Avec ou sans chute : écrire une nouvelle

Il n’y a pas que la nouvelle à chute ! Il existe une autre variété de nouvelle « sans chute » ou dont la chute reste en suspens. Les deux ne se construisent pas de la même façon : dès les premières lignes, la différence s’impose et s’affirme tout au long du récit.

L’objectif de la nouvelle à chute est de raconter une histoire, de mettre en place des péripéties qui aboutiront à un dénouement qui permettra de résoudre, en bien ou en mal,  la « crise » que traversent les personnages. « J’ajoute encore qu’il a salué, Bonsoir la compagnie. Et puis qu’il a sauté.» (Annie Saumont, Moi, mon père 1). « Et c’est alors que l’autobus de six heures l’écrasa. » (Truman Capote, Tels des enfants, au jour de leur anniversaire 2). Souvent surprenante et riche en émotion, la chute est alors le couronnement de la nouvelle. Nombre d’auteurs écrivent d’ailleurs leurs nouvelles en fonction de la chute qu’ils connaissent parfois avant même d’avoir saisi leur stylo ou posé les doigts sur leur clavier !

La nouvelle « sans chute »

Rien de tel avec la nouvelle sans chute qui privilégie avant tout l’atmosphère et la suggestion. Il s’agit d’abord pour l’auteur de décrire un moment significatif dans la vie d’un personnage qui, sur un laps de temps très court, va l’amener  à reconsidérer le sens de sa vie. La plupart du temps, la fin de la nouvelle n’a rien d’un dénouement au sens où elle ne « résout » rien : le récit se termine sur un mot, une phrase dans la continuité de l’instant. « Ils bavardèrent jusqu’au petit matin, quand monta la pâle lueur dans les fenêtres, et ils ne pensaient pas à s’en aller. » (Raymond Carver, Une petite douceur 3). « Le feu passa au vert et la voiture démarra aussitôt » (Hélène Lenoir, Les escarpins rouges 4).

Une nouvelle, ça se construit

Qu’il s’agisse de d’amener la chute qui « scotchera » le lecteur, ou d’immerger celui-ci dans l’atmosphère d’un récit pour le mener jusqu’au bout de l’émotion, le mot-clé est : construction. Les différentes phases du récit demandent un vrai travail de composition que nombre d’auteurs considèrent comme un artisanat.  Une nouvelle, ça doit être solidement construit et conçu pour durer, comme une maison, ou une voiture. Il faut aussi que ça soit beau à regarder… écrit Raymond Carver dans N’en faites pas une histoire 5. Et cela ne s’improvise pas.

1- Encore une belle journée, éd. Julliard ; 2- Monsieur Maléfique et autres nouvelles, éd. Gallimard ; 3- Débutants, éd. de l’Olivier ; 4- L’Entracte, éd. de Minuit ; 5- éd. de l’Olivier

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