Ecrire un premier roman

Terminer l’écriture d’un premier roman est en soi une petite victoire. On a découvert les pièges de la construction, les aléas de l’inspiration, les chausse-trapes du style et les crises de confiance. Qui dira les heures passées sur une ligne, une phrase, un paragraphe ?…  Alice et les mots a  recueilli les impressions de quelques talents prometteurs à l’issue de leur première expérience romanesque. Aujourd’hui : Jacqueline Dewerdt qui publie ces jours-ci « Un tilleul n’est pas un peuplier » aux éditions Zonaires.

 

Depuis quand écris-tu ?

J’ai commencé à écrire en 2008 en atelier d’écriture. Très vite j’ai aussi écrit chez moi et j’ai envoyé des textes à des concours de nouvelles. Un premier succès dès 2009 m’a encouragée à continuer.

Comment est née l’idée du roman ?

J’ai écrit un premier texte au cours d’un atelier par mail que tu as animé à l’été 2014 : « Ecrire avec Patrick Modiano ». Une nouvelle ratée. Trop de personnages, trop d’informations complexes, de mystères non résolus. Trop pour une nouvelle ? Pourquoi pas un roman ? Moi qui aime écrire court, voire très court, je me suis lancée tête baissée, sans plan de bataille, sans idée de ce qui allait advenir. Je découvre alors le plaisir de me laisser aller sans retenue à décrire en détail des lieux réels ou imaginaires, à inventer des personnages, de faux souvenirs, des scènes vivantes, émouvantes ou amusantes ! Un an plus tard, j’avais plus de quatre cents feuillets, mais des personnages encore un peu flous, et surtout pas de vraie histoire et aucune idée de sa fin. La rigueur devenait nécessaire si je voulais aboutir. Je me suis attelée aux fiches de personnages, synopsis, tableau de structure. Après un stage d’écriture et avec l’aide de l’Atelier du manuscrit*, j’ai élaboré une intrigue, structuré le récit, comblé les ellipses, coupé beaucoup de ces scènes que j’avais eu tant de plaisir à écrire et qui s’avéraient inutiles, pesantes ou redondantes. Et j’ai choisi une fin. Il restait encore à retravailler les mots, les phrases, le rythme, ce que j’aime par-dessus tout. Au total, deux ans et demi de travail journalier.

Dis-nous quelques mots au sujet du roman (le thème — sans dévoiler toute l’histoire, les personnages, l’ambiance…).

Secret de famille et quête d’identité sont au cœur du roman. Comment se construire quand on ne sait pas d’où l’on vient ?

En général, écris-tu en connaissant le dénouement d’une histoire ou le découvres-tu en écrivant ?

Il m’est arrivé d’écrire des nouvelles à partir de la fin, mais le plus souvent, j’ignore vers quoi je vais. Je laisse faire les personnages. Je les visualise, je les entends, je les écoute et je les suis. Je ne les dirige pas. Il m’arrive aussi, une fois le texte terminé, de tout chambouler, d’essayer un autre narrateur, un autre point de vue et de voir ce que cela donne. Aller vers l’inconnu n’est pas confortable, cela nécessite un lâcher-prise qui me convient. Et quand, au bout du compte, surgit une vraie surprise, quel plaisir !

Comment écris-tu : dans un cahier ou à l’ordinateur ? As-tu des rituels d’écriture ?

Au début, j’écrivais au crayon de bois sur papier, page de droite, une ligne sur deux. L’interligne servait aux petites corrections (je ne gommais pas), la page de gauche accueillait les ajouts ou corrections plus importantes. Peu à peu, l’usage de l’ordinateur s’est imposé et est désormais exclusif. Je garde beaucoup de versions différentes de mes textes mais je m’y réfère très rarement. Je n’ai pas de rituel, sans doute parce que j’écris dans des lieux différents. J’aime beaucoup, par exemple, écrire dans les trains.

Quel est ton rythme d’écriture ? Combien d’heures par jour/ par semaine ?

Quand j’ai un projet en cours, j’écris tous les jours, au moins une heure, le plus souvent deux ou plus. La fin d’après-midi a ma prédilection. C’est mon cinq à sept ! Mais comme j’ai de multiples activités, je m’adapte.

Comment fais-tu les jours « sans » ? Quels sont tes « trucs » pour affronter la page blanche ?

Si un projet est en cours, pas de problème de page blanche, j’écris. Je pars du principe que je ne peux pas écrire la page du siècle chaque jour, alors peu importe ce que j’écris. En partant de l’existant, des lignes écrites la veille, que je relis ou non, en développant des notes prises la nuit (ou n’importe quand. Dans mon carnet mais surtout sur des bouts de papiers dont le carnet est plein).

Quand un projet est terminé sans que la relève soit assurée, comme en ce moment, je n’écris pas. Mais des idées tournent dans ma tête, mûrissent tout doucement ; les petits papiers s’accumulent. Le jour où une forme se présentera, je m’y remettrai.

As-tu des thèmes de prédilection ?

Les histoires de famille, les failles d’identité, les deuils impossibles, les exclus. J’aime les souvenirs d’enfance, les miens ou ceux des autres, j’aime y chercher ce qui éclaire le présent.

Qu’est-ce que la fréquentation des ateliers d’écriture a apporté à ta pratique ?

Tout, et ce n’est pas une facilité de le dire. Sans les ateliers, je n’aurais pas écrit, je n’aurais pas publié. Le travail en atelier m’a apporté le plaisir, la confiance, et des techniques. Les propositions de thèmes et de formes m’ont permis d’expérimenter et de trouver mon style et mes formes de prédilection. L’atelier de suivi de manuscrit m’a soutenue dans la durée et permis de dépasser les difficultés.

* l’Atelier du Manuscrit animé par Alice et les mots de 2013 à 2017 proposait un travail en groupe et un suivi individuel de chaque projet sur une période de dix mois, de septembre à juin.

Vous pouvez commander le roman de Jacqueline Dewerdt directement sur le site des éditions Zonaires.

Publicités

Trois façons de retravailler sa nouvelle

 

 

Vous trouvez votre nouvelle trop bavarde, trop lisse ou monotone ? Souvent, c’est une question de longueur. Pour la retravailler, suivez l’exemple des « grands ».

Les grands auteurs l’ont bien compris : souvent, c’est en coupant qu’on rend un texte plus fort. Couper, oui, vous voulez bien, mais quoi ? Comment ?

Suivez les traces de Tchekhov

Vous aimez bien l’histoire que vous racontez, mais trouvez votre nouvelle un peu plate ? Tchekhov avait une méthode radicale : pour donner plus d’intensité à ses nouvelles, il coupait systématiquement le début et la fin. Essayez vous aussi de supprimer les cinq premières et les cinq dernières lignes de votre nouvelle, puis relisez-la. Les passages supprimés étaient-ils réellement indispensables ? Si oui, pouvez-vous les réécrire avec moitié moins de mots ?

Relisez Hemingway

Vous cherchez comment réveiller la curiosité du lecteur ? Faites comme Hemingway : laissez-lui entendre que vous lui avez caché quelque chose ! Concrètement, prenez un épisode significatif de votre nouvelle et supprimez-le, puis ajustez le texte en vérifiant bien que celui-ci fonctionne ainsi amputé. Il pourra être nécessaire de glisser un indice, un « détail » qui, sans en dire trop, fera sentir au lecteur que vous avez caché un élément important.

Adoptez la formule de Stephen King

Stephen King n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, la seule formule qui tienne pour retravailler son texte est : texte final = texte initial moins 10 %. Et cela vaut autant pour la nouvelle que pour le roman. Si vous rechignez à tailler dans le vif, essayez la méthode progressive. Premier temps : résumez chaque paragraphe de votre nouvelle en une phrase. Deuxième temps : mettez les phrases de côté obtenues et réécrivez chaque paragraphe en le réduisant de moitié. Troisième temps : confrontez les textes réduits et la phrase résumant chacun d’eux. Si la réduction a altéré le sens ou supprimé des éléments essentiels, réintégrez-les en évitant de développer.

Envie d’en savoir plus ? Les 10 et 11 février prochains, Alice et les mots propose un stage : Retravailler et finaliser une nouvelle.

Cet article vous a été utile ? N’hésitez pas à le partager grâce aux boutons ci-dessous.

En 2018, écrivez plus souvent !

Difficile dans une journée de 24 heures d’arriver à se poser pour écrire. Comment s’organiser ? Comment mettre en place les conditions favorables à l’écriture ?

Débranchez-vous !

Avez-vous pensé à débrancher internet ? « Je ne tweete qu’une demi-heure par jour, déclare Joyce Carol Oates, car je suis prise par mes travaux d’écriture tous les jours de 7 heures à 13 heures. » Même si vous ne prétendez pas écrire un best-seller par an, essayez de vous couper des réseaux sociaux ne serait-ce qu’une heure par jour… Si vous n’y arrivez pas, revoyez vos priorités.

Fixez-vous des objectifs d’écriture

Vous pouvez décider d’écrire un certain nombre d’heures par semaine ou un nombre minimum de mots par jour (600 ou 700, par exemple). N’ayez pas les yeux plus gros que le ventre : si vous ne pouvez  dégager qu’une heure ou deux par semaine, ne vous lancez pas dans l’écriture d’une saga ! Fixez-vous des objectifs réalistes, faute de quoi vous risquez de vous sentir écrasé.e par l’ampleur du projet et tenté.e d’abandonner !

Luttez contre la procrastination

La télé ou les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à être chronophages ! Faites le point sur le temps passé quotidiennement pour chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : vous trouverez bien moyen de gagner une demi-heure pour écrire, du moins si vous en avez vraiment envie. Et si vous craquez, lisez cet article de la revue Sciences humaines : preuve que, de tout temps, les écrivains (et non des moindres) ont inventé toutes sortes de rituels pour retarder le moment de se mettre au travail !…

Pour oublier l’angoisse de la page blanche, l’atelier du mardi « Débloquer l’écriture » vous propose 6 séances à partir du 27 février.

Cet article vous a été utile ? N’hésitez pas à le partager grâce aux boutons ci-dessous.

En 2018, travaillez votre style…

Cette année, promis-juré, vous allez écrire tous les jours. En commençant par une belle grande liste de bonnes résolutions. Numéro un : travailler votre style…

Quand un jeune auteur lui demandait des conseils pour améliorer son style, Hemingway énonçait quelques règles pour lui fondamentales : écrire des phrases courtes et des premiers paragraphes brefs, employer un langage vigoureux, utiliser des termes positifs (exemple : « laid » plutôt que « peu esthétique »).

Taillez dans le gras

Il avait mis au point une technique qui consistait à supprimer du texte un élément important (par exemple ce qui hantait la vie de son personnage), partant du principe que lorsqu’on ne dit pas quelque chose, cet élément caché existe toujours dans le texte et le rend plus fort. Avant lui, Tchekhov dans ses nouvelles avait porté à son sommet l’art de l’ellipse, allant jusqu’à couper le début et la fin de ses récits pour les retravailler en leur donnant ainsi plus d’intensité. En résumé : faites des phrases simples, taillez dans le gras !

Cherchez la fluidité

On dit qu’une écriture est fluide quand le texte semble couler sans rencontrer d’obstacles. Fuyez les phrases à rallonge, les circonvolutions, gardez-vous de donner trop d’informations dans la même phrase et évitez tout ce qui oblige le lecteur à revenir en arrière pour bien comprendre ce qu’il vient de lire. Enfin, relisez-vous à voix haute : si vous butez sur les phrases, si certains mots paraissent décalés ou difficiles à comprendre, si vous devez vous y reprendre à plusieurs fois, c’est signe que votre texte manque de fluidité.

Evitez la voix passive

La voix passive affaiblit votre texte. Si un éditeur vous écrit « des lourdeurs doivent être supprimées de votre manuscrit », vous vous sentirez moins concerné que par « vous devez supprimer des lourdeurs… ». Alors, faites la chasse à la voix passive et remplacez-la chaque fois que c’est possible par la voix active.

Soignez la précision de vos descriptions

Une bonne description ne ralentit pas le récit et consiste en quelques détails bien choisis qui créent une ambiance ou dessinent un personnage en quelques traits saillants. Sachez utiliser vos cinq sens : souvent, quand on écrit, on fait surtout fonctionner la vue et l’ouïe… Pensez aussi aux odeurs, aux textures, aux goûts. Votre univers deviendra plus riche et plus suggestif !

Cet article vous a été utile ? N’hésitez pas à le partager grâce aux boutons ci-dessous.

Un trop-plein d’adjectifs ?

strawberries-2144001_1280

Vous avez lu que trop d’adjectifs affaiblissent un texte. Que vous devez vous en méfier, voire les supprimer. On ne peut pourtant pas toujours s’en passer. Comment savoir quand ils sont indispensables ou, à l’inverse, quand ils rendent votre prose indigeste ?

Un adjectif est utile s’il précise un nom

« L’adjectif est un remplissage, une facilité, un tape à l’œil » écrit Michel Volkovitch dans Verbier /Herbier verbal à l’usage des écrivants et des lisants*. Un nom, s’il est précis, n’a pas besoin de qualificatif…  Il y a cependant des cas où celui-ci est nécessaire. Par exemple, si vous écrivez : « un mur aveugle », comment saurait-on sans l’adjectif que le mur ne comporte aucune fenêtre sur l’extérieur ? L’adjectif apporte ici une information indispensable à la compréhension du texte.

Un adjectif est en trop quand il pousse au cliché

Combien de regards langoureux, de vieillards chenus ou d’amères solitudes avez-vous croisés au cours de vos lectures ? Avez-vous envie qu’en lisant votre prose, le lecteur pense avoir déjà lu la même chose des milliers de fois ? Non, n’est-ce pas ? En matière d’expressions rebattues, l’adjectif est pousse au crime. Et, pire encore qu’un adjectif, l’accumulation d’adjectifs attendus. Une joie inexprimable, indicible, indescriptible, un mépris profond, souverain, écrasant, un homme implacable, dur et déterminé

Cherchez le décalage

Il est pourtant certains auteurs, et non des moindres, qui font de l’adjectif un usage gourmand sans jamais tomber dans le déjà-vu. « Mathilde est blonde, paresseuse et fanée » (Colette). « Elle se sentait destinée à quelque chose d’à la fois magnifique, rapide et atroce (…) » (Claude Simon). La réussite est dans le décalage, l’art de juxtaposer des adjectifs qui se contredisent. D’accord, vous n’êtes pas Colette ni Claude Simon… Mais vous cherchez à éviter la banalité, cela vaut bien un petit effort. Sans tomber pour autant dans l’usage systématique, le procédé qui rendrait vos textes indigestes.

Entraînez-vous

Essayez l’exercice suivant : prenez un texte court et supprimez les adjectifs. Puis réécrivez-le en construisant les phrases pour que l’ensemble reste cohérent. Vous pourrez toujours réintroduire plus tard les adjectifs vraiment nécessaires. Le texte ainsi réécrit vous paraît-il plus vivant ? Plus dynamique ?

* éditions Maurice Nadeau

Cet article vous a été utile ? N’hésitez pas à le partager grâce aux boutons ci-dessous.

La nouvelle est-elle soluble dans la technique ?

5638804514_ef3c031b20_n

C’est vrai, pour écrire des nouvelles vous devez travailler l’accroche et la chute, choisir un point de vue, inventer des personnages, installer une tension narrative… Mais, au-delà des considérations techniques, qu’est-ce qui fait tout l’intérêt d’une nouvelle ?

La nouvelle est un format court, certes, mais elle ne s’arrête pas à raconter « une petite histoire ». Au-delà de l’anecdote, elle cherche avant tout à rendre compte d’une expérience humaine. Dans « La Parure » de Maupassant, c’est tout le désastre d’une vie qui est dépeint en quelques pages : celui d’une petite-bourgeoise qui doit faire des ménages pendant dix ans parce qu’elle a égaré le collier que lui a prêté son amie et apprend, en fin de compte, que la fameuse parure était fausse ! C’est en nous donnant à voir le désarroi de Mathilde, sa lutte pour se sortir d’une situation inextricable, que l’auteur transforme l’anecdote en un récit à part entière. Il nous montre comment,  entre le début et la fin de la nouvelle, le personnage a évolué et c’est cette évolution qui constitue la colonne vertébrale du récit et lui apporte ce qui fait la particularité de la nouvelle : une profondeur. Alors : texte court, oui, mais…

Donner à voir l’humain

Autre exemple, les nouvelles de Carver qui tournent toujours autour des mêmes thèmes (l’alcoolisme, la séparation, la difficulté des rapports humains…). Pourtant, Carver arrive à faire de chaque nouvelle un récit unique et qui nous touche au cœur, parce qu’il va plus loin que le simple fait de montrer des gens en train de boire ou de se disputer. En nous donnant à voir leur détresse, c’est la nôtre qu’il nous fait ressentir, c’est notre humanité qu’il nous fait toucher du doigt à travers celle de ses personnages.

La technique au service du récit

Et la technique, dans tout ça ?  Si l’on ne peut s’en passer lorsqu’on veut écrire une nouvelle (et si l’on veut s’en affranchir, mieux vaut d’abord en connaître les règles), elle est avant tout un outil que l’écrivain met à son service. Ce que Carver* résume ainsi : « combiner le mot juste et l’image idéale à une ponctuation rigoureuse et sans faille, afin que le lecteur soit totalement absorbé par mon récit, que rien au monde ne puisse l’arracher à sa lecture, sauf peut-être l’incendie de sa maison. » Bonnes lectures !

* « N’en faites pas une histoire », éditions de l’Olivier

Cet article vous a été utile ? N’hésitez pas à le partager grâce aux boutons ci-dessous.

Savoir se relire

 

Vous avez terminé le premier jet de votre manuscrit et vous vous préparez à aborder l’étape délicate de la relecture. Prenez garde cependant à ne pas créer de nouvelles erreurs en croyant améliorer votre copie !

Si vous retravaillez directement à l’écran, les occasions ne manquent pas de créer des erreurs . Par exemple, vous supprimez un paragraphe en oubliant qu’il contenait un dialogue indispensable à la compréhension du chapitre suivant… Vous faites un copié-collé quelque part et, en le reportant, vous  coupez un morceau de texte… Vous inversez l’ordre des chapitres, sans vérifier que le chapitre trois faisait entrer en scène un nouveau personnage qui, de ce fait, se trouve déjà là au chapitre deux… Vous réécrivez entièrement le début de votre manuscrit et supprimez ainsi des informations importantes pour la suite du récit… Ou encore, vous décidez de changer de point de vue, mais vous oubliez de le faire pour certains chapitres qui restent écrits dans le point de vue précédent.

Comment éviter d’en rajouter ?

Si vous avez l’habitude de travailler directement sur écran, imprimez votre premier jet : cela vous aidera à prendre du recul et, crayon en main, vous pourrez barrer, corriger, annoter sans que cela prenne une valeur définitive. Vous vérifierez avant de reporter vos corrections que vous ne créez pas ainsi de nouvelles erreurs fatales. Vous préférez vous relire à l’écran ? Ne cédez pas à la tentation de retravailler au fur et à mesure de la relecture. Faites une copie de votre texte, que vous baptiserez d’un autre nom et que vous relirez en notant sur une feuille à part les améliorations à apporter (page tant, revoir le dialogue ou page tant, la voix narrative a changé). Puis, reportez-les sur la copie de votre premier jet. Ainsi, vous garderez une trace de votre première version et pourrez comparer en cas de besoin.

Faites relire par des tiers

Un dernier conseil : faites relire votre manuscrit autour de vous. Mais ne le confiez pas à n’importe qui ! Par exemple, votre entourage peut être bien intentionné mais ne pas trouver les mots qui vous aideront à  progresser. Cherchez des relecteurs qui auront suffisamment de recul et un regard critique pour identifier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Et si, décidément, vous ne trouvez personne pour vous relire, nos ateliers individuels vous proposent différentes solutions  !

Qu’est-ce qui fait une nouvelle réussie ?

Une nouvelle n’est pas seulement un texte court, c’est aussi une question de composition, un ton, une « voix ».

Imaginons que vous vouliez écrire une nouvelle à chute (c’est le classique du genre, la nouvelle que réclament la plupart des concours). Ce qui caractérise ce genre de nouvelle, c’est une rupture dans le quotidien : quelque chose se passe qui bouscule les habitudes et provoque une « crise ». Par exemple : dans la rue, votre personnage croit apercevoir quelqu’un qu’il connaît et court pour le rattraper. L’autre se retourne… et c’est un inconnu ! Si vous rapportez les faits tels quels à l’écrit, vous obtiendrez un texte court, peut-être même sera-t-il bien écrit… mais cela n’en fera pas pour autant une nouvelle.

Dépasser l’anecdote

Pour ressembler à une nouvelle, votre récit devra dépasser le stade de l’anecdote.  Une nouvelle étant une fiction, il est nécessaire de mettre en place tous les éléments propres à une fiction. Vous avez déjà la situation de départ, les personnages… Demandez-vous alors ce qui va les faire bouger et surtout les conduire vers la chute tant attendue ! Dans l’exemple ci-dessus, vous allez d’abord chercher quel pourrait être l’élément susceptible de déclencher une série de rebondissements menant à la chute. A partir de là, vous allez faire en sorte d’installer une attente chez le lecteur, quelque chose qui lui donnera envie de continuer à lire pour savoir ce qui va se passer… Ce qui s’appelle mettre en place une tension narrative.

Et si ?…

Et si la silhouette aperçue dans la rue était celle d’une personne disparue ? Voilà de quoi éveiller la curiosité du lecteur ! Pour augmenter encore la tension, vous pouvez aussi imaginer que, pendant qu’il suit la silhouette en question, votre personnage s’aperçoit qu’il est lui-même suivi, ou que celui qu’il suit fait l’objet d’une filature par une tierce personne. La tension narrative est au cœur des récits de fiction, et, dans le cas d’une nouvelle, c’est précisément la chute qui permettra de dénouer cette tension après que celle-ci aura atteint son point culminant.

Trouvez votre voix

Une fois votre récit composé, vous devrez travailler l’écriture. Car la nouvelle, c’est aussi un ton, une « voix » qui donnera envie au lecteur de lire d’autres nouvelles du même auteur. Soignez votre style, travaillez l’économie de moyens, efforcez-vous de dire beaucoup en peu de mots. Eliminez les digressions, bannissez les explications, faites la chasse aux adverbes et aux adjectifs inutiles. Apprenez à jouer sur le non-dit : la nouvelle, c’est « l’art du blanc ».

Alice et les mots vous propose un nouvel atelier d’écriture individuel en ligne   : comment bien démarrer sa nouvelle ? L’occasion d’expérimenter différentes accroches et d’écrire une nouvelle complète.

Cet article vous a été utile ? N’hésitez pas à le partager grâce aux boutons ci-dessous.

Au secours ! Je ne peux plus écrire…

La rentrée vous bouscule, les enfants vous réclament, votre boss vous met la pression et vous passez le temps à jongler entre les priorités : résultat, vous ne parvenez plus à vous organiser pour écrire.

Pourtant, il était bien parti ce roman, elle vous plaisait bien cette nouvelle… Mais depuis trois semaines, votre projet se traîne car vous n’arrivez plus à trouver le temps de le faire avancer. Vous temporisez, vous procrastinez, vous culpabilisez, bref vous êtes sur la mauvaise pente. N’attendez pas pour reprendre les choses en mains !

Revoyez vos priorités

Ce n’est pas un scoop, la télé ou les réseaux sociaux sont très chronophages… mais ils ne sont pas les seuls ! Prenez une feuille et faites le point sur le temps passé chaque jour à chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : vous arriverez bien à gagner une demi-heure que vous pourrez consacrer à écrire. Du moins si vous en avez vraiment envie.

Fixez-vous des objectifs

Tant de jours, d’heures ou de minutes par semaine ou encore tant de mots par jour (entre 600 et 1000 est déjà une bonne moyenne). Faites-vous aider : le site 3 Pages vous propose d’écrire 750 mots par jour (1 page fait 250 mots) en mettant à votre disposition un logiciel très simple et incitatif. Et c’est gratuit ! Enfin, n’ayez pas les yeux plus gros que le ventre  : si votre emploi du temps ne vous permet de dégager qu’une heure ou deux par semaine, ne vous lancez pas dans l’écriture d’une saga en trois tomes ! Fixez-vous des objectifs réalistes, sinon vous risquez vite de vous sentir écrasé par l’ampleur du projet.

Pourquoi ne pas vous faire aider ?

C’est peut-être aussi le moment de chercher une aide extérieure. Faites relire ce que vous avez écrit par des personnes de confiance, en leur indiquant les options que vous avez choisies pour la suite et sollicitez leurs réactions. Reprenez point par point le découpage de votre histoire, vous aurez déjà une idée plus claire d’où vous êtes et où vous pouvez aller. Un atelier d’écriture ou un accompagnement peuvent aussi vous aider à retrouver l’envie d’écrire. Et si vous avez tendance à procrastiner, consolez-vous : la revue Sciences humaines relate que, de tout temps, nombre d’écrivains (et non des moindres) ont inventé toutes sortes de rituels pour repousser le moment de se mettre au travail !…

Trouver un éditeur

Trouver un éditeur pour son premier roman en l’envoyant par la Poste est pour beaucoup d’auteurs un rêve impossible. Quand elle a commencé à faire le tour des éditeurs, Dany Le Du s’attendait elle aussi à une traversée du désert. Mais le rêve est devenu réalité.

Tu as commencé par sélectionner les éditeurs à qui tu allais proposer ton manuscrit. Comment t’y es-tu prise ? Sur quels critères ?

Mon roman est le premier tome d’une saga, historique, familiale et normande. J’ai donc croisé ces quatre termes dans une recherche Google / Fnac. Plus de 200 titres sont sortis, liés à une cinquantaine d’éditeurs. J’ai fait une première sélection en consultant les quatrièmes de couverture et en choisissant les ouvrages que je pourrais avoir envie de lire. Il en est resté une cinquantaine. J’aurais bien aimé connaître leur tirage et leurs ventes mais je n’ai pas trouvé d’infos. J’ai alors fait une recherche dans les bibliothèques de Paris et de Lyon pour savoir s’ils avaient ces ouvrages. Une trentaine de titres sont apparus et je n’ai gardé de ma liste précédente que les éditeurs qui les avaient publiés, une vingtaine environ. Plus les éditions des Falaises, un éditeur normand qui publie des beaux livres, des polars et des romans sur la Normandie, et que j’avais déjà repéré en interrogeant la base de données des éditeurs normands.

Au bout du compte, à qui as-tu envoyé ton manuscrit ?

J’ai choisi les éditeurs qui acceptent les PDF. Ils ne sont pas nombreux : huit, dont les éditions des Falaises. Je reconnais que c’était une sélection arbitraire ! Mais j’ai du mal à comprendre pourquoi les éditeurs continuent à demander des envois papier de la totalité du texte. Ils ne se préoccupent pas du coût que cela représente pour les auteurs, pour les arbres et pour le transport, alors que la plupart de ces manuscrits finissent à la poubelle sans jamais avoir été lus au-delà du premier chapitre… puisque tout le monde sait que ce sont les premières pages qui décident du sort de l’ouvrage. Proposer l’envoi de fichier me semblait indiquer que l’éditeur se souciait un tantinet de ses auteurs.

Comment s’est passé le premier contact avec celui qui allait devenir ton éditeur ?

C’était le seul qui donnait son mail perso (les autres proposaient des formulaires d’envoi). Je lui ai donc envoyé un simple message qui disait : j’ai écrit une saga en trois tomes qui se passe en Normandie, est-ce que cela peut vous intéresser ? Et, dans le corps du mail pour qu’il n’ait pas à cliquer sur une pièce jointe, j’ai mis le synopsis de la saga et du premier tome, le tout ne dépassant pas un feuillet (1). Dès le lendemain m’est parvenue sa réponse : « Oui, je veux bien lire, envoyez-moi le PDF » ! Un mois plus tard, j’ai reçu un mail qui disait : « Je lis votre roman avec beaucoup de plaisir, j’en suis à la moitié, je vous appelle dès que j’ai fini ». Je lui ai alors proposé le synopsis du tome 2 et, dès la semaine suivante, il me donnait son accord. Bingo !

Et avec les autres éditeurs ?

Dans la foulée, j’ai fait le même envoi aux autres éditeurs sélectionnés, cette fois sur le formulaire d’envoi, avec l’ensemble du texte et sans mot d’accompagnement puisque cela n’était pas prévu par le format du protocole.

Parmi les éditeurs parisiens, celui qui me tentait le plus (Les Presses de la Cité, spécialiste du genre et gros tirages) avait refusé rapidement. Deux autres avaient également décliné, me renvoyant sur un partenaire faisant de l’autoédition. Puis ce furent des lettres types, deux mois plus tard.

As-tu un conseil à donner aux auteurs qui envoient pour la première fois un manuscrit à un éditeur ?

Je leur conseillerais de lire d’abord très attentivement les informations et les conseils de Luc Deborde du site* Humanis.

* Où vous apprendrez, entre autres, que le pire moment pour envoyer son manuscrit est le mois de janvier (les éditeurs préparent la rentrée littéraire d’hiver). C’est pourtant celui où tous les auteurs font leurs envois aux éditeurs ! Faites passer le message…

Le tome 1 d’Une saga normande sera publié en janvier 2018 aux éditions des Falaises. Dany Le Du a écrit les deux premiers tomes dans le cadre de l’Atelier du Manuscrit proposé par Alice et les mots.

 

(1) Soit 1500 caractères, espaces compris