De la nouvelle au Nobel

Alice MunroElle s’appelle Alice Munro, elle est écrivain et canadienne. Elle vient d’obtenir le prestigieux prix Nobel de littérature. Elle a une particularité : elle n’écrit (presque) que des nouvelles. 

On le sait, on le dit, on le répète sur tous les tons : la France n’aime pas lire des nouvelles, les éditeurs français n’aiment pas en publier, les revues littéraires qui défendent la nouvelle sont ignorées du grand public… Raison invoquée : le lecteur lambda ne supporterait pas de se plonger dans une histoire pour en émerger trois ou vingt pages plus loin ! En France, on veut du lourd, du bon gros pavé, de la saga, de la littérature, quoi.

Pourtant, notre époque de zapping aurait toutes les raisons d’adopter le format court — le manque de temps et de concentration ne poussant pas vraiment à la lecture… De mauvaises raisons ? Mais après tout, Alice Munro elle-même ne confie-t-elle pas « Si j’ai commencé à écrire des nouvelles, c’est parce que ma vie ne me laissait pas assez de temps pour édifier un roman… » ? Et si, pour le week-end, vous vous laissiez tenter par un recueil de nouvelles ?

Le Tchekhov américain

Loin des « tartines » de mots, Munro dévoile en quelques pages des pans entiers de la condition humaine. « Du Balzac en 10 000 mots » estime sur son blog sa compatriote, la journaliste Lise Ravary. Plus couramment, Alice Munro est comparée à Tchekhov : parce que, comme lui, elle s’inspire des petites choses du quotidien pour en tirer de vrais drames intimes. « Ils ont en commun la même démarche : partir de la vie de quelqu’un d’ordinaire, comme vous et moi, et condenser, styliser, intensifier tout ce qui s’y passe » explique Olivier Cohen, qui a publié  trois ouvrages d’Alice Munro aux éditions de l’Olivier*. Les histoires qu’elle raconte ont pour toile de fond des bleds paumés de l’Ontario du sud-ouest. Les personnages qu’elle met en scène, en général des femmes que la vie n’a pas épargnées, sont ciselés au point qu’ils en deviennent universels. Comme chez Tchekhov, les thèmes évoqués vont à l’essentiel : la mère disparue, le père violent, le désamour, le non-dit, le désir de fuir, de tout plaquer pour « prendre en charge sa propre vie » … Chaque mot compte, chaque silence aussi. L’essence de la nouvelle.

* Les éditions de l’Olivier ont publié Trop de bonheur, Du côté de Castle Rock et Fugitives

Pour en savoir plus sur la nouvelle et comment en apprivoiser la forme, vous trouverez ICI le programme des stages proposés par Alice et les mots.

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