Interview : itinéraire d’une nanoteuse

Sophie Allainguillaume n’en est pas à son premier défi d’écriture : en 2010, elle participe aux « 24 h d’écriture » organisées à Paris (1) et remporte le prix. Sa nouvelle, Rencontre à proximité du fleuve, est ainsi publiée chez Les Éditeurs Associés (2). Cette année, elle tente le NaNoWriMo pour la première fois.

 Depuis quand écris-tu ? Qu’as-tu déjà publié ?Sophie Allainguillaume

J’ai commencé à écrire à l’adolescence. Pendant très longtemps, j’ai écrit pour moi seule. L’idée de publier était trop inquiétante, à l’opposé de l’écriture qui était intime, rassurante.

Progressivement, j’ai écrit plus de fiction. Je me suis intéressée aux techniques narratives. J’ai suivi un atelier sur le roman qui a été un détonateur. Mes histoires étaient mieux construites, je pouvais enfin aborder le roman.

Après Rencontre à proximité du fleuve, j’ai publié une autre nouvelle, Le Seuil, dans un recueil collectif : Douze Cordes aux éditions Antidata.

Pourquoi rejoindre le NaNo ? Quelles sont tes motivations ?

J’ai tendance à laisser le temps passer. Or, le roman demande une grande régularité. Si on avance trop lentement, le récit devient lui-même statique.

Le NaNoWriMo va me permettre d’écrire en 30 jours ce que j’aurais écrit en… six à huit mois. Je saurai si mon projet fonctionne. J’aurai un premier jet que je pourrai retravailler. Et ce sera un test. C’est un rythme de fou, mais pas si éloigné de celui d’un romancier. Stephen King a écrit 2000 mots par jour pendant très longtemps.

As-tu déjà vécu des expériences similaires ? Comment cela s’est-il passé ? Qu’est-ce que tu en as retiré ?

Pendant les 24 Heures, j’ai écrit une nouvelle en un temps assez court. J’ai adoré l’expérience. À la fin, à part des corrections stylistiques, je n’ai pas eu à la retoucher. Contrairement à d’autres nouvelles sur lesquelles j’ai passé trop de temps et qui ne fonctionnent pas.

Le principe du NaNoWriMo est l’ultimatum. Forcé à travailler en un temps limité, le cerveau trouve des ressources insoupçonnées.

Après 10 jours (3) de NaNo, comment te sens-tu ?

Sidérée de tenir le rythme, je pensais que ce serait plus difficile. Fatiguée, bien sûr. Un peu en retard sur le compte, mais rien de grave. Et pourvue de personnages beaucoup plus dynamiques !

Qu’espères-tu écrire durant ce mois (au-delà des 50 000 mots) : quel genre de roman ?

C’est un roman de littérature générale, apparenté à Rencontre à proximité du fleuve. J’ai eu envie de développer l’histoire.

As-tu préparé ton projet avant le mois de novembre ? Si oui, comment  (notes, recherches documentaires, etc) ?

J’ai travaillé sur ce projet pendant deux ans et demi. J’ai accumulé beaucoup de notes, j’ai une centaine de pages d’une première version que j’ai dû interrompre parce que les intrigues secondaires prenaient trop de place.

Mon but pour le NaNo est de mettre tout cela de côté.

J’ai repris le roman de zéro pour retrouver la dynamique de l’histoire, en m’appuyant le plus possible sur ma mémoire.

Comment gères-tu l’écriture quotidienne (1600 mots, c’est bien ça ?)

Je commence à écrire dès que je me lève. J’ai la chance de travailler en horaires décalés, et à temps partiel, donc j’ai beaucoup de temps.

Et les jours « sans » ?

L’enchaînement du travail et de l’écriture a été parfois fatigant. Quand j’abuse, le lendemain je ralentis. Quitte à avoir du retard.

Combien de temps consacres-tu chaque jour au NaNo (à l’écriture ? aux échanges avec les autres Nanoteurs ?)

Cinq à six heures par jour.

Au début, je passais du temps sur les réseaux, pour suivre les « Nanosprints » et « Word Wars », qui consistent à écrire le plus grand nombre de mots sur une durée limitée (de dix à trente minutes). C’est très drôle, et dynamisant. Ces derniers jours, j’ai travaillé seule.

Que comptes-tu faire de tout ce que tu auras écrit pendant ce mois ?

Faire lire le roman à des amis, pour avoir un retour. Et le retravailler.

50 000 mots… et après ? Espères-tu garder le rythme une fois le NaNo terminé, même si redescends à un plus petit nombre de mots par jour ?

Je ne sais pas. Je vais probablement écrire plus après le NaNo, mais je n’ai rien prévu.

Avec 50 000 mots, tu obtiens l’équivalent d’un petit roman. Que vas-tu en faire (le continuer ou ton projet tiendra-t-il dans ce format de 50 000 mots ?)

Je pense que ce roman fera plus de 50 000 mots. J’en saurai plus à la fin du mois.

Question à 100 balles : est-ce que les éditeurs ont un œil sur ce genre d’événements ? Trouve-t-on plus facilement un éditeur si on est passé par le NaNo ?

Le NaNo de novembre commence pendant la nuit d’Halloween. Cette année, les éditions Bragelonne ont accueilli les participants le 31 octobre pour une soirée déguisée et le lancement officiel du NaNo français à minuit.

Je ne sais pas si d’autres éditeurs connaissent l’événement. Il appartient aux auteurs. Son but est d’obtenir un premier jet d’une « exubérante imperfection », pour reprendre les mots de Chris Baty (un des fondateurs de NaNoWriMo). La recherche d’un éditeur est donc très éloignée du projet.

(1) l’objectif était d’écrire en 24 h une nouvelle de 10 500 caractères (7 pages) minimum.
(2) elle signait alors Scarlett Allainguillaume
(3) l’interview est réalisée le 10 novembre
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