La nouvelle est-elle soluble dans la technique ?

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C’est vrai, pour écrire des nouvelles vous devez travailler l’accroche et la chute, choisir un point de vue, inventer des personnages, installer une tension narrative… Mais, au-delà des considérations techniques, qu’est-ce qui fait tout l’intérêt d’une nouvelle ?

La nouvelle est un format court, certes, mais elle ne s’arrête pas à raconter « une petite histoire ». Au-delà de l’anecdote, elle cherche avant tout à rendre compte d’une expérience humaine. Dans « La Parure » de Maupassant, c’est tout le désastre d’une vie qui est dépeint en quelques pages : celui d’une petite-bourgeoise qui doit faire des ménages pendant dix ans parce qu’elle a égaré le collier que lui a prêté son amie et apprend, en fin de compte, que la fameuse parure était fausse ! C’est en nous donnant à voir le désarroi de Mathilde, sa lutte pour se sortir d’une situation inextricable, que l’auteur transforme l’anecdote en un récit à part entière. Il nous montre comment,  entre le début et la fin de la nouvelle, le personnage a évolué et c’est cette évolution qui constitue la colonne vertébrale du récit et lui apporte ce qui fait la particularité de la nouvelle : une profondeur. Alors : texte court, oui, mais…

Donner à voir l’humain

Autre exemple, les nouvelles de Carver qui tournent toujours autour des mêmes thèmes (l’alcoolisme, la séparation, la difficulté des rapports humains…). Pourtant, Carver arrive à faire de chaque nouvelle un récit unique et qui nous touche au cœur, parce qu’il va plus loin que le simple fait de montrer des gens en train de boire ou de se disputer. En nous donnant à voir leur détresse, c’est la nôtre qu’il nous fait ressentir, c’est notre humanité qu’il nous fait toucher du doigt à travers celle de ses personnages.

La technique au service du récit

Et la technique, dans tout ça ?  Si l’on ne peut s’en passer lorsqu’on veut écrire une nouvelle (et si l’on veut s’en affranchir, mieux vaut d’abord en connaître les règles), elle est avant tout un outil que l’écrivain met à son service. Ce que Carver* résume ainsi : « combiner le mot juste et l’image idéale à une ponctuation rigoureuse et sans faille, afin que le lecteur soit totalement absorbé par mon récit, que rien au monde ne puisse l’arracher à sa lecture, sauf peut-être l’incendie de sa maison. » Bonnes lectures !

*dans « N’en faites pas une histoire », éditions de l’Olivier

Du 15 octobre au 15 novembre, Alice et les mots proposait un atelier d’écriture par mail dont les nouvelles les plus réussies seront publiées ICI à partir du 15 novembre.
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Au secours ! Je ne peux plus écrire…

La rentrée vous bouscule, les enfants vous réclament, votre boss vous met la pression et vous passez le temps à jongler entre les priorités : résultat, vous ne parvenez plus à vous organiser pour écrire.

Pourtant, il était bien parti ce roman, elle vous plaisait bien cette nouvelle… Mais depuis trois semaines, votre projet se traîne car vous n’arrivez plus à trouver le temps de le faire avancer. Vous temporisez, vous procrastinez, vous culpabilisez, bref vous êtes sur la mauvaise pente. N’attendez pas pour reprendre les choses en mains !

Revoyez vos priorités

Ce n’est pas un scoop, la télé ou les réseaux sociaux sont très chronophages… mais ils ne sont pas les seuls ! Prenez une feuille et faites le point sur le temps passé chaque jour à chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : vous arriverez bien à gagner une demi-heure que vous pourrez consacrer à écrire. Du moins si vous en avez vraiment envie.

Fixez-vous des objectifs

Tant de jours, d’heures ou de minutes par semaine ou encore tant de mots par jour (entre 600 et 1000 est déjà une bonne moyenne). Faites-vous aider : le site 3 Pages vous propose d’écrire 750 mots par jour (1 page fait 250 mots) en mettant à votre disposition un logiciel très simple et incitatif. Et c’est gratuit ! Enfin, n’ayez pas les yeux plus gros que le ventre  : si votre emploi du temps ne vous permet de dégager qu’une heure ou deux par semaine, ne vous lancez pas dans l’écriture d’une saga en trois tomes ! Fixez-vous des objectifs réalistes, sinon vous risquez vite de vous sentir écrasé par l’ampleur du projet.

Pourquoi ne pas vous faire aider ?

C’est peut-être aussi le moment de chercher une aide extérieure. Faites relire ce que vous avez écrit par des personnes de confiance, en leur indiquant les options que vous avez choisies pour la suite et sollicitez leurs réactions. Reprenez point par point le découpage de votre histoire, vous aurez déjà une idée plus claire d’où vous êtes et où vous pouvez aller. Un atelier d’écriture ou un accompagnement peuvent aussi vous aider à retrouver l’envie d’écrire. Et si vous avez tendance à procrastiner, consolez-vous : la revue Sciences humaines relate que, de tout temps, nombre d’écrivains (et non des moindres) ont inventé toutes sortes de rituels pour repousser le moment de se mettre au travail !…

Résolution n°1 : écrire tous les jours

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Comme chaque nouvel an, les bonnes résolutions pointent le bout de leur nez. Puis l’année passe… On les oublie.  Mais cette fois-ci, promis juré, on va tenir ! Parce qu’il y a plein de raisons d’écrire tous les jours de l’année.

Ecrire tous les jours stimule la créativité

Si on écrit tous les jours, les idées surgissent plus facilement. Un truc pour vous faciliter les choses : gardez en permanence un carnet de notes sur vous, vous ne pourrez plus vous en passer. Au bout de 365 jours, vous aurez une moisson de textes…

Ecrire tous les jours vaccine contre l’angoisse de la page blanche

N’attendez pas l’inspiration, elle est si capricieuse ! Écrire chaque jour, même peu, vous prouvera que vous n’avez pas besoin d’être inspiré pour écrire. Plus vous aurez l’habitude d’écrire, plus ce sera facile… et les risques de blocage diminueront à proportion : adieu l’angoisse de la page blanche !

Ecrire tous les jours  permet de se renouveler

La plupart des auteurs pratiquent une seule forme d’écriture : roman, nouvelle, autobiographie, écriture de scénario ou de chanson… Écrire tous les jours permet de frotter sa plume à des champs littéraires différents. Votre temps est limité ? Essayez les formes brèves : poème, micro-fiction, haiku… Si vous êtes plutôt un habitué du genre autobiographique, essayez la fiction : écrivez une nouvelle ou un conte fantastique. Si vous peinez sur un roman, changez-vous les idées le temps d’écrire un poème, une chanson, une micro-nouvelle… Sortez de vos rails et n’ayez pas peur de l’inconnu !

Ecrire tous les jours combat le perfectionnisme

Stendhal disait : « Ecrire chaque jour, génie ou non ».  Quelques pages d’écriture  « sans génie»  ne seront pas du temps perdu, au contraire : écrire, même peu, même des choses sans importance, entretient l’envie d’écrire ! Méfiez-vous du perfectionnisme qui peut devenir une entrave. Vous n’êtes pas obligé de produire chaque jour un texte de concours…

Ecrire tous les jours fait progresser un manuscrit

Tous les écrivains vous le diront, s’il est une « recette » et une seule pour terminer un manuscrit, c’est bien celle-là : écrire chaque jour, peu ou beaucoup (c’est selon). Mais chaque jour. Vous resterez ainsi proche de vos personnages, vous ne vous noierez pas dans l’intrigue et surtout, vous risquerez moins de perdre l’élan, la motivation nécessaires à l’écriture d’un manuscrit au long cours !…

Pour vous aider à repartir du bon pied, le stage de remise en forme créative du 22 janvier vous propose de faire l’écriture buissonnière : une journée entière pour redonner du punch à votre écriture… en vous amusant !

Dix façons de saboter un texte

écrire une nouvelle

Même si vous tenez une histoire en or, même si vous savez raconter, il y a des fautes de style qui ne pardonnent pas. Voici dix erreurs fréquentes qui  disqualifient un texte dès la première page.

1- Coller aux dialogues des verbes de dialogue :

« — Je te quitte, soupira-t-il.

— Quoi ? se désenchanta-t-elle.

— Oui, s’apitoya-t-il (…) »

Quand un personnage parle, le lecteur doit pouvoir l’identifier sans qu’il soit indispensable de préciser qui parle. C’est possible si l’auteur a su caractériser le langage autant que le physique de son personnage, sa manière de se comporter dans la vie et de réagir aux situations. En s’exprimant donc différemment des autres personnages, et aussi de l’auteur.

2- Surcharger la ponctuation :

« O rage !!!! O désespoir !!!! O vieillesse ennemie !!!!………… »

3- Ponctuer au petit bonheur :

« L’abus, ou la mauvaise utilisation, de, points ou de : virgules, rendra votre prose ! Hachée (…) »

4- Caractériser les personnages uniquement par leur physique :

« Il était grand, brun et beau. »

Il y a plein d’autres façons de caractériser un personnage (voir le point numéro 1). Ça fait partie du travail de l’auteur.

5- Caractériser les personnages par des clichés :

Si votre personnage a « des yeux d’acier », ou est « blonde comme les blés »… trouvez autre chose ! Si, si, vous pouvez mieux faire (voir le point précédent).

6- Abuser des adjectifs :

« Il était grand, brun, beau, musclé et terriblement sexy ». Un adjectif n’est utile que s’il précise un nom (ou en l’occurrence un pronom), s’il lui apporte quelque chose. En ce domaine, qui peut le plus peut le moins.

7- Abuser des adverbes et en particulier des adverbes en -ment :

« L’amour est un oiseau évidemment rebelle

Que nul ne peut facilement apprivoiser

Et c’est bien en vain qu’ inlassablement on l’appelle

S’il lui convient de refuser catégoriquement

Rien malheureusement n’y fait, menace ou prière

L’un parle vraiment bien, l’autre se tait obstinément

Et c’est l’autre que franchement je préfère

Il n’a rien dit, mais il me plaît absolument (…) »

(pardon, Monsieur Bizet)

8- User de pléonasmes

Descendre en bas, finir enfin, sortir dehors

9- Faire des phrases longues et tortueuses

Là encore, un remède simple : couper ! Ou l’emploi d’un outil à la portée de tous : le point. Cassez vos phrases en deux, relisez à voix haute ; ajustez… la bonne moyenne étant de 14 mots par phrase. Avec de la pratique, on apprend à alterner différentes longueurs de phrases.

10- Utiliser la voix passive

« Des gâteaux leur avaient été distribués, et les enfants s’étaient égayés dans le sous-bois où des trilles étaient poussés par les oiseaux… » Pour dynamiser une phrase, rien de tel que la voix active : « On leur distribua des gâteaux (…) »

Cet article a été en partie réalisé grâce au livre de T. Maugenest, Les rillettes de Proust (éditions Points-Seuil) dont sont extraits les exemples cités aux points 1 et 3

Prenez une feuille

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C’est la rentrée, et vous avez du mal à reprendre la plume ? A retrouver la cadence de vos doigts sur le clavier ? C’est le moment de tester ce petit exercice recommandé par l’écrivain américain William S. Burroughs.

Prenez un de vos textes, n’importe lequel. Imprimez-en une page au hasard (il faut parfois laisser faire les choses). Découpez cette page en quatre parties et réorganisez-les, faites-en une sorte de « pêle-mêle » — oui, vous avez bien lu. Enfin recopiez le texte en conservant cet état de pêle-mêle. Vous résistez ? C’est normal : vous aviez ordonné les choses selon une certaine logique et tout à coup, vous devez les considérer au travers d’ellipses et de juxtapositions hasardeuses ! Et vous vous demandez à quoi ça peut bien servir de tout chambouler comme ça.

Réécrire, c’est encore écrire

Précisément : ne laissez pas passer une si belle occasion de revoir votre texte sous un angle neuf ! Exercez-vous à le retravailler en gardant le meilleur de ces modifications, dans la mesure où elles servent le texte. Et même si vous n’êtes pas convaincu du résultat, vous avez au moins relancé la machine. Oui, la machine-à-écrire. Après tout la réécriture, c’est aussi l’écriture… Bonne rentrée !

C’est l’été, changez vos habitudes d’écriture !

© Pedro Ribeiro Simoes

Tous les manuels à l’usage des apprentis-auteurs vous incitent à mettre en place une « routine » d’écriture (traduction : écrire tous les jours à la même heure un nombre de mots/de pages/ de signes fixé à l’avance et vous y tenir quoi qu’il arrive). Et voilà qu’aujourd’hui, on vous demande de  faire le contraire ! Mais de qui se moque-t-on ?

Pourtant, c’est vrai : autant il peut être payant, si vous avez un projet d’écriture au long cours, de vous mettre tous les jours devant votre clavier et de vous astreindre à « produire », autant il est nécessaire et même salutaire de bousculer parfois vos habitudes… Car celle d’écrire tous les jours peut, comme toute routine, devenir à la longue un acte machinal et sans imagination — un comble !  Nombreux sont les auteurs qui profitent d’un changement dans leur quotidien (le voyage en est l’exemple-type) pour rafraîchir leur plume en allant écrire ailleurs et autrement. Pourquoi ne pas profiter de l’été pour bousculer votre routine ?

Changer de lieu, d’horaires… ou de texte

Si vous n’avez pas l’intention de bouger, vous pouvez décider de changer d’horaires ou de lieu, ou encore  expérimenter des façons différentes de travailler. L’écrivain américain William S. Burroughs propose quant à lui un petit exercice visant à changer non pas les conditions dans lesquelles vous écrivez, mais carrément le texte lui-même et la manière de le travailler  : vous imprimez une page de votre manuscrit et la coupez en quatre parties. Puis vous vous ingéniez à réorganiser celles-ci sans idée préconçue, en oubliant la logique qui avait présidé à l’ordonnance des choses . Il ne vous reste plus qu’à retourner à votre manuscrit et à retravailler votre texte en gardant de ces modifications ce qui le sert au mieux… Une manière de « lâcher prise » et de sortir de la routine sans perdre de vue son objectif : faire progresser son texte et son écriture.

Six trucs pour améliorer son style

© Dylan Foley

© Dylan Foley

Hemingway recommandait d’utiliser des phrases courtes et un langage vigoureux. Colette faisait la chasse aux adjectifs inutiles.  Philippe Djian insiste sur le rythme, Carver sur la précision… Concrètement, comment faire pour améliorer son style ?

Jules Renard écrivait : « Le métier d’écrivain, c’est d’apprendre à écrire. » Le style n’est pas inné, comme le reste cela se travaille et tant mieux ! Quelques pistes pour commencer :

Evitez la voix passive

La voix passive affaiblit votre texte. Si un éditeur vous écrit « des lourdeurs doivent être supprimées de votre manuscrit », vous vous sentirez moins concerné que par « vous devez supprimer des lourdeurs… ». Alors, faites la chasse à la voix passive et remplacez-la chaque fois que c’est possible par la voix active.

Sachez placer vos virgules à bon escient

On l’apprend à l’école, mais parfois on l’oublie : on ne met PAS de virgule entre le sujet et le verbe (Elle, s’énerve). Pas non plus entre le verbe et le c.o.d. (Elle lui renvoie, son manuscrit à corriger). Une phrase se termine par un point et démarre par une majuscule (attention : en poésie, les règles sont différentes).

Ecrivez des dialogues qui sonnent juste

Bannissez les clichés et les tics de langage, les « euh, hein, alors, oui mais non, et sinon… » ! S’ils émaillent la conversation courante, ils n’ont rien à faire à l’écrit et apportent très vite un côté artificiel, voire caricatural.

Un bon dialogue est aussi un dialogue dynamique, dont chaque réplique paraît rebondir comme une petite balle… sans donner pour autant l’impression d’un procédé !

Soignez la précision de vos descriptions

Une bonne description ne ralentit pas le récit et consiste en quelques détails bien choisis qui créent une ambiance ou dessinent un personnage en quelques traits saillants.

Utilisez vos cinq sens

Souvent, quand on écrit, on fait fonctionner la vue et l’ouïe, rarement les autres sens… Pensez aussi odeurs, textures, goûts. Votre univers deviendra plus riche et suggestif !

Coupez, coupez, coupez ce qui dépasse

Si vous écrivez des nouvelles, vous pratiquez déjà l’économie de moyens. Dans la nouvelle, en effet, la règle est : pas un mot de trop, les digressions n’ont pas leur place. A mettre en pratique dans n’importe quel texte, c’est à dire en coupant 10 % d’un premier jet…

Pour aller plus loin : Questions de style, un stage le week-end des 19 et 20 mars. Réservation : boitealice{arobas}gmail.com

4 trucs pour redonner du punch à un récit

© Dylan Foley

© Dylan Foley

Vous relisez vos premiers chapitres et vous trouvez qu’ils manquent de nerf ? Vous aimez bien vos personnages, l’intrigue vous plaît et vous débordez d’idées, pourtant l’histoire ne décolle pas ? Voici quatre façons de l’améliorer…

1- Rajoutez du conflit

Votre intrigue avance pépère, et le lecteur peine à garder les yeux ouverts… Alors, demandez-vous ce qui pourrait le réveiller : par exemple, quelque chose qui viendrait compliquer la vie de vos personnages. Une bonne intrigue repose sur un conflit, c’est à dire que chaque personnage doit vouloir quelque chose et ce quelque chose être contrarié par le monde qui l’entoure (ses proches, la société ou l’environnement)… ou par lui-même (on parle alors de conflit interne : le désir contrarié par la peur ou l’amitié par le goût du pouvoir, etc). Le conflit donne du corps et du goût au récit, pousse les personnages dans leurs retranchements et les oblige à révéler qui ils sont vraiment. Et, tout simplement, il fait avancer l’histoire.

2- Ne dites pas tout

Ne dévoilez pas trop vite vos personnages ! Laissez le lecteur les découvrir peu à peu, en particulier le personnage principal. Mieux vaut disséminer des informations tout au long de votre récit, par des allusions qui titilleront la curiosité du lecteur. Rien de tel pour maintenir la tension dramatique.

3- Jouez sur les émotions

Une bonne histoire repose sur les émotions : d’où l’intérêt de bien réfléchir aux conflits qui animent vos personnages et à les mettre en scène de manière à provoquer l’empathie du lecteur. Même Robinson Crusoé (presque) seul sur son île se débattait dans les conflits : survivre dans un environnement inconnu, ne pas devenir fou de solitude, affronter un ennemi potentiel…

4- Apprenez au lecteur 
quelque chose que les personnages ne savent pas

Le lecteur attend quelque chose : une vérité, un fait, une découverte inattendue… Donnez-lui des éléments qui lui permettront d’anticiper, par exemple une information dont aucun personnage ne dispose : quand vous étiez enfant et que vous saviez, vous, que le grand méchant loup guettait le petit Chaperon rouge, l’attente n’était-elle pas délicieuse ? Celle de votre lecteur sera d’autant plus forte qu’il se demandera quand les personnages vont apprendre, eux aussi, qu’ils sont assis sur une mine ou que Papa n’est pas leur père… et comment ils réagiront.

C’est la rentrée, gardez le rythme !

© Bengt Nyman

© Bengt Nyman

« Qu’est-ce qui fait le rythme d’une phrase ?

Le nombre de syllabes dans cette phrase ; dans chacun de ses membres ; le rapport entre ces nombres ; le nombre de ces membres… Compter sur ses doigts ne suffit pas — ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas compter, au contraire !

Rythmes de détail, rythmes d’ensemble…

Le rythme du français, plus difficile encore à trouver. Les langues à accent tonique remuent comme la mer, chaque mot est une vague. Le français, lui, est une surface étale. Un lac aux mille reflets ».

 Michel Volkovitch, Verbier – Herbier verbal à l’usage des écrivants et des lisants

Histoire de nous donner un exemple concret, M. Volkovitch cite cette phrase de Flaubert extraite de Madame Bovary  : « … et, quand il aperçut la première fois cette chevelure entière (6) qui descendait (4) jusqu’aux jarrets (4) en déroulant (4) ses anneaux noirs (4), ce fut pour lui (4), le pauvre enfant (4), comme l’entrée subite dans quelque chose d’extraordinaire (5+4+5) dont la splendeur (4) l’effraya (3). » Les chiffres entre parenthèses indiquent, vous l’aurez compris, le nombre de syllabes qui scande, pour commencer, « le déroulement sans fin des anneaux noirs (avalanche de 4) puis le rythme gonfle soudain comme le cœur dans la poitrine, puis revient brièvement au leitmotiv obsédant (4) pour mieux faire ressortir l’impair de la fin, si bref, et d’autant plus frappant qu’on ne l’avait pas encore entendu. »

Essayez d’écrire, après ça…

(essayez quand même, allez… après tout, c’est la rentrée et Flaubert et le « Verbier », dont on recommandera vivement la lecture, sont de sacrés professeurs !)

Romanciers en herbe : 2ème épisode

L’été dernier, Alice et les mots avec les « tiroirs d’écriture » vous proposait d’écrire des textes brefs. Cette année, les propositions qui apparaîtront ici vous donneront des pistes pour démarrer un récit au long cours. Comme l’année dernière, vous pourrez envoyer vos textes par mail à boitealice{arobase}gmail.com et les cinq textes qui arriveront les premiers recevront un « retour » gratuit.

nouvellesLa première proposition vous suggérait de mettre en scène une conversation surprise par hasard dans un café. Votre personnage devait se sentir suffisamment concerné par ce qu’il entendait pour réagir d’une manière ou d’une autre : c’est le point de départ de votre récit, l’événement déclencheur qui entraîne une série d’actions qui… etc.

La deuxième étape vous invite à imaginer une scène où votre personnage est en déplacement. A vous d’en imaginer la raison : il a reçu un coup de téléphone, il voyage pour son travail, un accident est arrivé à un proche et il doit se rendre sur place, ou encore un ami lui propose de le rejoindre sur son lieu de vacances … bref, il doit bouger physiquement. Dans tous les cas, ce déplacement va indirectement le ramener au sujet de la conversation surprise au café. Comment ? A vous de l’imaginer. Vous seul devez savoir de quoi il retourne : le lecteur, lui, ne doit (encore) se douter de rien.

© Romuald Le Peru

© Romuald Le Peru

Ce deuxième texte vous permettra d’approfondir la caractérisation de votre personnage, de lui donner plus de présence et de crédibilité (vous pourrez toujours, plus tard, retoucher la première scène une fois que vous connaîtrez mieux votre protagoniste). Il doit aussi faire avancer le récit, mettre votre personnage en mouvement et  préparer la suite… A ce stade, un scénario se dessine : c’est le moment de prendre des notes, elles vous serviront pour la suite.

Comme précédemment, les cinq premiers textes envoyés à Alice et les mots recevront un « retour » gratuit et détaillé. Vous ne manquez pas d’idées, vos écrits le prouvent. Alors, n’hésitez pas et… bonne écriture !