, ou à califourchon sur le mur de pierre au fond du jardin… Sur un banc au bord de la Seine ou à la terrasse d’un café… Dans le métro, au fil des stations… Les coudes dans le sable, face à l’océan… Changer ses habitudes d’écriture permet d’écrire différemment.

Ecrire autre chose

Par exemple, en s’autorisant à écrire ce qui vient : des fragments captés dans la marche, bribes de dialogues, croquis pris sur le vif, embryons de fictions, bouts de poèmes…  L’été, c’est le bon moment pour lâcher prise. Pour accepter d’écrire, peut-être, n’importe quoi… sans jugement, juste pour le plaisir. C’est aussi essayer d’écrire là où l’on n’a pas encore osé se lancer, accepter d’être débutant dans un domaine inexploré : les contes pour enfants, le haiku, le roman-feuilleton, le récit fantastique ?…  Et si à la relecture vous trouvez que ce n’est vraiment pas pour vous, dites-vous qu’écrire  c’est aussi, parfois, rater. Et félicitez-vous d’avoir  essayé !

 

 

C’est l’été, changez vos habitudes d’écriture !

© Pedro Ribeiro Simoes

Tous les manuels à l’usage des apprentis-auteurs vous incitent à mettre en place une « routine » d’écriture (traduction : écrire tous les jours à la même heure un nombre de mots/de pages/ de signes fixé à l’avance et vous y tenir quoi qu’il arrive). Et voilà qu’aujourd’hui, on vous demande de  faire le contraire ! Mais de qui se moque-t-on ?

Pourtant, c’est vrai : autant il peut être payant, si vous avez un projet d’écriture au long cours, de vous mettre tous les jours devant votre clavier et de vous astreindre à « produire », autant il est nécessaire et même salutaire de bousculer parfois vos habitudes… Car celle d’écrire tous les jours peut, comme toute routine, devenir à la longue un acte machinal et sans imagination — un comble !  Nombreux sont les auteurs qui profitent d’un changement dans leur quotidien (le voyage en est l’exemple-type) pour rafraîchir leur plume en allant écrire ailleurs et autrement. Pourquoi ne pas profiter de l’été pour bousculer votre routine ?

Changer de lieu, d’horaires… ou de texte

Si vous n’avez pas l’intention de bouger, vous pouvez décider de changer d’horaires ou de lieu, ou encore  expérimenter des façons différentes de travailler. L’écrivain américain William S. Burroughs propose quant à lui un petit exercice visant à changer non pas les conditions dans lesquelles vous écrivez, mais carrément le texte lui-même et la manière de le travailler  : vous imprimez une page de votre manuscrit et la coupez en quatre parties. Puis vous vous ingéniez à réorganiser celles-ci sans idée préconçue, en oubliant la logique qui avait présidé à l’ordonnance des choses . Il ne vous reste plus qu’à retourner à votre manuscrit et à retravailler votre texte en gardant de ces modifications ce qui le sert au mieux… Une manière de « lâcher prise » et de sortir de la routine sans perdre de vue son objectif : faire progresser son texte et son écriture.

Mettre un point final à son manuscrit

femme écrivant

Vous l’avez relu un bon nombre de fois, avez corrigé ce qu’il fallait corriger,  donné à lire à quelques lecteurs et retravaillé en fonction de leurs remarques. Pourtant, vous n’arrivez toujours pas à le lâcher. A admettre que cette fois, ça y est : vous avez terminé ce fichu manuscrit !

Pas facile de mettre un point final à un ouvrage de longue haleine… Le soulagement et la joie d’en avoir terminé ne sont pas toujours au rendez-vous. Parfois, c’est même le contraire : le moment d’abandonner les personnages avec lesquels on a fait un joli bout de chemin, de laisser son manuscrit aller dans le monde où (du moins on l’espère) il va enfin vivre sa vie, est une étape qui peut être pénible, voire même douloureuse. Parce qu’après des mois, voire des années de travail, le vide s’installe.

A chacun sa solution

Certains se trouvent des prétextes pour repousser encore un peu le moment fatidique. Vous pouvez, comme Hemingway [1]pour L’adieu aux armes, vous ingénier à imaginer des dizaines de fins différentes… Après un tel remue-méninges, gageons que vous n’aurez plus qu’une envie : vous débarrasser de ce récit qui vous sort par les yeux ! Le format ne fait d’ailleurs pas grand-chose à l’affaire : Edgar Poe, pour écrire des nouvelles, contournait le problème en commençant par la fin ! Une solution qui convient bien aux amateurs de formats courts et plus particulièrement de nouvelles à chute. Commencez par trouver une dizaine de chutes et choisissez les trois qui vous plaisent le plus, puis écrivez la nouvelle correspondante. Quand vous l’aurez terminée, vous saurez qu’il vous en reste encore deux à écrire : un bon moyen d’éviter le « baby blues » ! Une amie a ainsi décidé de travailler sur plusieurs projets à la fois… comme ça, lorsque l’un d’eux est bouclé, elle a toujours du pain sur la planche.

Respirez l’odeur des pommes

Et si, décidément, aucune de ces propositions ne vous correspond mais que vous n’avez pas les moyens de faire comme Balzac qui, lui, réécrivait jusque sur le marbre des imprimeurs, vous pourriez avoir envie d’imiter Zadie Smith : dans le magazine Books, elle raconte comment elle a vécu le dernier jour d’écriture de son dernier roman. « J’ai débouché un bon sancerre que j’avais mis de côté et l’ai bu debout, la bouteille à la main, avant de m’allonger sur les pavés de mon arrière-cour et d’y rester un long moment, à pleurer. Il y avait du soleil, c’était la fin de l’automne et il y avait partout des pommes, blettes et puantes. »

[1] Il en a écrit 47 !

blocage

Blocage d’écriture : comment en sortir ?

 

Depuis hier, vous tournez en rond. Rien ne vient ou tout ce qui vient est bon pour la poubelle.  Pas de panique : vous pouvez en sortir. Surtout si vous êtes dans l’un des 2 cas suivants…

Vous n’avez aucune idée 

C’est « le » classique blocage face à la page blanche. Vous êtes hypnotisé-e par l’écran ou la feuille qui n’en finit pas de vous aspirer dans un vide sidéral. Au point que vous êtes persuadé que tout ce qui pourrait vous sauver, c’est de faire une pause-clope, de passer un coup de fil aux copains, ou encore de descendre au troquet du coin prendre un p’tit café… voire (le pire du pire) de plonger droit dans le frigo…

STOP ! Ne lâchez pas votre stylo ou votre clavier : non seulement votre cas n’est pas désespéré, mais c’est bien le seul type de blocage qui peut être vaincu par n’importe quel exercice d’écriture. Sans blague ! Oubliez un moment ce sur quoi vous séchez et lancez-vous une contrainte inédite : écrivez ce qui se passerait si la fin du monde arrivait là, maintenant, tout de suite. Ou encore la suite d’Autant en emporte le vent ou de Twilight (enfin quelques scènes), juste pour le plaisir de remettre en selle des personnages que vous connaissez déjà tellement bien qu’ils vont se faire un plaisir de vous raconter leur histoire. Vous pouvez aussi vous laisser aller à imaginer comment la personne que vous détestez le plus au monde devient un personnage de votre prochain roman (ou nouvelle, ou pièce de théâtre, ou scénario…) et dans quelle situation impossible vous allez vous ingénier à la plonger.

Vous avez plein d’idées, mais pas moyen d’en faire quoi que ce soit de cohérent

Deux possibilités : soit vous avez trouvé une idée absolument géniale, mais au bout de trois pages elle vous saoule complètement ; soit vous pensiez avoir trouvé une chouette idée de roman et, après trente pages de pur bonheur d’écriture, vous vous apercevez qu’en fait elle conviendrait parfaitement… à une nouvelle. Hélas, trois fois hélas,  bien souvent les idées qui nous emballent le plus sont justement celles qui se révèlent être des pétards mouillés (il doit y avoir dans l’univers une loi qui porte un nom – d’écrivain – pour illustrer ce triste constat). C’est la dure réalité et il n’y a rien à faire cela, inutile d’injurier la terre entière il ne vous reste plus qu’à ouvrir un nouveau dossier. La bonne nouvelle, c’est que souvent, lorsqu’on a l’impression d’avoir perdu son temps à développer une idée d’histoire qui fait flop, il y a une autre idée qui se cachait derrière et celle-là… c’est la bonne. Youpi.

article librement inspiré de The 10 Types of Writers’ Block paru sur le site io9

Qu’est-ce qui ne va pas dans mon texte ? (et comment l’améliorer)

 

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Ce texte, vous y croyez. Il vous a coûté du temps, de l’énergie et pas mal d’huile de coude. Pourtant, lorsque vous le donnez à lire autour de vous, vous rencontrez au mieux des regards fuyants ou des excuses genre « je l’ai lu très vite, je ne peux pas te dire… » En clair : vos lecteurs n’osent pas vous avouer qu’ils ont calé dès les premières lignes. Comment y remédier ?

Difficile, quand on se relit soi-même, de prendre suffisamment de recul pour apprécier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Par exemple : en tant qu’auteur, vous connaissez par cœur les tenants et aboutissants de votre récit et, de votre point de vue, tout est clair : les informations indispensables sont bien là, sur la page. Mais qu’en est-il du point de vue du lecteur ? Mettez-vous à sa place et vérifiez s’il  a bien tous les éléments pour comprendre ce que vous lui racontez.

Savoir doser les informations

Peut-être avez-vous fait un copié-collé quelque part et, en le reportant, avez-vous coupé un précieux morceau de texte ? Ou bien, en réécrivant entièrement le début, avez-vous supprimé des informations importantes qui auraient besoin d’être réinjectées dans le récit ? A l’inverse, une erreur fréquente est de vouloir à toute force mettre les points sur les i : par exemple, vous décrivez de long en large un paysage de désolation et terminez par « C’était vraiment un paysage désolé ! » On avait compris, merci. A la longue, rien de plus indigeste.

Identifier les motivations des personnages

Si vous ne savez pas pourquoi les personnages de votre fiction agissent comme ils le font, comment voulez-vous que le lecteur le devine ? Avant de vous lancer dans l’écriture, vous devrez donc vous demander ce qui les pousse à faire ceci ou cela, parfois au prix de leur vie. La plupart du temps, c’est pour combler un manque (d’attention, d’amour, d’argent…) Ce peut être aussi pour fuir une peur secrète qui va les pousser à éviter toute situation pour eux angoissante. Bien sûr, c’est dans une situation de ce genre que vous allez les plonger, c’est tellement plus excitant ! Vous n’êtes pas obligé de leur fixer des motivations élevées : untel peut vouloir gagner la course à l’échalote pour remporter son poids en chocolat. L’essentiel est que sa motivation soit claire pour vous, auteur, car cela se sentira dans ce que vous écrirez.

Donner du rythme

Vous abusez des phrases longues et le lecteur perd le fil ? Ou, au contraire, vous alignez les phrases très courtes, souvent non verbales et votre style paraît haché ? Savoir alterner phrases courtes et phrases longues apporte du rythme à un texte et évite la monotonie.  A l’échelle du récit, insérer un flash back ralentit le tempo, une ellipse  permet de l’accélérer.  Le tout est de trouver le bon dosage.

Savoir prendre du recul

Tout ça, c’est bien beau… mais vous avez tellement retravaillé votre texte que vous n’arrivez même plus à vous relire. Quelques trucs pour vous aider à prendre du recul : si vous n’avez encore travaillé qu’à l’écran, imprimez votre texte. Si vous êtes habitué à le lire dans votre tête,  relisez-le à voix haute. Essayez aussi de changer le caractère et le corps (la grosseur des caractères est indiquée par un numéro : 10, 12)… N’hésitez pas à bousculer vos habitudes : cela vous aidera à voir votre prose d’un œil neuf. Enfin, ne craignez pas de faire plusieurs lectures : la première pour avoir une vision globale (celle du lecteur quand il découvre le récit), la deuxième pour les questions de style et de ponctuation, la dernière pour l’orthographe.

Et si, après avoir relu-corrigé-vérifié tous les points ci-dessus, vous n’obtenez de vos relecteurs qu’un grognement distrait, demandez-vous si vous savez bien les choisir : les proches ne sont pas forcément les plus indiqués !

Vous avez besoin d’un œil extérieur sur vos textes ? Alice et les mots vous propose une relecture de votre manuscrit dès les 50 premières pages.

Pourquoi suivre un atelier par mail ?

 

Parce que votre emploi du temps ou votre situation géographique ne vous permet pas de suivre un atelier régulier.

Parce que vous n’aimez pas écrire à heure fixe. Vous préférez choisir le lieu et le moment.

Parce qu’écrire à une table vous ennuie : votre lieu d’écriture, à vous, c’est l’arbre au fond du jardin ou le café du coin…

Parce que vous aimez prendre votre temps, et planter là papier et stylo pour aller marcher le long de la plage. Cinq minutes ou deux heures, vous n’êtes pas trop fixé. 

Parce que vous ne pouvez pas écrire sans fumer et que vous n’aimez pas déranger.

Parce que vous vous relisez à haute voix, en gueulant presque. Même si vous n’êtes pas Flaubert.

Parce que vous avez besoin de tout réécrire. La spontanéité et vous, ça fait deux.

Parce que la lecture de vos textes devant un groupe sitôt la plume posée, ça vous bloque le plexus et vous contracte les mâchoires.

Parce que vous partez en vacances et que tout l’été sans atelier d’écriture, ça vous paraît tout bonnement impossible

Pour toutes ces raisons et d’autres qui vous sont propres, Alice et les mots vous propose un atelier par mail du 4 juillet au 29 août : découvrez ici comment il fonctionne et comment vous inscrire.

 

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Qu’est-ce qui fait une nouvelle ?

© Dylan Foley

A l’Atelier de la nouvelle, on écrit des nouvelles, on lit celles des auteurs d’hier et d’aujourd’hui, on partage celles qu’on a écrites, on en discute… et on cherche à les améliorer.

Un personnage qui ne tient pas la route, des dialogues bancals, un point de vue flottant… tout apprenti-auteur y est confronté un jour ou l’autre et même des auteurs confirmés ont recours à des lecteurs extérieurs pour repérer ces écueils. La nouvelle vous réserve aussi quelques pièges qui lui sont propres : par exemple, comment dépasser le stade de l’anecdote pour en faire une histoire ?

Introduire une rupture

Une anecdote, c’est un petit fait du quotidien que vous racontez à un ami dans la file d’attente du cinéma ou au téléphone. Un exemple : en vous promenant dans la rue vous avez cru apercevoir quelqu’un que vous connaissiez et avez couru pour le rattraper. L’autre s’est retourné… ce n’était pas lui  ! Si vous rapportez les faits tels quels à l’écrit, vous aurez bien du mal à en faire une nouvelle. Vous obtiendrez un texte court, certes, peut-être même bien écrit mais qui ne contiendra rien qui éveille l’intérêt du lecteur.

Pour ressembler à une nouvelle, votre récit devra dépasser le stade de l’anecdote. Imaginons qu’à partir de l’exemple ci-dessus vous vouliez écrire une nouvelle à chute. Ce qui caractérise ce genre de nouvelle, c’est une rupture dans le quotidien : quelque chose se passe qui bouscule les habitudes, provoquant une « crise ».  Une nouvelle est une fiction, il est donc nécessaire de mettre en place tous les éléments propres à une fiction. Vous allez inventer un personnage qui aperçoit dans la rue quelqu’un qu’il croit reconnaître, puis vous demander quel pourrait être ici l’élément susceptible de déclencher une série de rebondissements menant à la fameuse chute…

Installer une tension narrative

A partir d’une situation donnée, vous allez faire en sorte d’installer une attente chez le lecteur, quelque chose qui lui donnera envie de continuer à lire pour savoir ce qui va se passer… Et si la silhouette aperçue dans la rue était celle d’une personne disparue depuis des années ? Voilà qui pourrait éveiller la curiosité du lecteur. Pour augmenter encore la tension, vous pouvez aussi imaginer que, pendant qu’il suit la silhouette en question, votre personnage s’aperçoit qu’il est lui-même suivi, ou que celui qu’il suit fait l’objet d’une filature par une tierce personne ! (d’accord, l’exemple est basique et vous pouvez certainement trouver mieux… mais vous avez compris l’idée). La tension narrative est au cœur des récits de fiction, et, dans le cas d’une nouvelle, c’est précisément la chute qui permettra de dénouer cette tension après que celle-ci aura atteint son point culminant.

(à suivre)

En mai, le stage Ecrire une longue nouvelle vous proposera d’élaborer une nouvelle par étapes en partant de différents moments-clés. L’objectif est de terminer le premier jet d’un récit d’une dizaine de pages.

Des trucs et des tocs :

rituels d’écriture 

 page blanche

 

Colette n’écrivait que sur du papier bleu, Proust dans son lit. Sartre et Beauvoir travaillaient au café, Joyce Carol Oates et Elisabeth George courent des kilomètres avant de prendre la plume… A chacun ses rituels pour affronter la page blanche.

Certains écrivent très tôt le matin comme Amélie Nothomb ou Irène Frain, d’autres tard le soir comme Fred Vargas ou Philippe Jaenada. Parfois en suivant des horaires de bureau, comme Nina Bouraoui. En se fixant un nombre de mots précis par jour, toujours le même, comme Stephen King ou Ian Mac Ewan ; ou un nombre de pages, comme Philippe Djian qui écrit une page par jour mais qui, une fois terminée, est bonne à imprimer. Lydie Salvayre confie écrire n’importe où — exprès : « Plus c’est n’importe où, mieux c’est ». Et puis il y a ceux qui ne peuvent écrire qu’au beau milieu du désordre, ceux qui ont besoin d’une table rangée au centimètre près, ceux qui écoutent de la musique et ceux qui exigent un silence absolu, ceux qui écrivent debout, ceux qui écrivent dans leur lit…

Du rituel au « grigri »

Ce n’est pas parce qu’on est un auteur publié qu’on ne connaît pas l’angoisse de la page blanche ! Pour contourner l’obstacle, Colette écrivait sur papier bleu,  H.G. Wells avait deux stylos : l’un pour les mots longs, l’autre pour les mots courts, Kierkegaard ne prenait la plume qu’après un rituel compliqué durant lequel il ingurgitait un breuvage à base de café sucré au sherry, Carver s’isolait dans sa voiture… Stephen King travaille face à un mur pour éviter tout élément de distraction, Elisabeth George prépare sa copie avec un soin maniaque au point que le premier jet n’a de « premier » que le nom, Toni Morrison ne démarre pas l’écriture sans avoir regardé le soleil se lever depuis la fenêtre de sa cuisine…

Affronter le dragon

A chacun ses « trucs » et ses « tocs », ses frayeurs et ses obsessions. Nous voilà rassurés : l’écrivain est un humain comme les autres ! Son dragon, à lui, c’est l’écran vide ou la page immaculée. « Il faut apprendre à salir une page », écrit Dany Laferrière dans « Journal d’un écrivain en pyjama » qui conseille de commencer en écrivant « n’importe quoi » : « Ce que vous voyez devant vous (…) ou votre rêve de la nuit dernière ». C’est ainsi que l’on pratique en atelier d’écriture car, quel que soit le rituel, l’objectif est toujours d’arriver à enclencher le processus. Et vous, comment faites-vous ?