La nouvelle est-elle soluble dans la technique ?

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C’est vrai, pour écrire des nouvelles vous devez travailler l’accroche et la chute, choisir un point de vue, inventer des personnages, installer une tension narrative… Mais, au-delà des considérations techniques, qu’est-ce qui fait tout l’intérêt d’une nouvelle ?

La nouvelle est un format court, certes, mais elle ne s’arrête pas à raconter « une petite histoire ». Au-delà de l’anecdote, elle cherche avant tout à rendre compte d’une expérience humaine. Dans « La Parure » de Maupassant, c’est tout le désastre d’une vie qui est dépeint en quelques pages : celui d’une petite-bourgeoise qui doit faire des ménages pendant dix ans parce qu’elle a égaré le collier que lui a prêté son amie et apprend, en fin de compte, que la fameuse parure était fausse ! C’est en nous donnant à voir le désarroi de Mathilde, sa lutte pour se sortir d’une situation inextricable, que l’auteur transforme l’anecdote en un récit à part entière. Il nous montre comment,  entre le début et la fin de la nouvelle, le personnage a évolué et c’est cette évolution qui constitue la colonne vertébrale du récit et lui apporte ce qui fait la particularité de la nouvelle : une profondeur. Alors : texte court, oui, mais…

Donner à voir l’humain

Autre exemple, les nouvelles de Carver qui tournent toujours autour des mêmes thèmes (l’alcoolisme, la séparation, la difficulté des rapports humains…). Pourtant, Carver arrive à faire de chaque nouvelle un récit unique et qui nous touche au cœur, parce qu’il va plus loin que le simple fait de montrer des gens en train de boire ou de se disputer. En nous donnant à voir leur détresse, c’est la nôtre qu’il nous fait ressentir, c’est notre humanité qu’il nous fait toucher du doigt à travers celle de ses personnages.

La technique au service du récit

Et la technique, dans tout ça ?  Si l’on ne peut s’en passer lorsqu’on veut écrire une nouvelle (et si l’on veut s’en affranchir, mieux vaut d’abord en connaître les règles), elle est avant tout un outil que l’écrivain met à son service. Ce que Carver* résume ainsi : « combiner le mot juste et l’image idéale à une ponctuation rigoureuse et sans faille, afin que le lecteur soit totalement absorbé par mon récit, que rien au monde ne puisse l’arracher à sa lecture, sauf peut-être l’incendie de sa maison. » Bonnes lectures !

*dans « N’en faites pas une histoire », éditions de l’Olivier

Du 15 octobre au 15 novembre, Alice et les mots proposait un atelier d’écriture par mail dont les nouvelles les plus réussies seront publiées ICI à partir du 15 novembre.
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Savoir se relire

 

Vous avez terminé le premier jet de votre manuscrit et vous vous préparez à aborder l’étape délicate de la relecture. Prenez garde cependant à ne pas créer de nouvelles erreurs en croyant améliorer votre copie !

Si vous retravaillez directement à l’écran, les occasions ne manquent pas de créer des erreurs . Par exemple, vous supprimez un paragraphe en oubliant qu’il contenait un dialogue indispensable à la compréhension du chapitre suivant… Vous faites un copié-collé quelque part et, en le reportant, vous  coupez un morceau de texte… Vous inversez l’ordre des chapitres, sans vérifier que le chapitre trois faisait entrer en scène un nouveau personnage qui, de ce fait, se trouve déjà là au chapitre deux… Vous réécrivez entièrement le début de votre manuscrit et supprimez ainsi des informations importantes pour la suite du récit… Ou encore, vous décidez de changer de point de vue, mais vous oubliez de le faire pour certains chapitres qui restent écrits dans le point de vue précédent.

Comment éviter d’en rajouter ?

Si vous avez l’habitude de travailler directement sur écran, imprimez votre premier jet : cela vous aidera à prendre du recul et, crayon en main, vous pourrez barrer, corriger, annoter sans que cela prenne une valeur définitive. Vous vérifierez avant de reporter vos corrections que vous ne créez pas ainsi de nouvelles erreurs fatales. Vous préférez vous relire à l’écran ? Ne cédez pas à la tentation de retravailler au fur et à mesure de la relecture. Faites une copie de votre texte, que vous baptiserez d’un autre nom et que vous relirez en notant sur une feuille à part les améliorations à apporter (page tant, revoir le dialogue ou page tant, la voix narrative a changé). Puis, reportez-les sur la copie de votre premier jet. Ainsi, vous garderez une trace de votre première version et pourrez comparer en cas de besoin.

Faites relire par des tiers

Un dernier conseil : faites relire votre manuscrit autour de vous. Mais ne le confiez pas à n’importe qui ! Par exemple, votre entourage peut être bien intentionné mais ne pas trouver les mots qui vous aideront à  progresser. Cherchez des relecteurs qui auront suffisamment de recul et un regard critique pour identifier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Et si, décidément, vous ne trouvez personne pour vous relire, nos ateliers individuels vous proposent différentes solutions  !

Rentrée : pourquoi pas la nouvelle ?

Même si, une fois de plus, la rentrée littéraire fait mine d’ignorer la nouvelle, le format court a ses adeptes parmi les plus grands auteurs : par le passé, Maupassant, Poe, Tchekhov, Carver… aujourd’hui, Joyce Carol Oates, Murakami ou Le Clézio. Il reste aussi l’un des plus prisés par les apprentis-auteurs. Envie de vous lancer ?

Avant tout, il faut le dire : « faire court » ne suffit pas à faire une nouvelle. Un poème, un billet d’humeur, un portrait, une chronique sont des textes courts… ce ne sont pourtant pas des nouvelles. Alors, qu’est-ce qui caractérise la nouvelle ? Réponse en 4 points ( à approfondir bien sûr par la lecture de nouvelles ).

Resserrer, densifier

Une nouvelle est, certes, plus courte qu’un  roman mais ce n’est pas sa seule caractéristique. L’action doit se dérouler sur un temps limité. Au contraire du roman, la nouvelle doit être centrée sur une situation et une seule et présenter un petit nombre de personnages. Dans la nouvelle, pas un mot de trop, les digressions n’ont pas leur place. L’écriture est très travaillée en vue d’obtenir un effet (qu’il soit comique, horrifique, à suspense, etc) et de créer une atmosphère.

Construire

C’est là que tout se complique ! Dans la nouvelle à chute,  tout est mis en œuvre dès les premières lignes pour aller droit au but… c’est à dire vers une chute forcément surprenante, voire déstabilisante pour le lecteur. D’où son nom de « nouvelle à chute » : c’est la forme de nouvelle la plus ancienne, celle qu’on retrouve chez les classiques comme chez les contemporains. Cette nouvelle-là raconte une histoire. A ne pas confondre avec la nouvelle d’atmosphère, axée sur l’ambiance et l’intériorité d’un personnage, et qui relève de la tranche de vie plus que d’un scénario avec un début et une fin.

Romancer

Même inspirée d’un fait réel, une nouvelle ne rapporte jamais un événement comme le ferait un reportage. Un novelliste reconstruit toujours l’histoire à sa façon. Il y a de l’alchimie là-dedans…

A signaler (quand même !) quelques recueils de nouvelles qui osent se confronter aux pavés de la rentrée : Si un inconnu vous aborde de Laura Kasischke aux éditions Page à Page, et chez nos voisins belges Le jour est aussi une colère blanche d’Eric Brucher et Rien n’arrête les oiseaux de François Salmon aux éditions Luce Wilquin, A voie basse d’Aliénor Debrocq aux éditions Quadrature.

En cette rentrée 2017, Alice et les mots vous propose plusieurs sessions sur la nouvelle : une de septembre à décembre, deux de janvier à juin. Pour en savoir plus, cliquez ICI.

La nouvelle en 6 points-clés

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© Prayitno

Pour écrire une nouvelle, une bonne idée ne suffit pas : vous devez travailler les personnages, l’accroche et la chute, choisir un point de vue, insérer des dialogues, varier le rythme du récit…

Les personnages font l’histoire

Pas de bonne histoire sans de bons personnages ! Même s’ils sont moins fouillés dans une nouvelle que dans un roman, le lecteur doit pouvoir y croire. Et pour les faire exister, rien de tel que de leur trouver des motivations solides ! Est-ce que le lecteur comprend ce qui est important pour votre personnage, ce qui le motive et le fait avancer dans la vie ET dans le récit que vous écrivez ? Peut-on percevoir jusqu’où il est prêt à aller pour obtenir ce qu’il veut ?

Qui raconte ? De quel point de vue ?

Tout récit de fiction est raconté par un narrateur, une « voix » qui n’est pas la vôtre, personne physique qui écrit à sa table. Quel point de vue cette « voix » va-t-elle adopter ? Vous ne raconterez pas un meurtre de la même façon selon que vous le racontez du point de vue de l’assassin, de la victime ou de l’enquêteur. Vous choisirez donc le point de vue qui vous permettra de présenter l’histoire de la meilleure façon possible.

Soignez l’accroche et la chute

Votre nouvelle entre-t-elle tout de suite dans le vif du sujet ? Le lecteur doit-il subir un long préambule ou une description à rallonge ? Attention : la nouvelle, c’est l’art du blanc, de l’ellipse, alors ne surchargez pas et surtout pas d’entrée de jeu. Pour écrire la chute, demandez-vous si vous avez bien tenu compte des motivations des personnages. Le personnage principal a-t-il obtenu ce qu’il voulait et sinon, qu’est-ce que cela implique pour lui ? Votre dénouement en dépend. Enfin, la chute provoque-t-elle une émotion chez le lecteur ?

Variez le rythme

Une nouvelle doit pouvoir se lire d’une traite, ce qui ne veut pas dire que le rythme du récit doit être monotone. Au contraire, voyez si vous pouvez le varier en introduisant, par exemple, une ellipse là où un épisode complet n’est pas indispensable à la compréhension d’ensemble. Vérifiez s’il n’y a pas des longueurs, comme un excès de descriptions ou des passages explicatifs que vous devrez supprimer. La nouvelle ne doit pas comporter un mot de trop. Enfin, demandez-vous quels sont les temps forts de votre nouvelle  et s’ils contiennent des éléments qui amènent le dénouement.

Faites parler les personnages

Avez-vous introduit des dialogues dans votre récit ? Une nouvelle entièrement sur le mode narratif peut paraître monotone, sauf si vous avez pris le parti de rester d’un bout à l’autre dans l’intériorité du personnage. Pensez à varier les voix des personnages : ils ne parlent pas comme vous, et ils ne parlent pas non plus tous de la même façon ! Les dialogues ne doivent pas non plus prendre le pas sur la narration, et dans tous les cas ils doivent faire avancer le récit.

Le premier jet, enfin…

Vous avez l’idée de départ, une situation, des personnages… peut-être même la chute ? Il vous reste à démarrer. Le plus difficile, c’est d’écrire la première phrase ! Pour la trouver, déterminez quel sera l’élément déclencheur de votre histoire : c’est lui qui vous donne le « la ». Au fait, savez- vous ce que vous voulez raconter ? Alors, foncez ! Ne vous acharnez pas à réécrire tout de suite les premières lignes, vous aurez tout le temps de les retravailler une fois la nouvelle terminée. Le premier jet, c’est ni plus ni moins le brouillon de votre nouvelle.

L’Atelier de la Nouvelle proposé par Alice et les mots reprendra le jeudi 21 septembre avec un trimestre sur le thème : « 5 façons de démarrer une nouvelle ». Il est ouvert à toute personne intéressée par la nouvelle, aimant écrire et raconter.

Améliorer son style

 

Vous savez qu’il vaut mieux éviter les répétitions, faire la chasse aux clichés, préférer la voix active et surveiller l’usage des adjectifs… mais avez-vous essayé d’améliorer votre style en appliquant ces trois principes ?

Faire simple

Cherchez toujours à exprimer les choses simplement : quand vous vous relisez, voyez si vous pouvez utiliser moins de mots pour dire la même chose. Faites des phrases simples. Taillez dans le gras ! Par exemple, au lieu d’écrire : Il avait tellement soif qu’il décida d’aller s’asseoir en terrasse et commander un demi de bière bien fraîche. Vous écrirez : Il avait tellement soif qu’il décida d’aller prendre une bière en terrasse.

Chercher la fluidité

On dit qu’une écriture est fluide quand le texte semble couler sans rencontrer d’obstacles. Pour ce faire, évitez les phrases à tiroirs, les circonvolutions… Evitez aussi de donner trop d’informations dans la même phrase et tout ce qui oblige le lecteur à revenir en arrière pour bien comprendre ce qu’il vient de lire. Un bon moyen de vérifier la fluidité d’un texte : relisez-le à voix haute. Si vous butez sur les phrases, si certains mots paraissent décalés ou difficiles à comprendre, si vous devez vous y reprendre à plusieurs fois, c’est signe que votre texte manque de fluidité.

Donner à voir

Si vous lisez La pièce avait été vandalisée, ça ne vous évoque pas grand-chose. Par contre,  le passage suivant sera beaucoup plus suggestif : Une table basse était renversée, une lampe de table à terre, son abat-jour de soie jaune tordu et déchiré. Tout était sens dessus dessous, comme si un troupeau d’éléphants avait traversé la pièce. Des éléphants vraiment maladroits. (Kate Atkinson, Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux). Tant il est toujours préférable de montrer les choses, pour que le lecteur visualise la scène.

6 façons d’optimiser votre écriture

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Au-delà du plaisir d’écrire, comment s’organiser dès qu’on a un projet d’écriture au long cours ? Comment faire avancer un manuscrit dans les meilleures conditions ?

Débranchez-vous !

Difficile dans une seule journée de 24 heures d’arriver à se poser pour se mettre à écrire vraiment. Mais avez-vous pensé à débrancher internet ? « Je ne tweete qu’une demi-heure par jour, déclare Joyce Carol Oates, car je suis prise par mes travaux d’écriture tous les jours de 7 heures à 13 heures. » Même si vous ne prétendez pas écrire un best-seller par an, essayez de vous couper de Facebook et compagnie ne serait-ce qu’une heure par jour… Si vous n’y arrivez pas, revoyez vos priorités.

Fixez-vous des objectifs d’écriture

Tant d’heures par semaine ou tant de mots par jour (entre 600 et 1000 est déjà une bonne moyenne). N’ayez pas les yeux plus gros que le ventre : si vous ne pouvez  dégager qu’une heure ou deux par semaine , écrire une trilogie n’est pas forcément une bonne idée. Fixez-vous des objectifs réalistes, faute de quoi vous risquez de vous sentir écrasé par l’ampleur du projet et tenté d’abandonner !

Luttez contre la procrastination

La télé ou les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à être chronophages ! Faites le point sur le temps passé quotidiennement pour chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : il y a bien moyen de gagner une demi-heure que vous pourrez consacrer à écrire, du moins si vous en avez vraiment envie. Et si vous craquez, lisez cet article de la revue Sciences humaines : preuve que, de tout temps, les écrivains (et non des moindres) ont inventé toutes sortes de rituels pour retarder le moment de se mettre au travail !…

Ecrivez comme on filme

Vous êtes bloqué au 6ème chapitre de votre roman ? Pourquoi ne pas passer à un autre ? Ou encore écrire « la » grande scène finale dont vous rêvez toutes les nuits ? Après tout, personne ne vous oblige à raconter de manière linéaire. Faites comme les réalisateurs de cinéma qui tournent les scènes dans le désordre et réorganisent tout au montage. Vous aurez toujours le temps de revenir là où ça bloque. Et il y a de fortes chances pour que, dès que vous aurez recommencé à écrire, les obstacles ne vous paraissent plus aussi insurmontables.

Recherchez une aide extérieure

Votre récit faire du surplace, vous ne savez pas comment le faire avancer ? Faites relire ce que vous avez écrit par des personnes de confiance, en leur indiquant les options que vous avez choisies pour la suite et attendez leurs réactions. Retravaillez les personnages, donnez-leur une chance de vous convaincre qu’ils existent vraiment ! Reprenez point par point le découpage de votre histoire, vous aurez déjà une idée plus claire d’où vous êtes et où vous pouvez aller.

Lisez, lisez, lisez !

Vous vous demandez comment faire pour améliorer votre style ou acquérir davantage de technique ? Lisez beaucoup, et pas seulement des ouvrages du même genre que celui que vous écrivez : si vous écrivez un roman, lisez aussi de la poésie, du théâtre, des nouvelles, des essais, des biographies…  N’hésitez pas à poser des questions à d’autres auteurs, suivez les forums qui parlent d’écriture, lisez des ouvrages techniques ou encore, inscrivez-vous à un atelier d’écriture !

Comment retravailler sa nouvelle ?

 

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Vous la trouvez trop longue, trop lisse, bavarde ou monotone : comment faire pour retravailler votre nouvelle et lui donner ce petit quelque chose qui fera la différence ?

Vous la trouvez trop longue

Prenez deux pages au hasard et exercez-vous à la réduire sur ces pages-là. Si le résultat vous plaît, vous ferez la même chose pour l’ensemble de la nouvelle. L’opération se déroule en trois temps. Premier temps : résumez chaque paragraphe en une phrase. Deuxième temps : mettez ces phrases de côté et réécrivez les deux pages en les réduisant de moitié. Troisième temps : confrontez le texte réduit et la phrase résumant chaque paragraphe. Si la réduction a altéré le sens du texte ou supprimé des éléments essentiels, vous les réintègrerez en essayant de ne pas développer le texte outre mesure. Autre solution : entraînez-vous à réduire la nouvelle de 10 % sans en altérer le sens.

Vous la trouvez trop lisse

Pour éviter que le lecteur ne s’endorme, trouvez comment réveiller sa curiosité. Par exemple, en lui suggérant que vous lui avez caché quelque chose ! Prenez un épisode significatif de votre nouvelle et coupez-le, puis ajustez le texte en vérifiant bien que celui-ci fonctionne ainsi amputé. Il pourra être nécessaire de glisser un indice, un petit quelque chose qui, sans en dire trop, fera sentir au lecteur que vous avez caché quelque chose d’important.

Vous la trouvez raplapla

Variez le rythme du récit ! Adjectifs et adverbes le ralentissent : êtes-vous sûrs qu’ils sont tous indispensables ? Exercez-vous à supprimer les adjectifs de votre texte puis réintroduisez ceux qui sont vraiment nécessaires. Un nom, s’il est précis, n’a pas besoin de qualificatif mais il y a des cas où l’on ne peut s’en passer. Par exemple, si vous écrivez : « un mur aveugle » ; ici, comment saurait-on sans l’adjectif que le mur ne comporte aucune fenêtre sur l’extérieur ? C’est la même chose pour les adverbes : point trop n’en faut !

Et encore…

Vous aimez bien l’histoire que vous racontez, mais trouvez votre nouvelle moyennement réussie ? Réécrivez-la en changeant de point de vue, puis relisez-vous : le récit fonctionne-t-il mieux ou moins bien ? Vous pouvez aussi essayer de faire comme Tchekhov : coupez les cinq premières et les cinq dernières lignes de votre nouvelle et relisez-la. Les passages supprimés étaient-ils réellement indispensables ? Si oui, pouvez-vous les réécrire avec moitié moins de mots ?

Mars est le mois de la nouvelle chez Alice et les mots qui vous propose 2 week-ends d’atelier par courriel pour la travailler en profondeur. Prochaine session : du 24 au 27 mars.

Cinq questions à se poser avant d’écrire une nouvelle

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Vous avez plein d’idées pour écrire une nouvelle mais vous vous demandez par où commencer, comment continuer… et comment finir ! Posez-vous ces questions avant de vous lancer.

Quelle est la situation de départ ? Qu’est-ce qui vient la perturber ?

Trouvez quel est l’incident qui va perturber le quotidien de vos personnages et les pousser à agir. Puis demandez-vous où commence le récit : avant  l’incident déclencheur ou après ? A moins qu’il ne commence avec lui ?  Que donnerait le récit si vous démarriez à un autre moment ?

Qui raconte ?

Déterminez qui raconte l’histoire : le personnage principal ? Un témoin ? Un narrateur extérieur ? Le point de vue choisi est-il le meilleur  pour raconter cette histoire-là entre toutes ? Si vous en êtes persuadé, n’en changez surtout pas au cours du récit.

Qui sont les personnages ? Qu’est-ce qu’ils veulent ?

Les personnages dans la nouvelle sont moins nombreux et moins caractérisés que dans le roman (question de format). Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils doivent être traités par dessous la jambe ! Cherchez ce qui est significatif dans leur apparence et leur comportement et concentrez-vous sur leur enjeu : jusqu’où chacun est-il prêt à aller pour obtenir ce qu’il veut? Quelles actions cela peut-il entraîner ? Quels rebondissements éventuels ?

Comment se termine la nouvelle ?

Vous avez choisi d’écrire une nouvelle à chute ? Pour que la chute produise un maximum d’effet sur le lecteur, elle doit être mise en place dès le départ : pour être crédible et convaincante, elle doit apparaître comme un prolongement logique et naturel de votre récit. En clair, évitez les chutes « téléphonées », les fins-clichés, les dénouements trop évidents ou trop décalés…

Chaque mot est-il indispensable ?

Une nouvelle doit pouvoir se lire d’un trait : une fois que vous aurez terminé le premier jet de votre nouvelle, relisez soigneusement pour vérifier s’il n’y a pas de temps morts et de termes inutiles. Tel passage est-il nécessaire pour faire avancer l’action ? Tel mot est-il indispensable à la compréhension du texte ? Si la réponse est non, effacez-le sans états d’âme !

En mars prochain, Alice et les mots vous propose deux week-ends consacrés à l’écriture d’une nouvelle. Chaque séance se déroulera sous forme d’atelier individuel par courriel. Inscriptions, renseignements : contact{arobase}alicetlesmots.fr

 

Dix façons de saboter un texte

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Même si vous tenez une histoire en or, même si vous savez raconter, il y a des fautes de style qui ne pardonnent pas. Voici dix erreurs fréquentes qui  disqualifient un texte dès la première page.

1- Coller aux dialogues des verbes de dialogue :

« — Je te quitte, soupira-t-il.

— Quoi ? se désenchanta-t-elle.

— Oui, s’apitoya-t-il (…) »

Quand un personnage parle, le lecteur doit pouvoir l’identifier sans qu’il soit indispensable de préciser qui parle. C’est possible si l’auteur a su caractériser le langage autant que le physique de son personnage, sa manière de se comporter dans la vie et de réagir aux situations. En s’exprimant donc différemment des autres personnages, et aussi de l’auteur.

2- Surcharger la ponctuation :

« O rage !!!! O désespoir !!!! O vieillesse ennemie !!!!………… »

3- Ponctuer au petit bonheur :

« L’abus, ou la mauvaise utilisation, de, points ou de : virgules, rendra votre prose ! Hachée (…) »

4- Caractériser les personnages uniquement par leur physique :

« Il était grand, brun et beau. »

Il y a plein d’autres façons de caractériser un personnage (voir le point numéro 1). Ça fait partie du travail de l’auteur.

5- Caractériser les personnages par des clichés :

Si votre personnage a « des yeux d’acier », ou est « blonde comme les blés »… trouvez autre chose ! Si, si, vous pouvez mieux faire (voir le point précédent).

6- Abuser des adjectifs :

« Il était grand, brun, beau, musclé et terriblement sexy ». Un adjectif n’est utile que s’il précise un nom (ou en l’occurrence un pronom), s’il lui apporte quelque chose. En ce domaine, qui peut le plus peut le moins.

7- Abuser des adverbes et en particulier des adverbes en -ment :

« L’amour est un oiseau évidemment rebelle

Que nul ne peut facilement apprivoiser

Et c’est bien en vain qu’ inlassablement on l’appelle

S’il lui convient de refuser catégoriquement

Rien malheureusement n’y fait, menace ou prière

L’un parle vraiment bien, l’autre se tait obstinément

Et c’est l’autre que franchement je préfère

Il n’a rien dit, mais il me plaît absolument (…) »

(pardon, Monsieur Bizet)

8- User de pléonasmes

Descendre en bas, finir enfin, sortir dehors

9- Faire des phrases longues et tortueuses

Là encore, un remède simple : couper ! Ou l’emploi d’un outil à la portée de tous : le point. Cassez vos phrases en deux, relisez à voix haute ; ajustez… la bonne moyenne étant de 14 mots par phrase. Avec de la pratique, on apprend à alterner différentes longueurs de phrases.

10- Utiliser la voix passive

« Des gâteaux leur avaient été distribués, et les enfants s’étaient égayés dans le sous-bois où des trilles étaient poussés par les oiseaux… » Pour dynamiser une phrase, rien de tel que la voix active : « On leur distribua des gâteaux (…) »

Cet article a été en partie réalisé grâce au livre de T. Maugenest, Les rillettes de Proust (éditions Points-Seuil) dont sont extraits les exemples cités aux points 1 et 3

C’est l’été, changez vos habitudes d’écriture !

© Pedro Ribeiro Simoes

Tous les manuels à l’usage des apprentis-auteurs vous incitent à mettre en place une « routine » d’écriture (traduction : écrire tous les jours à la même heure un nombre de mots/de pages/ de signes fixé à l’avance et vous y tenir quoi qu’il arrive). Et voilà qu’aujourd’hui, on vous demande de  faire le contraire ! Mais de qui se moque-t-on ?

Pourtant, c’est vrai : autant il peut être payant, si vous avez un projet d’écriture au long cours, de vous mettre tous les jours devant votre clavier et de vous astreindre à « produire », autant il est nécessaire et même salutaire de bousculer parfois vos habitudes… Car celle d’écrire tous les jours peut, comme toute routine, devenir à la longue un acte machinal et sans imagination — un comble !  Nombreux sont les auteurs qui profitent d’un changement dans leur quotidien (le voyage en est l’exemple-type) pour rafraîchir leur plume en allant écrire ailleurs et autrement. Pourquoi ne pas profiter de l’été pour bousculer votre routine ?

Changer de lieu, d’horaires… ou de texte

Si vous n’avez pas l’intention de bouger, vous pouvez décider de changer d’horaires ou de lieu, ou encore  expérimenter des façons différentes de travailler. L’écrivain américain William S. Burroughs propose quant à lui un petit exercice visant à changer non pas les conditions dans lesquelles vous écrivez, mais carrément le texte lui-même et la manière de le travailler  : vous imprimez une page de votre manuscrit et la coupez en quatre parties. Puis vous vous ingéniez à réorganiser celles-ci sans idée préconçue, en oubliant la logique qui avait présidé à l’ordonnance des choses . Il ne vous reste plus qu’à retourner à votre manuscrit et à retravailler votre texte en gardant de ces modifications ce qui le sert au mieux… Une manière de « lâcher prise » et de sortir de la routine sans perdre de vue son objectif : faire progresser son texte et son écriture.