6 erreurs à éviter avant de se lancer dans l’écriture d’un manuscrit

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Vous avez l’idée, vous avez l’envie, un week-end prolongé et l’ordinateur qui vous tend les bras… Avant de vous lancer tête baissée dans l’écriture du roman de votre vie, réfléchissez aux erreurs que vous pourriez éviter.

1- démarrer sur les chapeaux de roue

Vous débordez d’idées, et vous ne doutez pas d’avoir terminé ce roman en trois mois (disons, six…). Malheureusement, au bout du 2ème chapitre c’est le trou noir. Pour éviter ça, ne vous embarquez pas sans biscuits ! Prenez des notes, listez vos personnages, demandez-vous quelles sont leurs motivations, interrogez-vous sur les différents éléments de l’intrigue, choisissez un narrateur et un point de vue qui vous permettront d’écrire la meilleure histoire possible…

2- avoir les yeux plus gros que le ventre 

Si vous ne pouvez  dégager qu’une heure ou deux par semaine pour écrire, vous lancer dans une trilogie n’est pas une bonne idée et vous risquez de vous sentir écrasé par l’ampleur du projet ! Pour éviter ça, fixez-vous des objectifs réalistes et adaptez votre projet au temps dont vous disposez.

3- penser que vous avez tout le temps pour l’écrire

Soyons clairs : ce manuscrit, personne ne l’attend. Vous pouvez donc tout aussi bien être encore là dans dix ans, à vous dire que vous avez tout le temps d’écrire l’immense roman que vous portez en vous… Pour éviter ça, fixez-vous des objectifs d’écriture : tant d’heures par semaine ou tant de mots par jour. Testez, voyez ce qui convient le mieux à votre rythme d’écriture et… tenez-vous y !

4- penser que vous n’avez pas de temps pour l’écrire

Vous avez un super-projet, mais voilà : votre agenda déborde, le petit dernier réclame son biberon, l’aînée vous tanne pour l’aider à réviser son contrôle d’histoire, et puis il y a cette fuite dans la salle de bains… Vous vous dites qu’il serait plus sage d’attendre l’été pour vous mettre à écrire, mais vous pensiez déjà cela l’année dernière ! Pour éviter ça, prenez le taureau par les cornes et faites le point sur le temps passé quotidiennement pour chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : il y a bien moyen de gagner ½ heure que vous pourrez consacrer à écrire, du moins si vous en avez vraiment envie.

5 – vouloir terminer avant d’avoir commencé

On voudrait tous être capable d’écrire un roman en un mois, et qu’en plus celui-ci soit réussi ! Dans la réalité, c’est un peu plus compliqué et mettre la charrue avant les bœufs ne produit bien souvent qu’un écran de fumée. Pour éviter ça, donnez-vous un cadre, préparez un planning et fixez-vous des rendez-vous d’écriture… et surtout : écrivez !

6- ne pas tenir compte du lecteur

Vous rêvez d’être publié ? Dans ce cas, vous devez tenir compte du lecteur. Non pas pour lui plaire ou le flatter, mais pour lui faire ressentir des émotions. Oublier que quelqu’un va vous lire vous fait courir le risque d’être obscur ou ennuyeux. Pour éviter ça, mettez-vous à la place du lecteur et demandez-vous si vous lui donnez suffisamment d’informations pour qu’il comprenne ce que vous racontez (ce qui ne veut pas dire tout expliquer).

Cet article vous a été utile ? N’hésitez pas à le partager grâce aux boutons ci-dessous. Vous souhaitez être accompagné.e dans l’écriture de votre roman ? Alice et les mots vous propose cet été un atelier en réseau sur le thème Démarrer un roman.

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Ecrire un premier roman

Terminer l’écriture d’un premier roman est en soi une petite victoire. On a découvert les pièges de la construction, les aléas de l’inspiration, les chausse-trapes du style et les crises de confiance. Qui dira les heures passées sur une ligne, une phrase, un paragraphe ?…  Alice et les mots a  recueilli les impressions de quelques talents prometteurs à l’issue de leur première expérience romanesque. Aujourd’hui : Dany Le Du, qui publie ces jours-ci « L’Affaire Flichy » aux éditions des Falaises.

 

 

 

Comment écris-tu : dans un cahier ou à l’ordinateur ? As-tu des rituels d’écriture ?

Mon premier ordinateur date de 1990. C’est aussi le moment où j’ai commencé à écrire régulièrement. Le papier, c’est fini pour moi.

Quel est ton rythme d’écriture ? Combien d’heures par jour/ par semaine ?

Je travaille tous les jours, tous les matins. Je me fixe au moins deux heures d’écriture et/ ou deux feuillets. J’ai souvent une musique associée ; pour ce tome ce fut Léonard Cohen. Un ou deux après midi par semaine est (sont ?) réservé(s ?) à la recherche de documentation.

Comment fais-tu les jours « sans » ? Quels sont tes « trucs » pour affronter la page blanche ?

Quand je suis en panne je commence par une cigarette. Puis un café. Si je continue à bloquer, j’écris une description au hasard : l’intérieur d’une maison, un paysage, une scène de rue que je pourrai réutiliser plus tard. Parfois un de mes personnages vient s’y glisser alors que je ne l’avais pas prévu. Dans ce cas je le suis, quitte à revoir ce que j’avais imaginé pour lui.

As-tu des thèmes de prédilection ?

J’adore les feuilletons, les séries et les sagas et j’ai écrit la saga que j’aurais aimé lire.

Comment est née l’idée de ce premier roman ?

Un de mes fils et moi faisions des recherches généalogiques. Lui, avait repéré ce personnage de Nicolas Belhoste, maire de son village pendant la Révolution, sur lequel nous avions beaucoup de documentation. Il avait, à près de 60 ans, épousé sa servante âgée de 24 ans, laquelle servante était déjà pourvue de trois enfants naturels et, après la mort de son mari, en avait eu deux autres tout aussi naturels que les premiers. De mon côté j’avais remarqué une sorte de malédiction portant sur les deux fils ainés qui, génération après génération mouraient en bas âge. Il y avait de quoi écrire une saga !

Dis-nous quelques mots au sujet de tes personnages.

Mes personnages, ce sont eux qui ont écrit l’histoire ! Combien de fois ai-je eu envie de leur faire faire quelque chose qu’ils refusaient ou plutôt que je n’arrivais pas à écrire. Et ça pouvait durer des jours ! Et puis je cédais, je faisais une autre proposition et c’était reparti. J’en déduisais que cette proposition leur convenait. C’est comme ça qu’ils se sont construits. Je les ai beaucoup suivis.

Quelles sont les principales contraintes auxquelles tu as été confrontée en écrivant ce premier roman ?

 J’ai écrit avec une contrainte : respecter les informations de la vie réelle que je possédais (état-civil, notaires, registre du conseil municipal, infos locales, régionales, nationales…). C’était comme un parcours fléché que je devais suivre. Cela m’a beaucoup aidé.

Ecris-tu en connaissant la fin de ton histoire ?

Par définition le premier tome de la saga se termine en général par la mort du héros, et j’ai su très vite dans quelles conditions cela se passerait car il y avait une concordance de dates (dans la vraie vie) entre un évènement survenu dans le village et la date de sa mort. C’était évident, dès le début, que je lierais les deux.

As-tu un/des lecteur(s) privilégié(s) ? As-tu fait relire ton roman à des personnes de ton entourage avant de le soumettre aux éditeurs ?

J’ai eu deux groupes de lecteurs privilégiés. Le premier dans l’atelier d’écriture* où j’ai beaucoup appris en lisant à haute voix devant les autres participants, et en écoutant leurs textes. Un autre groupe d’amis lecteurs auquel j’ai soumis la dernière version sous la forme d’un feuilleton hebdomadaire. Chaque dimanche matin ils recevaient un chapitre dans leur boite mail et ils me faisaient leurs commentaires. Chacun avait sa propre lecture : l’orthographe pour les uns, la vie des personnages pour les autres, ou l’intrigue, ou le vocabulaire, ou les dates … Dès que deux lecteurs me faisaient la même remarque, je corrigeais. Cela m’a beaucoup aidé.

Quels sont tes projets après avoir bouclé ce premier roman ?

Les tomes deux et trois sont terminés. Je commence à travailler sur une autre branche familiale : un ébéniste parisien et ses descendants de 1840 à 1900.

* l’Atelier du Manuscrit animé par Alice et les mots propose un travail en groupe et un suivi de chaque projet sur une période de 6 mois, de mi-octobre à mi-avril.

 

 

5 moyens de débloquer l’écriture

Depuis quelque temps, vous avez beau vous poser devant votre ordinateur, rien ne vient. L’écran vous hypnotise, la feuille blanche vous donne le tournis ? C’est le moment de déclencher le plan B.

Bonne nouvelle : tout le monde nait avec un potentiel créatif. Mauvaise nouvelle : il s’érode avec le temps… surtout quand il est peu sollicité. De quoi créer un terrain propice au célèbre blocage de l’écrivain. Pour en sortir, bousculez votre routine d’écriture et réveillez votre créativité

Changez de stylo

Vous écrivez uniquement au clavier ? Achetez un carnet, un cahier, écrivez sur des feuilles volantes, des post-it, des tickets de métro (le format peut aussi générer des textes surprenants ). A l’inverse, si vous êtes plutôt adepte du « premier jet » sur papier, écrivez cette fois-ci directement à l’ordinateur. Forcez-vous à changer de manière de procéder, le résultat est payant !

Changez de décor

Vous écrivez toujours à la table de la cuisine, ou dans le bureau que vous avez tout spécialement aménagé ? Allez vous installer au café, à la bibliothèque ou inscrivez-vous à un atelier d’écriture. A l’inverse, si vous n’écrivez jamais que dans les lieux publics, rentrez chez vous et installez-vous dans le canapé pour faire votre page d’écriture.

Changez de regard

Lorsque vous écrivez, vous avez une prédilection pour la première personne ? Et si vous essayiez la troisième personne et adoptiez, pour changer, le point de vue du conteur ? (profitez-en pour relire tous les contes de Grimm). Ou, à l’inverse, imaginez un « je » qui ne soit pas vous, mais un narrateur auquel vous inventerez un passé, un présent et des perspectives inattendues. Ecrivez la partition d’un homme si vous êtes une femme et inversement. Mettez-vous dans la peau d’un enfant de moins de dix ans et racontez le monde vu par ses yeux, ou dans la tête d’un vieillard et regardez la vie de sa fenêtre… Imaginez que la voix qui raconte appartient à un animal ou à un objet. Trouvez d’autres idées pour changer de regard et… amusez-vous !

Jouez avec les contraintes

En se focalisant sur la contrainte, l’esprit oublie la peur de la feuille blanche. Ouvrez un livre au hasard et choisissez un mot, puis un autre et encore un autre. Ecrivez une phrase ou une demi-page qui les utilise dans l’ordre où vous les avez trouvés. Ou bien choisissez dans un magazine une photo qui sera le point de départ d’un récit. Ou encore, faites une liste de vos rêves secrets, ceux qui vous tiennent à cœur et que vous aimeriez réaliser. Choisissez-en un et écrivez un texte où vous vous mettez en scène en train de le réaliser.

Oubliez votre ego !

Le premier obstacle à la créativité et à l’écriture, c’est le jugement qu’on porte sur ses propres créations. Un jugement a priori et souvent créatif… de blocages. Comme un oiseau de mauvais augure perché sur votre épaule, prêt  à vous crier dans les oreilles quand survient l’envie d’écrire : « Pour qui tu te prends ? Mais il est nul ce texte !… » Cette sale bestiole voudrait que tout soit parfait, tout de suite, et ne supporte pas les tentatives, les balbutiements, les premiers jets… qui sont des étapes nécessaires. Alors, attrapez-la par une patte et ouvrez la fenêtre.

Envie d’approfondir la question ? Le stage du 25 mars « Débloquer l’écriture » vous propose des outils pour affronter la panne et relancer l’écriture … en vous amusant. Ouvert à toute personne aimant écrire, quelle que soit sa pratique d’écriture.

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En 2018, écrivez plus souvent !

 

Difficile dans une journée de 24 heures d’arriver à se poser pour écrire. Comment s’organiser ? Comment mettre en place les conditions favorables à l’écriture ?

Débranchez-vous !

Avez-vous pensé à débrancher internet ? « Je ne tweete qu’une demi-heure par jour, déclare Joyce Carol Oates, car je suis prise par mes travaux d’écriture tous les jours de 7 heures à 13 heures. » Même si vous ne prétendez pas écrire un best-seller par an, essayez de vous couper des réseaux sociaux ne serait-ce qu’une heure par jour… Si vous n’y arrivez pas, revoyez vos priorités.

Fixez-vous des objectifs d’écriture

Vous pouvez décider d’écrire un certain nombre d’heures par semaine ou un nombre minimum de mots par jour (600 ou 700, par exemple). N’ayez pas les yeux plus gros que le ventre : si vous ne pouvez  dégager qu’une heure ou deux par semaine, ne vous lancez pas dans l’écriture d’une saga ! Fixez-vous des objectifs réalistes, faute de quoi vous risquez de vous sentir écrasé.e par l’ampleur du projet et tenté.e d’abandonner !

Luttez contre la procrastination

La télé ou les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à être chronophages ! Faites le point sur le temps passé quotidiennement pour chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : vous trouverez bien moyen de gagner une demi-heure pour écrire, du moins si vous en avez vraiment envie. Et si vous craquez, lisez cet article de la revue Sciences humaines : preuve que, de tout temps, les écrivains (et non des moindres) ont inventé toutes sortes de rituels pour retarder le moment de se mettre au travail !…

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Savoir se relire

 

Vous avez terminé le premier jet de votre manuscrit et vous vous préparez à aborder l’étape délicate de la relecture. Prenez garde cependant à ne pas créer de nouvelles erreurs en croyant améliorer votre copie !

Si vous retravaillez directement à l’écran, les occasions ne manquent pas de créer des erreurs . Par exemple, vous supprimez un paragraphe en oubliant qu’il contenait un dialogue indispensable à la compréhension du chapitre suivant… Vous faites un copié-collé quelque part et, en le reportant, vous  coupez un morceau de texte… Vous inversez l’ordre des chapitres, sans vérifier que le chapitre trois faisait entrer en scène un nouveau personnage qui, de ce fait, se trouve déjà là au chapitre deux… Vous réécrivez entièrement le début de votre manuscrit et supprimez ainsi des informations importantes pour la suite du récit… Ou encore, vous décidez de changer de point de vue, mais vous oubliez de le faire pour certains chapitres qui restent écrits dans le point de vue précédent.

Comment éviter d’en rajouter ?

Si vous avez l’habitude de travailler directement sur écran, imprimez votre premier jet : cela vous aidera à prendre du recul et, crayon en main, vous pourrez barrer, corriger, annoter sans que cela prenne une valeur définitive. Vous vérifierez avant de reporter vos corrections que vous ne créez pas ainsi de nouvelles erreurs fatales. Vous préférez vous relire à l’écran ? Ne cédez pas à la tentation de retravailler au fur et à mesure de la relecture. Faites une copie de votre texte, que vous baptiserez d’un autre nom et que vous relirez en notant sur une feuille à part les améliorations à apporter (page tant, revoir le dialogue ou page tant, la voix narrative a changé). Puis, reportez-les sur la copie de votre premier jet. Ainsi, vous garderez une trace de votre première version et pourrez comparer en cas de besoin.

Faites relire par des tiers

Un dernier conseil : faites relire votre manuscrit autour de vous. Mais ne le confiez pas à n’importe qui ! Par exemple, votre entourage peut être bien intentionné mais ne pas trouver les mots qui vous aideront à  progresser. Cherchez des relecteurs qui auront suffisamment de recul et un regard critique pour identifier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Et si, décidément, vous ne trouvez personne pour vous relire, nos ateliers individuels vous proposent différentes solutions  !

Rentrée : pourquoi pas la nouvelle ?

Même si, une fois de plus, la rentrée littéraire fait mine d’ignorer la nouvelle, le format court a ses adeptes parmi les plus grands auteurs : par le passé, Maupassant, Poe, Tchekhov, Carver… aujourd’hui, Joyce Carol Oates, Murakami ou Le Clézio. Il reste aussi l’un des plus prisés par les apprentis-auteurs. Envie de vous lancer ?

Avant tout, il faut le dire : « faire court » ne suffit pas à faire une nouvelle. Un poème, un billet d’humeur, un portrait, une chronique sont des textes courts… ce ne sont pourtant pas des nouvelles. Alors, qu’est-ce qui caractérise la nouvelle ? Réponse en 4 points ( à approfondir bien sûr par la lecture de nouvelles ).

Resserrer, densifier

Une nouvelle est, certes, plus courte qu’un  roman mais ce n’est pas sa seule caractéristique. L’action doit se dérouler sur un temps limité. Au contraire du roman, la nouvelle doit être centrée sur une situation et une seule et présenter un petit nombre de personnages. Dans la nouvelle, pas un mot de trop, les digressions n’ont pas leur place. L’écriture est très travaillée en vue d’obtenir un effet (qu’il soit comique, horrifique, à suspense, etc) et de créer une atmosphère.

Construire

C’est là que tout se complique ! Dans la nouvelle à chute,  tout est mis en œuvre dès les premières lignes pour aller droit au but… c’est à dire vers une chute forcément surprenante, voire déstabilisante pour le lecteur. D’où son nom de « nouvelle à chute » : c’est la forme de nouvelle la plus ancienne, celle qu’on retrouve chez les classiques comme chez les contemporains. Cette nouvelle-là raconte une histoire. A ne pas confondre avec la nouvelle d’atmosphère, axée sur l’ambiance et l’intériorité d’un personnage, et qui relève de la tranche de vie plus que d’un scénario avec un début et une fin.

Romancer

Même inspirée d’un fait réel, une nouvelle ne rapporte jamais un événement comme le ferait un reportage. Un nouvelliste reconstruit toujours l’histoire à sa façon. Il y a de l’alchimie là-dedans…

A signaler (quand même !) quelques recueils de nouvelles qui osent se confronter aux pavés de la rentrée : Si un inconnu vous aborde de Laura Kasischke aux éditions Page à Page, et chez nos voisins belges Le jour est aussi une colère blanche d’Eric Brucher et Rien n’arrête les oiseaux de François Salmon aux éditions Luce Wilquin, A voie basse d’Aliénor Debrocq aux éditions Quadrature.

 

Nourrir son inspiration

Existe-t-il des moyens de provoquer l’inspiration ? Est-il possible de l’entretenir sur le long terme ? Oui, répond Ray Bradbury. L’un des auteurs les plus prolifiques du vingtième siècle nous explique comment nourrir et faire grandir sa Muse.

Dans « Le zen dans l’art de l’écriture », l’un de ces ouvrages magiques que tout apprenti-auteur et tout auteur tout court se doit d’avoir dans sa bibliothèque, Ray Bradbury fait partager son bonheur d’écrire et transmet quelques clés pour développer sa créativité. Celle qu’il appelle « la Muse » est, affirme-t-il, la plus craintive de toutes les vierges. On le croit sans peine, mais alors comment faire pour l’apprivoiser ?

Pour Bradbury, la réponse est simple : cette Muse est perpétuellement affamée. Il faut donc la nourrir, mais pas avec n’importe quels aliments.

Le menu complet

Voici le menu que Ray Bradbury suggère à tout écrivain qui veut alimenter son inspiration :

– lire de la poésie chaque jour de sa vie. Parce qu’elle développe les sens et les maintient au top, qu’elle est un concentré de métaphores et de comparaisons, un réservoir d’idées, et parce que, ajoute Bradbury, elle fait travailler des muscles dont on ne se sert pas suffisamment. Il n’est pas regardant sur le type de poésie, du moment qu’elle vous fait hérisser les poils des bras !

– lire des essais. Cherchez des livres qui améliorent votre sens des couleurs, votre sens des formes, et prenez la mesure du monde, dit encore l’auteur. Parce que si vous voulez persuader votre lecteur qu’il est , vous devez assaillir chacun de ses sens (…).  Lisez indifféremment des essais sur l’élevage des paons, la calligraphie chinoise, l’art culinaire ou le chant des baleines : c’est bon pour votre Muse et, même si vous ne comprenez pas tout, vos cellules s’imprègnent et emmagasinent à votre insu ce qui ne demandera, le moment venu (parfois des années après) qu’à resurgir ;

– lire de la fiction, bien sûr (romans, nouvelles…) : d’abord les auteurs qui écrivent comme vous aimeriez écrire, pensent comme vous aimeriez penser, et aussi ceux qui n’écrivent pas et ne pensent pas comme vous : cela vous ouvrira des horizons.

Rien ne se perd

Enfin ne craignez pas non plus, ajoute Ray Bradbury, d’être vus en étrange compagnie. Nourrir sa Muse, c’est être en perpétuelle recherche de ce que l’on aime profondément (…) c’est évoluer de textures simples, naïves, peu intellectuelles, à des textures plus complexes, plus averties, plus cérébrales… En clair : vous aimez les bandes dessinées, la littérature « de genre », les films d’horreur ? Ne vous en détournez pas sous prétexte que vous devez nourrir votre Muse car celle-ci profite de tout ce qui alimente Votre Moi Le Plus Original (sic). Lequel n’est pas monobloc et peut apprécier tout autant Michel-Ange et les mangas, Stephen King et Kafka, une fanfare et une symphonie… Et parce que notre subconscient peut être comparé à un immense entrepôt où nos expériences les plus fortes attendent que nous les fassions remonter à la surface, il serait dommage de succomber au snobisme et de se priver de certaines sensations. D’ailleurs, aime-t-on les mêmes choses à tous les âges de la vie ?

Jetez-vous à l’eau

Tout cela, bien entendu, ne servira jamais à rien si, une fois que vous aurez nourri votre inspiration, vous ne vous acharnez pas à lui donner une forme. Et là, pas de secret : le seul moyen d’y arriver c’est d’écrire jour après jour, année après année ; de vous jeter sur votre stylo ou votre clavier dès que surgit l’inspiration naissante… bref, de vous y coller. Là, maintenant. Tout de suite.

Vous voulez écrire mais vous n’osez pas vous lancer ? Vous écrivez déjà et souhaitez démarrer un projet d’écriture, mais vous ne savez pas par où commencer ? Vous aimeriez écrire et échanger autour de l’écriture avec d’autres passionnés ? Découvrez les ateliers d’écriture proposés par Alice et les mots : les inscriptions pour la rentrée sont ouvertes !

 

 

 

Réussir sa chute

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Dans la nouvelle à chute, c’est seulement à la dernière phrase que le sens véritable de l’histoire se révèle. Mais comment trouver la meilleure chute, celle qui va scotcher le lecteur tout en restant cohérente avec le récit ?

Avec la nouvelle à chute, l’auteur veut avant tout raconter une histoire, mettre en place des péripéties qui aboutiront à un dénouement surprenant : la fameuse chute. Pour que celle-ci soit crédible et convaincante, elle ne doit pas arriver par hasard mais être amenée comme un prolongement logique et naturel de votre récit… tout en restant imprévisible, de manière à apporter un éclairage nouveau sur tout ce qui s’est déroulé auparavant.

La chute se prépare dès la première ligne

Pour que la chute fonctionne, vous allez composer tout votre récit en fonction d’elle.  Hélas, bien souvent, quand vous démarrez l’écriture d’une nouvelle, vous ne savez pas encore où l’histoire vous entraîne ! Qu’à cela ne tienne, concentrez-vous sur les rebondissements. Dans un récit, il en existe deux sortes : le dévoilement et le coup de théâtre. Ce sont eux qui fournissent les meilleures chutes de nouvelles. Dans le dévoilement, le lecteur découvre une vérité essentielle sur le personnage principal : il n’est pas celui qu’on croyait. Cela implique que, dès le début, l’auteur doit créer une illusion à laquelle le lecteur se laisse prendre. Attention, il n’est pas question de mentir au lecteur, ce serait très mal vu ! Mais vous pouvez le faire par omission. Le coup de théâtre, quant à lui, est un retournement de situation : la parure était fausse (Maupassant, La Parure), le tueur est pris à son propre piège (D.Daeninckx, Loto stoppeur), le héros découvre que ce qu’il prenait pour un rêve est en fait la réalité (J. Cortazar, La nuit face au ciel)…

Relisez-vous, taillez, coupez

Il est rare qu’un auteur y arrive du premier coup ! Mais une nouvelle, vous le savez, ça se relit, ça se polit, ça se retaille comme un beau vêtement. Vous vous relirez plutôt trois fois qu’une, pour vérifier que tous les fils du récit sont tirés pour aboutir en un seul et même point : la chute. Au besoin, vous préciserez ou apporterez des informations manquantes. Ou vous en supprimerez… car, pour installer dès le départ une tension dans le récit (indispensable pour maintenir l’intérêt du lecteur), vous devez éliminer tout ce qui peut diluer cette tension : les descriptions trop longues, les explications ou commentaires d’auteur (le lecteur n’a pas besoin qu’on lui mette les points sur les i), les adjectifs et adverbes inutiles… Il s’agit d’aller droit au but, sans que votre lecteur puisse deviner ce que vous mijotez avant d’y être arrivé. Alors, un conseil : si vous voulez que votre chute soit réussie, évitez à tout prix les fins-clichés, les dénouements attendus, les événements téléphonés… On ne vous le pardonnerait pas.

Ecrire un premier roman

Terminer l’écriture d’un premier roman est en soi une petite victoire. On a découvert les pièges de la construction, les aléas de l’inspiration, les chausse-trapes du style et les crises de confiance. Qui dira les heures passées sur une ligne, une phrase, un paragraphe ?…  Aujourd’hui : Mip Ruberto-Sanquer, auteure de « L’Aura noire », roman de fantasy dont le premier tome paraît le 26 janvier aux éditions Scrineo.

 

Depuis quand écris-tu ?

J’ai commencé il y a une quinzaine d’années, quand j’attendais mon fils. Longtemps, j’ai écrit seule dans mon coin. Jusqu’au jour où je me suis inscrite à un Atelier d’écriture proposé par Laure Pécher* qui portait sur Les techniques du roman. Cette rencontre a tout déclenché ! Non seulement j’y ai croisé d’autres passionnés d’écriture qui depuis sont devenus des amis chers, mais j’ai aussi appris à structurer mes récits et à élaguer mon écriture. Un vrai cadeau du ciel !

Comment écris-tu : dans un cahier, à l’ordinateur ou les deux ? As-tu des rituels d’écriture ?

J’adore me préparer une bonne théière pour démarrer une phase d’écriture. C’est un plaisir, comme pour un rendez-vous gourmand : je vais retrouver mes personnages ou tenter de résoudre une intrigue qui refuse de se laisser faire en dégustant un bon thé. Je commence toujours le premier jet au stylo sur des feuilles blanches volantes que je numérote au fur et à mesure.

La page blanche est une amie, elle m’offre l’espace pour installer les scènes, sans l’obligation de suivre de ligne pré-tracée. C’est un espace ouvert où tout peut se jouer et j’adore cette sensation, que l’histoire n’attend que de se déployer.

Ensuite, une fois le scénario arrêté, je recopie le texte à l’ordi. Commence alors la seconde phase de travail sur le style et la musique des mots.

Quel est ton rythme d’écriture ? Combien d’heures par jour/ par semaine ?

C’est le matin au réveil que j’ai l’esprit le plus clair. Je passe au moins trois heures par jour à écrire, sauf pendant les vacances où le break est total.

Comment fais-tu les jours « sans » ? Quels sont tes « trucs » pour affronter la page blanche ?

Les jours « sans » ne sont pas des jours où la page reste blanche, mais plutôt des jours où ce que je sors est « médiocrissime ». D’ailleurs, ce n’est pas forcément une perte de temps : on peut toujours retravailler ce qui est mauvais. Jamais ce qui n’existe pas!

As-tu des thèmes de prédilection ?

La fiction, la fantasy, les mondes imaginaires. J’ai récemment lu une interview de JK Rowling qui parlait des thèmes récurrents de ses romans : ostracisme et exclusion. Moi, j’aime bien le fait que mes héros ne lâchent pas l’affaire malgré les obstacles. L’idée qu’on puisse se sortir de ses ennuis à force de détermination, me parle assez.

Comment est née L’Aura Noire ?

Je porte cette histoire depuis le siècle dernier ! Je venais d’achever la lecture du Chant de la Belgariade de Eddings, en six tomes. Et je me suis sentie très triste de quitter ces héros qui étaient devenus des amis. Ce vide a soudain été comblé par mon imagination : je me suis trouvée transportée dans le monde de la Terre Arcane. Une saga est née ce jour-là mais je ne le savais pas encore.

Dis-nous quelques mots au sujet de ton personnage…

Louyse est une jeune apprentie sorcière frappée par une malédiction qu’elle va affronter entourée de sa bande de copines. C’est une héroïne qui ne veut pas l’être, qui refuse son rôle de Sentinelle dans un monde post-apocalyptique baigné de magie et d’écologie. Avec ça, elle tombe amoureuse alors que la malédiction vise et tue précisément tous ceux qu’elle aime !

Quelles sont les principales contraintes auxquelles tu t’es confrontée en écrivant ce roman ?

Une des contraintes du récit pour adolescent ou jeune adulte est d’adapter l’écriture pour ce public, de trouver le ton juste des dialogues tout en collant au contexte de l’univers. Mais j’ai un garçon de quatorze ans, ce qui aide.

Quels sont tes projets à présent que ce premier roman est terminé ?

L’Aura Noire est une histoire à part entière, mais je n’exclue pas l’idée d’une suite !

mip

Mip en Nouvelle-Zélande devant un trou de hobbit, source d’inspiration…

L’Aura Noire sort officiellement le 26 janvier 2017 et sera disponible en librairie sur tout le réseau national. Vous pouvez d’ores et déjà le réserver sur les sites marchands classiques (Fnac, Gibert, Leclerc…) et rencontrer l’auteure samedi 28 janvier à la Halle Saint-Pierre à Paris 18ème.

*agent littéraire pour l’agence Astier-Pécher

 

Résolution n°1 : écrire tous les jours

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Comme chaque nouvel an, les bonnes résolutions pointent le bout de leur nez. Puis l’année passe… On les oublie.  Mais cette fois-ci, promis juré, on va tenir ! Parce qu’il y a plein de raisons d’écrire tous les jours de l’année.

Ecrire tous les jours stimule la créativité

Si on écrit tous les jours, les idées surgissent plus facilement. Un truc pour vous faciliter les choses : gardez en permanence un carnet de notes sur vous, vous ne pourrez plus vous en passer. Au bout de 365 jours, vous aurez une moisson de textes…

Ecrire tous les jours vaccine contre l’angoisse de la page blanche

N’attendez pas l’inspiration, elle est si capricieuse ! Écrire chaque jour, même peu, vous prouvera que vous n’avez pas besoin d’être inspiré pour écrire. Plus vous aurez l’habitude d’écrire, plus ce sera facile… et les risques de blocage diminueront à proportion : adieu l’angoisse de la page blanche !

Ecrire tous les jours  permet de se renouveler

La plupart des auteurs pratiquent une seule forme d’écriture : roman, nouvelle, autobiographie, écriture de scénario ou de chanson… Écrire tous les jours permet de frotter sa plume à des champs littéraires différents. Votre temps est limité ? Essayez les formes brèves : poème, micro-fiction, haiku… Si vous êtes plutôt un habitué du genre autobiographique, essayez la fiction : écrivez une nouvelle ou un conte fantastique. Si vous peinez sur un roman, changez-vous les idées le temps d’écrire un poème, une chanson, une micro-nouvelle… Sortez de vos rails et n’ayez pas peur de l’inconnu !

Ecrire tous les jours combat le perfectionnisme

Stendhal disait : « Ecrire chaque jour, génie ou non ».  Quelques pages d’écriture  « sans génie»  ne seront pas du temps perdu, au contraire : écrire, même peu, même des choses sans importance, entretient l’envie d’écrire ! Méfiez-vous du perfectionnisme qui peut devenir une entrave. Vous n’êtes pas obligé de produire chaque jour un texte de concours…

Ecrire tous les jours fait progresser un manuscrit

Tous les écrivains vous le diront, s’il est une « recette » et une seule pour terminer un manuscrit, c’est bien celle-là : écrire chaque jour, peu ou beaucoup (c’est selon). Mais chaque jour. Vous resterez ainsi proche de vos personnages, vous ne vous noierez pas dans l’intrigue et surtout, vous risquerez moins de perdre l’élan, la motivation nécessaires à l’écriture d’un manuscrit au long cours !…

Pour vous aider à repartir du bon pied, le stage de remise en forme créative du 22 janvier vous propose de faire l’écriture buissonnière : une journée entière pour redonner du punch à votre écriture… en vous amusant !