Réussir une description

Description : ce seul mot donne envie de fuir au lecteur comme à l’auteur. Pourtant, une description réussie ne fait pas que donner des éléments de décor, mais permet d’impliquer le  lecteur ou de caractériser un personnage.

Vous n’aimez pas les descriptions ? Vous n’êtes pas le seul. Les souvenirs d’école ont la vie dure, et ce seul mot de description évoque pour beaucoup des moments d’ennui profond ! Et cependant, une bonne description permet de faire du lecteur un participant sensoriel du récit : en clair, de l’impliquer dans l’histoire.

Une bonne description ne ralentit pas le récit

Même une bonne description, si elle est trop longue, donne une impression d’ennui car elle ralentit le rythme du récit. Si elle le ralentit trop, le lecteur décroche. « Une description commence dans l’imagination de l’écrivain et doit s’achever dans celle du lecteur » écrit Stephen King dans Ecriture, mémoires d’un métier. « A mes yeux, une bonne description consiste en général à donner quelques détails bien choisis qui se chargeront de tout (…) L’un de mes restaurants préférés à New York est le Palm Too, sur la Seconde Avenue. Si je décide de situer une scène au Palm Too (…) avant de me mettre à écrire, je vais évoquer une image des lieux en m’appuyant sur me souvenirs (…) Les quatre premières choses qui me viennent à l’esprit sont a) la couleur sombre du bar, qui contraste avec la luminosité du miroir qui en tapisse le fond, reflétant la lumière de la rue ; b) la sciure de bois sur le sol ; c) les dessins sur les murs (des caricatures grotesques) ; et d) les odeurs de viande et de poissons grillés. »

Donner à voir et à sentir

Plutôt que description, pensez suggestion. Si vous voulez conserver l’intérêt du lecteur, ne le noyez pas dans les détails : choisissez deux ou trois éléments signifiants et surtout donnez-lui à voir, à sentir, à entendre… Soignez l’atmosphère. Par exemple, La pièce avait été vandalisée ne vous évoque pas grand-chose. Par contre, vous vous représentez bien mieux la scène si vous lisez « Une table basse était renversée, une lampe de table à terre, son abat-jour de soie jaune tordu et déchiré. Tout était sens dessus dessous, comme si un troupeau d’éléphants avait traversé la pièce. Des éléphants vraiment maladroits. » (Kate Atkinson, Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux). Autre exemple, illustrant les propos de S. King cités plus haut : « Après la clarté aveuglante de la Seconde Avenue, le restaurant lui parut aussi sombre qu’une caverne. Le miroir, derrière le bar, renvoyait une partie de la lumière qui venait de la rue et brillait comme un mirage dans la pénombre (…) Il y avait quelques buveurs solitaires au bar. Un peu plus loin, la cravate en berne et les manches de sa chemise roulées sur ses avant-bras velus, le maître d’hôtel parlait avec le barman. Il y avait encore de la sciure sur le sol, remarqua Billy (…) Et les caricatures qui dansaient sur les murs — empruntées à des journaux et représentant des politiciens de seconde zone (…) — faisaient encore la farandole jusqu’au plafond. Une odeur de viande et d’oignons grillés emplissait l’air. Rien n’avait changé, non, vraiment. » (S. King, Ecriture, mémoires d’un métier)

Le reflet d’un état d’esprit

Dans certains cas, la description d’un lieu peut refléter l’état intérieur du personnage.  « Il faisait un temps affreux, orageux et humide, et la boue, la boue, l’affreuse boue était épaisse dans toutes les rues. Depuis plusieurs jours, un immense voile de plomb s’était appesanti sur Londres, venant de l’Est, et il s’étendait sans cesse, comme si dans l’Est il y avait une éternité de nuages et de vents. (Charles Dickens, Les Grandes Espérances). Ici, l’auteur utilise les conditions météorologiques pour préfigurer les bouleversements à venir dans la vie du narrateur. Dans La chute de la maison Usher, Edgar Poe exprime dans la description de la maison l’état du personnage éponyme. De son côté, Balzac considérait que le milieu dans lequel vit un personnage est à son image, ainsi quand il décrit la pension Vauquer dans Le Père Goriot, il nous peint un lieu sordide et mesquin à l’image de sa propriétaire. Une correspondance symbolique s’établit alors entre le personnage et son environnement.

Quelques conseils pour écrire une description 

Commencez par visualiser ce que vous voulez que le lecteur se représente. Utilisez vos cinq sens ou le plus de sens possibles. Donnez quelques détails bien choisis, ceux qui apportent des informations et vont frapper l’imagination du lecteur. Soyez clair et précis : n’hésitez pas à faire des comparaisons pour mieux décrire, comme le fait K. Atkinson dans l’extrait cité plus haut (« du verre se mit à craquer sous ses pieds comme si une bombe avait explosé »). Quand il s’agit de dénombrer, voyez si remplacer « quelques » par un nombre précis (trois, cinq ou sept) ne serait pas plus percutant. Par exemple « Quelques personnes attendaient le métro » deviendra « cinq personnes attendaient le métro » : tout de suite, le lecteur se représente la scène bien mieux qu’avec « quelques » qui laisse dans le flou.

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5 commentaires

  1. Quelques jolis conseils, bravo et merci.

    Cela dit, je ne suis pas d’accord avec tout: si les descriptions font fuir beaucoup de lecteurs, en général, elles plaisent au contraire beaucoup aux auteurs, qui ont tendance à en abuser, comme si on écrivait aujourd’hui comme au 19e siècle.

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