Ecrire un premier roman

Terminer l’écriture d’un premier roman est en soi une petite victoire. On a découvert les pièges de la construction, les aléas de l’inspiration, les chausse-trapes du style et les crises de confiance. Qui dira les heures passées sur une ligne, une phrase, un paragraphe ?…  Alice et les mots a  recueilli les impressions de quelques talents prometteurs à l’issue de leur première expérience romanesque. Aujourd’hui : Jacqueline Dewerdt qui publie « Un tilleul n’est pas un peuplier » aux éditions Zonaires.

 

Depuis quand écris-tu ?

J’ai commencé à écrire en 2008 en atelier d’écriture. Très vite j’ai aussi écrit chez moi et j’ai envoyé des textes à des concours de nouvelles. Un premier succès dès 2009 m’a encouragée à continuer.

Comment est née l’idée du roman ?

J’ai écrit un premier texte au cours d’un atelier par mail que tu as animé à l’été 2014 : « Ecrire avec Patrick Modiano ». Une nouvelle ratée. Trop de personnages, trop d’informations complexes, de mystères non résolus. Trop pour une nouvelle ? Pourquoi pas un roman ? Moi qui aime écrire court, voire très court, je me suis lancée tête baissée, sans plan de bataille, sans idée de ce qui allait advenir. Je découvre alors le plaisir de me laisser aller sans retenue à décrire en détail des lieux réels ou imaginaires, à inventer des personnages, de faux souvenirs, des scènes vivantes, émouvantes ou amusantes ! Un an plus tard, j’avais plus de quatre cents feuillets, mais des personnages encore un peu flous, et surtout pas de vraie histoire et aucune idée de sa fin. La rigueur devenait nécessaire si je voulais aboutir. Je me suis attelée aux fiches de personnages, synopsis, tableau de structure. Après un stage d’écriture et avec l’aide de l’Atelier du manuscrit*, j’ai élaboré une intrigue, structuré le récit, comblé les ellipses, coupé beaucoup de ces scènes que j’avais eu tant de plaisir à écrire et qui s’avéraient inutiles, pesantes ou redondantes. Et j’ai choisi une fin. Il restait encore à retravailler les mots, les phrases, le rythme, ce que j’aime par-dessus tout. Au total, deux ans et demi de travail journalier.

Dis-nous quelques mots au sujet du roman (le thème — sans dévoiler toute l’histoire, les personnages, l’ambiance…).

Secret de famille et quête d’identité sont au cœur du roman. Comment se construire quand on ne sait pas d’où l’on vient ?

En général, écris-tu en connaissant le dénouement d’une histoire ou le découvres-tu en écrivant ?

Il m’est arrivé d’écrire des nouvelles à partir de la fin, mais le plus souvent, j’ignore vers quoi je vais. Je laisse faire les personnages. Je les visualise, je les entends, je les écoute et je les suis. Je ne les dirige pas. Il m’arrive aussi, une fois le texte terminé, de tout chambouler, d’essayer un autre narrateur, un autre point de vue et de voir ce que cela donne. Aller vers l’inconnu n’est pas confortable, cela nécessite un lâcher-prise qui me convient. Et quand, au bout du compte, surgit une vraie surprise, quel plaisir !

Comment écris-tu : dans un cahier ou à l’ordinateur ? As-tu des rituels d’écriture ?

Au début, j’écrivais au crayon de bois sur papier, page de droite, une ligne sur deux. L’interligne servait aux petites corrections (je ne gommais pas), la page de gauche accueillait les ajouts ou corrections plus importantes. Peu à peu, l’usage de l’ordinateur s’est imposé et est désormais exclusif. Je garde beaucoup de versions différentes de mes textes mais je m’y réfère très rarement. Je n’ai pas de rituel, sans doute parce que j’écris dans des lieux différents. J’aime beaucoup, par exemple, écrire dans les trains.

Quel est ton rythme d’écriture ? Combien d’heures par jour/ par semaine ?

Quand j’ai un projet en cours, j’écris tous les jours, au moins une heure, le plus souvent deux ou plus. La fin d’après-midi a ma prédilection. C’est mon cinq à sept ! Mais comme j’ai de multiples activités, je m’adapte.

Comment fais-tu les jours « sans » ? Quels sont tes « trucs » pour affronter la page blanche ?

Si un projet est en cours, pas de problème de page blanche, j’écris. Je pars du principe que je ne peux pas écrire la page du siècle chaque jour, alors peu importe ce que j’écris. En partant de l’existant, des lignes écrites la veille, que je relis ou non, en développant des notes prises la nuit (ou n’importe quand. Dans mon carnet mais surtout sur des bouts de papiers dont le carnet est plein).

Quand un projet est terminé sans que la relève soit assurée, comme en ce moment, je n’écris pas. Mais des idées tournent dans ma tête, mûrissent tout doucement ; les petits papiers s’accumulent. Le jour où une forme se présentera, je m’y remettrai.

As-tu des thèmes de prédilection ?

Les histoires de famille, les failles d’identité, les deuils impossibles, les exclus. J’aime les souvenirs d’enfance, les miens ou ceux des autres, j’aime y chercher ce qui éclaire le présent.

Qu’est-ce que la fréquentation des ateliers d’écriture a apporté à ta pratique ?

Tout, et ce n’est pas une facilité de le dire. Sans les ateliers, je n’aurais pas écrit, je n’aurais pas publié. Le travail en atelier m’a apporté le plaisir, la confiance, et des techniques. Les propositions de thèmes et de formes m’ont permis d’expérimenter et de trouver mon style et mes formes de prédilection. L’atelier de suivi de manuscrit m’a soutenue dans la durée et permis de dépasser les difficultés.

* l’Atelier du Manuscrit animé par Alice et les mots propose un travail en groupe et un suivi de chaque projet sur une période de 6 mois, de mi-octobre à mi-avril.

Vous pouvez commander le roman de Jacqueline Dewerdt directement sur le site des éditions Zonaires.

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