Avec ou sans chute : écrire une nouvelle

Il n’y a pas que la nouvelle à chute ! Il existe une autre variété de nouvelle « sans chute » ou dont la chute reste en suspens. Les deux ne se construisent pas de la même façon : dès les premières lignes, la différence s’impose et s’affirme tout au long du récit.

L’objectif de la nouvelle à chute est de raconter une histoire, de mettre en place des péripéties qui aboutiront à un dénouement qui permettra de résoudre, en bien ou en mal,  la « crise » que traversent les personnages. « J’ajoute encore qu’il a salué, Bonsoir la compagnie. Et puis qu’il a sauté.» (Annie Saumont, Moi, mon père 1). « Et c’est alors que l’autobus de six heures l’écrasa. » (Truman Capote, Tels des enfants, au jour de leur anniversaire 2). Souvent surprenante et riche en émotion, la chute est alors le couronnement de la nouvelle. Nombre d’auteurs écrivent d’ailleurs leurs nouvelles en fonction de la chute qu’ils connaissent parfois avant même d’avoir saisi leur stylo ou posé les doigts sur leur clavier !

La nouvelle « sans chute »

Rien de tel avec la nouvelle sans chute qui privilégie avant tout l’atmosphère et la suggestion. Il s’agit d’abord pour l’auteur de décrire un moment significatif dans la vie d’un personnage qui, sur un laps de temps très court, va l’amener  à reconsidérer le sens de sa vie. La plupart du temps, la fin de la nouvelle n’a rien d’un dénouement au sens où elle ne « résout » rien : le récit se termine sur un mot, une phrase dans la continuité de l’instant. « Ils bavardèrent jusqu’au petit matin, quand monta la pâle lueur dans les fenêtres, et ils ne pensaient pas à s’en aller. » (Raymond Carver, Une petite douceur 3). « Le feu passa au vert et la voiture démarra aussitôt » (Hélène Lenoir, Les escarpins rouges 4).

Une nouvelle, ça se construit

Qu’il s’agisse de d’amener la chute qui « scotchera » le lecteur, ou d’immerger celui-ci dans l’atmosphère d’un récit pour le mener jusqu’au bout de l’émotion, le mot-clé est : construction. Les différentes phases du récit demandent un vrai travail de composition que nombre d’auteurs considèrent comme un artisanat.  Une nouvelle, ça doit être solidement construit et conçu pour durer, comme une maison, ou une voiture. Il faut aussi que ça soit beau à regarder… écrit Raymond Carver dans N’en faites pas une histoire 5. Et cela ne s’improvise pas.

1- Encore une belle journée, éd. Julliard ; 2- Monsieur Maléfique et autres nouvelles, éd. Gallimard ; 3- Débutants, éd. de l’Olivier ; 4- L’Entracte, éd. de Minuit ; 5- éd. de l’Olivier

Vous souhaitez acquérir les techniques de base de la nouvelle ou les approfondir tout en développant votre style ? Alice et les mots vous propose différents ateliers en présence ou par mail consacrés à la nouvelle : cliquez ICI pour en savoir plus.
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6 astuces de style pour rendre vos textes plus attractifs

 

 

Un lecteur a de nombreuses raisons d’abandonner un texte… Ces 6 astuces basiques renforceront vos chances d’être lu.

1 – Supprimez les phrases trop longues
Raccourcissez les phrases trop longues, en particulier celles dont le complément est loin du sujet. Evitez l’abus de virgules, remplacez-les par un point (en évitant quand même le style télégraphique).

2 – Alternez la longueur de vos phrases

3 – Exprimez-vous simplement
S’il doit ouvrir un dictionnaire pour vous suivre, le lecteur se lassera vite : employez des mots simples !

4 – Privilégiez les verbes d’action
Les verbes d’action rendront votre texte plus dynamique.

5 – Supprimez les adjectifs inutiles
Un adjectif doit ajouter une idée au mot qu’il qualifie, il doit augmenter sa signification (exemple : « Une porte ouverte »). Sinon, il est inutile.

6 – Ne gardez que les transitions indispensables
Essayez de lier vos phrases par la logique de l’idée, n’abusez pas des conjonctions ou expressions telles que : car, en effet, néanmoins, du reste, en outre, d’autre part, en fin de compte, d’un côté, à vrai dire, pour sa part, de son côté, etc. Soyez original, évitez de démarrer vos phrases par « Alors… »

Vous souhaitez travailler votre style ? A partir de la rentrée, Alice et les mots propose les Dimanches à la carte : une fois par mois, une journée pour écrire sur un point technique ou un thème qui vous intéresse, (re)démarrer ou terminer un texte, avancer sur un projet ou simplement vous lancer dans l’écriture…

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6 erreurs à éviter avant de se lancer dans l’écriture d’un manuscrit

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Vous avez l’idée, vous avez l’envie, un week-end prolongé et l’ordinateur qui vous tend les bras… Avant de vous lancer tête baissée dans l’écriture du roman de votre vie, réfléchissez aux erreurs que vous pourriez éviter.

1- démarrer sur les chapeaux de roue

Vous débordez d’idées, et vous ne doutez pas d’avoir terminé ce roman en trois mois (disons, six…). Malheureusement, au bout du 2ème chapitre c’est le trou noir. Pour éviter ça, ne vous embarquez pas sans biscuits ! Prenez des notes, listez vos personnages, demandez-vous quelles sont leurs motivations, interrogez-vous sur les différents éléments de l’intrigue, choisissez un narrateur et un point de vue qui vous permettront d’écrire la meilleure histoire possible…

2- avoir les yeux plus gros que le ventre 

Si vous ne pouvez  dégager qu’une heure ou deux par semaine pour écrire, vous lancer dans une trilogie n’est pas une bonne idée et vous risquez de vous sentir écrasé par l’ampleur du projet ! Pour éviter ça, fixez-vous des objectifs réalistes et adaptez votre projet au temps dont vous disposez.

3- penser que vous avez tout le temps pour l’écrire

Soyons clairs : ce manuscrit, personne ne l’attend. Vous pouvez donc tout aussi bien être encore là dans dix ans, à vous dire que vous avez tout le temps d’écrire l’immense roman que vous portez en vous… Pour éviter ça, fixez-vous des objectifs d’écriture : tant d’heures par semaine ou tant de mots par jour. Testez, voyez ce qui convient le mieux à votre rythme d’écriture et… tenez-vous y !

4- penser que vous n’avez pas de temps pour l’écrire

Vous avez un super-projet, mais voilà : votre agenda déborde, le petit dernier réclame son biberon, l’aînée vous tanne pour l’aider à réviser son contrôle d’histoire, et puis il y a cette fuite dans la salle de bains… Vous vous dites qu’il serait plus sage d’attendre l’été pour vous mettre à écrire, mais vous pensiez déjà cela l’année dernière ! Pour éviter ça, prenez le taureau par les cornes et faites le point sur le temps passé quotidiennement pour chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : il y a bien moyen de gagner ½ heure que vous pourrez consacrer à écrire, du moins si vous en avez vraiment envie.

5 – vouloir terminer avant d’avoir commencé

On voudrait tous être capable d’écrire un roman en un mois, et qu’en plus celui-ci soit réussi ! Dans la réalité, c’est un peu plus compliqué et mettre la charrue avant les bœufs ne produit bien souvent qu’un écran de fumée. Pour éviter ça, donnez-vous un cadre, préparez un planning et fixez-vous des rendez-vous d’écriture… et surtout : écrivez !

6- ne pas tenir compte du lecteur

Vous rêvez d’être publié ? Dans ce cas, vous devez tenir compte du lecteur. Non pas pour lui plaire ou le flatter, mais pour lui faire ressentir des émotions. Oublier que quelqu’un va vous lire vous fait courir le risque d’être obscur ou ennuyeux. Pour éviter ça, mettez-vous à la place du lecteur et demandez-vous si vous lui donnez suffisamment d’informations pour qu’il comprenne ce que vous racontez (ce qui ne veut pas dire tout expliquer).

Cet article vous a été utile ? N’hésitez pas à le partager grâce aux boutons ci-dessous. Vous souhaitez être accompagné.e dans l’écriture de votre roman ? Alice et les mots vous propose cet été un atelier en réseau sur le thème Démarrer un roman.

7 bonnes raisons de suivre un atelier par mail

Vous aimeriez vous inscrire à un atelier d’écriture. Mais vous habitez trop loin, vous bataillez avec votre emploi du temps, vous n’aimez pas écrire à heure fixe ou encore…

Ecrire à une table vous ennuie ! Votre lieu d’écriture, à vous, c’est l’arbre au fond du jardin ou le café du coin…

Vous préférez choisir le lieu et le moment. Par exemple, entre trois et quatre heures du matin, dans la cuisine, pour tromper l’insomnie. Ou à l’heure du déjeuner, quand tous les autres ont quitté le bureau et vous laissent (enfin) seul.e…

Vous aimez prendre votre temps, planter là papier et stylo pour aller marcher le long de la plage ou faire le tour du quartier à bicyclette. Cinq minutes ou deux heures, vous n’êtes pas trop fixé.e…

Vous ne pouvez pas écrire sans musique, boire du chocolat ou fumer une cigarette… et vous n’aimez pas déranger.

Vous vous relisez toujours à haute voix, en gueulant presque. Même si vous n’êtes pas Flaubert

Arrivé.e au bout de la 63ème version de votre texte, vous avez besoin de tout réécrire (bon d’accord, peut-être pas la 63ème, mais enfin…)

La lecture de vos textes devant un groupe sitôt la plume posée, ça vous bloque le plexus et vous contracte les mâchoires…

Inscrivez-vous à un atelier par mail !

Les ateliers par mail vous permettent d’écrire où et quand vous voulez. Les consignes d’écriture vous guident et vous donnent l’impulsion pour démarrer puis pour développer un texte et le remanier. Vous avez une semaine pour produire un texte et les retours de l’animatrice — et du groupe dans le cadre d’un atelier en réseau — vous donnent des pistes pour améliorer vos écrits. A la fin de l’atelier, vous aurez écrit et fait lire plusieurs textes à une communauté de lecteurs dans la même situation que vous.

Le thème de l’été 2018

Chaque été, Alice et les mots vous propose un atelier à distance : c’est la liberté d’écrire au moment qui vous convient, là où vous vous sentez bien, dans les conditions qui pour vous sont les plus favorables. Cet atelier fonctionne en réseau. Le principe est simple : vous envoyez votre texte à date fixe, le même jour vous recevez les textes des autres participants et, la semaine suivante, vous recevez des retours sur votre texte et envoyez les vôtres. Cette année, l’atelier aura pour thème Démarrer un romanAlice et les mots vous propose également toute l’année des ateliers individuels par mail : découvrez ici leur fonctionnement et comment vous inscrire.

 

5 moyens de débloquer l’écriture

Depuis quelque temps, vous avez beau vous poser devant votre ordinateur, rien ne vient. L’écran vous hypnotise, la feuille blanche vous donne le tournis ? C’est le moment de déclencher le plan B.

Bonne nouvelle : tout le monde nait avec un potentiel créatif. Mauvaise nouvelle : il s’érode avec le temps… surtout quand il est peu sollicité. De quoi créer un terrain propice au célèbre blocage de l’écrivain. Pour en sortir, bousculez votre routine d’écriture et réveillez votre créativité

Changez de stylo

Vous écrivez uniquement au clavier ? Achetez un carnet, un cahier, écrivez sur des feuilles volantes, des post-it, des tickets de métro (le format peut aussi générer des textes surprenants ). A l’inverse, si vous êtes plutôt adepte du « premier jet » sur papier, écrivez cette fois-ci directement à l’ordinateur. Forcez-vous à changer de manière de procéder, le résultat est payant !

Changez de décor

Vous écrivez toujours à la table de la cuisine, ou dans le bureau que vous avez tout spécialement aménagé ? Allez vous installer au café, à la bibliothèque ou inscrivez-vous à un atelier d’écriture. A l’inverse, si vous n’écrivez jamais que dans les lieux publics, rentrez chez vous et installez-vous dans le canapé pour faire votre page d’écriture.

Changez de regard

Lorsque vous écrivez, vous avez une prédilection pour la première personne ? Et si vous essayiez la troisième personne et adoptiez, pour changer, le point de vue du conteur ? (profitez-en pour relire tous les contes de Grimm). Ou, à l’inverse, imaginez un « je » qui ne soit pas vous, mais un narrateur auquel vous inventerez un passé, un présent et des perspectives inattendues. Ecrivez la partition d’un homme si vous êtes une femme et inversement. Mettez-vous dans la peau d’un enfant de moins de dix ans et racontez le monde vu par ses yeux, ou dans la tête d’un vieillard et regardez la vie de sa fenêtre… Imaginez que la voix qui raconte appartient à un animal ou à un objet. Trouvez d’autres idées pour changer de regard et… amusez-vous !

Jouez avec les contraintes

En se focalisant sur la contrainte, l’esprit oublie la peur de la feuille blanche. Ouvrez un livre au hasard et choisissez un mot, puis un autre et encore un autre. Ecrivez une phrase ou une demi-page qui les utilise dans l’ordre où vous les avez trouvés. Ou bien choisissez dans un magazine une photo qui sera le point de départ d’un récit. Ou encore, faites une liste de vos rêves secrets, ceux qui vous tiennent à cœur et que vous aimeriez réaliser. Choisissez-en un et écrivez un texte où vous vous mettez en scène en train de le réaliser.

Oubliez votre ego !

Le premier obstacle à la créativité et à l’écriture, c’est le jugement qu’on porte sur ses propres créations. Un jugement a priori et souvent créatif… de blocages. Comme un oiseau de mauvais augure perché sur votre épaule, prêt  à vous crier dans les oreilles quand survient l’envie d’écrire : « Pour qui tu te prends ? Mais il est nul ce texte !… » Cette sale bestiole voudrait que tout soit parfait, tout de suite, et ne supporte pas les tentatives, les balbutiements, les premiers jets… qui sont des étapes nécessaires. Alors, attrapez-la par une patte et ouvrez la fenêtre.

Envie d’approfondir la question ? Le stage du 25 mars « Débloquer l’écriture » vous propose des outils pour affronter la panne et relancer l’écriture … en vous amusant. Ouvert à toute personne aimant écrire, quelle que soit sa pratique d’écriture.

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Trois façons de retravailler sa nouvelle

 

 

Vous trouvez votre nouvelle trop bavarde, trop lisse ou monotone ? Souvent, c’est une question de longueur. Pour la retravailler, suivez l’exemple des « grands ».

Les grands auteurs l’ont bien compris : souvent, c’est en coupant qu’on rend un texte plus fort. Couper, oui, vous voulez bien, mais quoi ? Comment ?

Suivez les traces de Tchekhov

Vous aimez bien l’histoire que vous racontez, mais trouvez votre nouvelle un peu plate ? Tchekhov avait une méthode radicale : pour donner plus d’intensité à ses nouvelles, il coupait systématiquement le début et la fin. Essayez vous aussi de supprimer les cinq premières et les cinq dernières lignes de votre nouvelle, puis relisez-la. Les passages supprimés étaient-ils réellement indispensables ? Si oui, pouvez-vous les réécrire avec moitié moins de mots ?

Relisez Hemingway

Vous cherchez comment réveiller la curiosité du lecteur ? Faites comme Hemingway : laissez-lui entendre que vous lui avez caché quelque chose ! Concrètement, prenez un épisode significatif de votre nouvelle et supprimez-le, puis ajustez le texte en vérifiant bien que celui-ci fonctionne ainsi amputé. Il pourra être nécessaire de glisser un indice, un « détail » qui, sans en dire trop, fera sentir au lecteur que vous avez caché un élément important.

Adoptez la formule de Stephen King

Stephen King n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, la seule formule qui tienne pour retravailler son texte est : texte final = texte initial moins 10 %. Et cela vaut autant pour la nouvelle que pour le roman. Si vous rechignez à tailler dans le vif, essayez la méthode progressive. Premier temps : résumez chaque paragraphe de votre nouvelle en une phrase. Deuxième temps : mettez les phrases de côté obtenues et réécrivez chaque paragraphe en le réduisant de moitié. Troisième temps : confrontez les textes réduits et la phrase résumant chacun d’eux. Si la réduction a altéré le sens ou supprimé des éléments essentiels, réintégrez-les en évitant de développer.

Envie d’en savoir plus ? Les 10 et 11 février prochains, Alice et les mots propose un stage : Retravailler et finaliser une nouvelle.

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En 2018, écrivez plus souvent !

 

Difficile dans une journée de 24 heures d’arriver à se poser pour écrire. Comment s’organiser ? Comment mettre en place les conditions favorables à l’écriture ?

Débranchez-vous !

Avez-vous pensé à débrancher internet ? « Je ne tweete qu’une demi-heure par jour, déclare Joyce Carol Oates, car je suis prise par mes travaux d’écriture tous les jours de 7 heures à 13 heures. » Même si vous ne prétendez pas écrire un best-seller par an, essayez de vous couper des réseaux sociaux ne serait-ce qu’une heure par jour… Si vous n’y arrivez pas, revoyez vos priorités.

Fixez-vous des objectifs d’écriture

Vous pouvez décider d’écrire un certain nombre d’heures par semaine ou un nombre minimum de mots par jour (600 ou 700, par exemple). N’ayez pas les yeux plus gros que le ventre : si vous ne pouvez  dégager qu’une heure ou deux par semaine, ne vous lancez pas dans l’écriture d’une saga ! Fixez-vous des objectifs réalistes, faute de quoi vous risquez de vous sentir écrasé.e par l’ampleur du projet et tenté.e d’abandonner !

Luttez contre la procrastination

La télé ou les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à être chronophages ! Faites le point sur le temps passé quotidiennement pour chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : vous trouverez bien moyen de gagner une demi-heure pour écrire, du moins si vous en avez vraiment envie. Et si vous craquez, lisez cet article de la revue Sciences humaines : preuve que, de tout temps, les écrivains (et non des moindres) ont inventé toutes sortes de rituels pour retarder le moment de se mettre au travail !…

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En 2018, travaillez votre style…

Cette année, promis-juré, vous allez écrire tous les jours. En commençant par une belle grande liste de bonnes résolutions. Numéro un : travailler votre style…

Quand un jeune auteur lui demandait des conseils pour améliorer son style, Hemingway énonçait quelques règles pour lui fondamentales : écrire des phrases courtes et des premiers paragraphes brefs, employer un langage vigoureux, utiliser des termes positifs (exemple : « laid » plutôt que « peu esthétique »).

Taillez dans le gras

Il avait mis au point une technique qui consistait à supprimer du texte un élément important (par exemple ce qui hantait la vie de son personnage), partant du principe que lorsqu’on ne dit pas quelque chose, cet élément caché existe toujours dans le texte et le rend plus fort. Avant lui, Tchekhov dans ses nouvelles avait porté à son sommet l’art de l’ellipse, allant jusqu’à couper le début et la fin de ses récits pour les retravailler en leur donnant ainsi plus d’intensité. En résumé : faites des phrases simples, taillez dans le gras !

Cherchez la fluidité

On dit qu’une écriture est fluide quand le texte semble couler sans rencontrer d’obstacles. Fuyez les phrases à rallonge, les circonvolutions, gardez-vous de donner trop d’informations dans la même phrase et évitez tout ce qui oblige le lecteur à revenir en arrière pour bien comprendre ce qu’il vient de lire. Enfin, relisez-vous à voix haute : si vous butez sur les phrases, si certains mots paraissent décalés ou difficiles à comprendre, si vous devez vous y reprendre à plusieurs fois, c’est signe que votre texte manque de fluidité.

Evitez la voix passive

La voix passive affaiblit votre texte. Si un éditeur vous écrit « des lourdeurs doivent être supprimées de votre manuscrit », vous vous sentirez moins concerné que par « vous devez supprimer des lourdeurs… ». Alors, faites la chasse à la voix passive et remplacez-la chaque fois que c’est possible par la voix active.

Soignez la précision de vos descriptions

Une bonne description ne ralentit pas le récit et consiste en quelques détails bien choisis qui créent une ambiance ou dessinent un personnage en quelques traits saillants. Sachez utiliser vos cinq sens : souvent, quand on écrit, on fait surtout fonctionner la vue et l’ouïe… Pensez aussi aux odeurs, aux textures, aux goûts. Votre univers deviendra plus riche et plus suggestif !

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La nouvelle est-elle soluble dans la technique ?

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C’est vrai, pour écrire des nouvelles vous devez travailler l’accroche et la chute, choisir un point de vue, inventer des personnages, installer une tension narrative… Mais, au-delà des considérations techniques, qu’est-ce qui fait tout l’intérêt d’une nouvelle ?

La nouvelle est un format court, certes, mais elle ne s’arrête pas à raconter « une petite histoire ». Au-delà de l’anecdote, elle cherche avant tout à rendre compte d’une expérience humaine. Dans « La Parure » de Maupassant, c’est tout le désastre d’une vie qui est dépeint en quelques pages : celui d’une petite-bourgeoise qui doit faire des ménages pendant dix ans parce qu’elle a égaré le collier que lui a prêté son amie et apprend, en fin de compte, que la fameuse parure était fausse ! C’est en nous donnant à voir le désarroi de Mathilde, sa lutte pour se sortir d’une situation inextricable, que l’auteur transforme l’anecdote en un récit à part entière. Il nous montre comment,  entre le début et la fin de la nouvelle, le personnage a évolué et c’est cette évolution qui constitue la colonne vertébrale du récit et lui apporte ce qui fait la particularité de la nouvelle : une profondeur. Alors : texte court, oui, mais…

Donner à voir l’humain

Autre exemple, les nouvelles de Carver qui tournent toujours autour des mêmes thèmes (l’alcoolisme, la séparation, la difficulté des rapports humains…). Pourtant, Carver arrive à faire de chaque nouvelle un récit unique et qui nous touche au cœur, parce qu’il va plus loin que le simple fait de montrer des gens en train de boire ou de se disputer. En nous donnant à voir leur détresse, c’est la nôtre qu’il nous fait ressentir, c’est notre humanité qu’il nous fait toucher du doigt à travers celle de ses personnages.

La technique au service du récit

Et la technique, dans tout ça ?  Si l’on ne peut s’en passer lorsqu’on veut écrire une nouvelle (et si l’on veut s’en affranchir, mieux vaut d’abord en connaître les règles), elle est avant tout un outil que l’écrivain met à son service. Ce que Carver* résume ainsi : « combiner le mot juste et l’image idéale à une ponctuation rigoureuse et sans faille, afin que le lecteur soit totalement absorbé par mon récit, que rien au monde ne puisse l’arracher à sa lecture, sauf peut-être l’incendie de sa maison. » Bonnes lectures !

* « N’en faites pas une histoire », éditions de l’Olivier

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Savoir se relire

 

Vous avez terminé le premier jet de votre manuscrit et vous vous préparez à aborder l’étape délicate de la relecture. Prenez garde cependant à ne pas créer de nouvelles erreurs en croyant améliorer votre copie !

Si vous retravaillez directement à l’écran, les occasions ne manquent pas de créer des erreurs . Par exemple, vous supprimez un paragraphe en oubliant qu’il contenait un dialogue indispensable à la compréhension du chapitre suivant… Vous faites un copié-collé quelque part et, en le reportant, vous  coupez un morceau de texte… Vous inversez l’ordre des chapitres, sans vérifier que le chapitre trois faisait entrer en scène un nouveau personnage qui, de ce fait, se trouve déjà là au chapitre deux… Vous réécrivez entièrement le début de votre manuscrit et supprimez ainsi des informations importantes pour la suite du récit… Ou encore, vous décidez de changer de point de vue, mais vous oubliez de le faire pour certains chapitres qui restent écrits dans le point de vue précédent.

Comment éviter d’en rajouter ?

Si vous avez l’habitude de travailler directement sur écran, imprimez votre premier jet : cela vous aidera à prendre du recul et, crayon en main, vous pourrez barrer, corriger, annoter sans que cela prenne une valeur définitive. Vous vérifierez avant de reporter vos corrections que vous ne créez pas ainsi de nouvelles erreurs fatales. Vous préférez vous relire à l’écran ? Ne cédez pas à la tentation de retravailler au fur et à mesure de la relecture. Faites une copie de votre texte, que vous baptiserez d’un autre nom et que vous relirez en notant sur une feuille à part les améliorations à apporter (page tant, revoir le dialogue ou page tant, la voix narrative a changé). Puis, reportez-les sur la copie de votre premier jet. Ainsi, vous garderez une trace de votre première version et pourrez comparer en cas de besoin.

Faites relire par des tiers

Un dernier conseil : faites relire votre manuscrit autour de vous. Mais ne le confiez pas à n’importe qui ! Par exemple, votre entourage peut être bien intentionné mais ne pas trouver les mots qui vous aideront à  progresser. Cherchez des relecteurs qui auront suffisamment de recul et un regard critique pour identifier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Et si, décidément, vous ne trouvez personne pour vous relire, nos ateliers individuels vous proposent différentes solutions  !