Avec ou sans chute : écrire une nouvelle

Il n’y a pas que la nouvelle à chute ! Il existe une autre variété de nouvelle « sans chute » ou dont la chute reste en suspens. Les deux ne se construisent pas de la même façon : dès les premières lignes, la différence s’impose et s’affirme tout au long du récit.

L’objectif de la nouvelle à chute est de raconter une histoire, de mettre en place des péripéties qui aboutiront à un dénouement qui permettra de résoudre, en bien ou en mal,  la « crise » que traversent les personnages. « J’ajoute encore qu’il a salué, Bonsoir la compagnie. Et puis qu’il a sauté.» (Annie Saumont, Moi, mon père 1). « Et c’est alors que l’autobus de six heures l’écrasa. » (Truman Capote, Tels des enfants, au jour de leur anniversaire 2). Souvent surprenante et riche en émotion, la chute est alors le couronnement de la nouvelle. Nombre d’auteurs écrivent d’ailleurs leurs nouvelles en fonction de la chute qu’ils connaissent parfois avant même d’avoir saisi leur stylo ou posé les doigts sur leur clavier !

La nouvelle « sans chute »

Rien de tel avec la nouvelle sans chute qui privilégie avant tout l’atmosphère et la suggestion. Il s’agit d’abord pour l’auteur de décrire un moment significatif dans la vie d’un personnage qui, sur un laps de temps très court, va l’amener  à reconsidérer le sens de sa vie. La plupart du temps, la fin de la nouvelle n’a rien d’un dénouement au sens où elle ne « résout » rien : le récit se termine sur un mot, une phrase dans la continuité de l’instant. « Ils bavardèrent jusqu’au petit matin, quand monta la pâle lueur dans les fenêtres, et ils ne pensaient pas à s’en aller. » (Raymond Carver, Une petite douceur 3). « Le feu passa au vert et la voiture démarra aussitôt » (Hélène Lenoir, Les escarpins rouges 4).

Une nouvelle, ça se construit

Qu’il s’agisse de d’amener la chute qui « scotchera » le lecteur, ou d’immerger celui-ci dans l’atmosphère d’un récit pour le mener jusqu’au bout de l’émotion, le mot-clé est : construction. Les différentes phases du récit demandent un vrai travail de composition que nombre d’auteurs considèrent comme un artisanat.  Une nouvelle, ça doit être solidement construit et conçu pour durer, comme une maison, ou une voiture. Il faut aussi que ça soit beau à regarder… écrit Raymond Carver dans N’en faites pas une histoire 5. Et cela ne s’improvise pas.

1- Encore une belle journée, éd. Julliard ; 2- Monsieur Maléfique et autres nouvelles, éd. Gallimard ; 3- Débutants, éd. de l’Olivier ; 4- L’Entracte, éd. de Minuit ; 5- éd. de l’Olivier

Vous souhaitez acquérir les techniques de base de la nouvelle ou les approfondir tout en développant votre style ? Alice et les mots vous propose différents ateliers en présence ou par mail consacrés à la nouvelle : cliquez ICI pour en savoir plus.
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6 erreurs à éviter avant de se lancer dans l’écriture d’un manuscrit

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Vous avez l’idée, vous avez l’envie, un week-end prolongé et l’ordinateur qui vous tend les bras… Avant de vous lancer tête baissée dans l’écriture du roman de votre vie, réfléchissez aux erreurs que vous pourriez éviter.

1- démarrer sur les chapeaux de roue

Vous débordez d’idées, et vous ne doutez pas d’avoir terminé ce roman en trois mois (disons, six…). Malheureusement, au bout du 2ème chapitre c’est le trou noir. Pour éviter ça, ne vous embarquez pas sans biscuits ! Prenez des notes, listez vos personnages, demandez-vous quelles sont leurs motivations, interrogez-vous sur les différents éléments de l’intrigue, choisissez un narrateur et un point de vue qui vous permettront d’écrire la meilleure histoire possible…

2- avoir les yeux plus gros que le ventre 

Si vous ne pouvez  dégager qu’une heure ou deux par semaine pour écrire, vous lancer dans une trilogie n’est pas une bonne idée et vous risquez de vous sentir écrasé par l’ampleur du projet ! Pour éviter ça, fixez-vous des objectifs réalistes et adaptez votre projet au temps dont vous disposez.

3- penser que vous avez tout le temps pour l’écrire

Soyons clairs : ce manuscrit, personne ne l’attend. Vous pouvez donc tout aussi bien être encore là dans dix ans, à vous dire que vous avez tout le temps d’écrire l’immense roman que vous portez en vous… Pour éviter ça, fixez-vous des objectifs d’écriture : tant d’heures par semaine ou tant de mots par jour. Testez, voyez ce qui convient le mieux à votre rythme d’écriture et… tenez-vous y !

4- penser que vous n’avez pas de temps pour l’écrire

Vous avez un super-projet, mais voilà : votre agenda déborde, le petit dernier réclame son biberon, l’aînée vous tanne pour l’aider à réviser son contrôle d’histoire, et puis il y a cette fuite dans la salle de bains… Vous vous dites qu’il serait plus sage d’attendre l’été pour vous mettre à écrire, mais vous pensiez déjà cela l’année dernière ! Pour éviter ça, prenez le taureau par les cornes et faites le point sur le temps passé quotidiennement pour chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : il y a bien moyen de gagner ½ heure que vous pourrez consacrer à écrire, du moins si vous en avez vraiment envie.

5 – vouloir terminer avant d’avoir commencé

On voudrait tous être capable d’écrire un roman en un mois, et qu’en plus celui-ci soit réussi ! Dans la réalité, c’est un peu plus compliqué et mettre la charrue avant les bœufs ne produit bien souvent qu’un écran de fumée. Pour éviter ça, donnez-vous un cadre, préparez un planning et fixez-vous des rendez-vous d’écriture… et surtout : écrivez !

6- ne pas tenir compte du lecteur

Vous rêvez d’être publié ? Dans ce cas, vous devez tenir compte du lecteur. Non pas pour lui plaire ou le flatter, mais pour lui faire ressentir des émotions. Oublier que quelqu’un va vous lire vous fait courir le risque d’être obscur ou ennuyeux. Pour éviter ça, mettez-vous à la place du lecteur et demandez-vous si vous lui donnez suffisamment d’informations pour qu’il comprenne ce que vous racontez (ce qui ne veut pas dire tout expliquer).

Cet article vous a été utile ? N’hésitez pas à le partager grâce aux boutons ci-dessous. Vous souhaitez être accompagné.e dans l’écriture de votre roman ? Alice et les mots vous propose cet été un atelier en réseau sur le thème Démarrer un roman.

Trois façons de retravailler sa nouvelle

 

 

Vous trouvez votre nouvelle trop bavarde, trop lisse ou monotone ? Souvent, c’est une question de longueur. Pour la retravailler, suivez l’exemple des « grands ».

Les grands auteurs l’ont bien compris : souvent, c’est en coupant qu’on rend un texte plus fort. Couper, oui, vous voulez bien, mais quoi ? Comment ?

Suivez les traces de Tchekhov

Vous aimez bien l’histoire que vous racontez, mais trouvez votre nouvelle un peu plate ? Tchekhov avait une méthode radicale : pour donner plus d’intensité à ses nouvelles, il coupait systématiquement le début et la fin. Essayez vous aussi de supprimer les cinq premières et les cinq dernières lignes de votre nouvelle, puis relisez-la. Les passages supprimés étaient-ils réellement indispensables ? Si oui, pouvez-vous les réécrire avec moitié moins de mots ?

Relisez Hemingway

Vous cherchez comment réveiller la curiosité du lecteur ? Faites comme Hemingway : laissez-lui entendre que vous lui avez caché quelque chose ! Concrètement, prenez un épisode significatif de votre nouvelle et supprimez-le, puis ajustez le texte en vérifiant bien que celui-ci fonctionne ainsi amputé. Il pourra être nécessaire de glisser un indice, un « détail » qui, sans en dire trop, fera sentir au lecteur que vous avez caché un élément important.

Adoptez la formule de Stephen King

Stephen King n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, la seule formule qui tienne pour retravailler son texte est : texte final = texte initial moins 10 %. Et cela vaut autant pour la nouvelle que pour le roman. Si vous rechignez à tailler dans le vif, essayez la méthode progressive. Premier temps : résumez chaque paragraphe de votre nouvelle en une phrase. Deuxième temps : mettez les phrases de côté obtenues et réécrivez chaque paragraphe en le réduisant de moitié. Troisième temps : confrontez les textes réduits et la phrase résumant chacun d’eux. Si la réduction a altéré le sens ou supprimé des éléments essentiels, réintégrez-les en évitant de développer.

Envie d’en savoir plus ? Les 10 et 11 février prochains, Alice et les mots propose un stage : Retravailler et finaliser une nouvelle.

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En 2018, écrivez plus souvent !

 

Difficile dans une journée de 24 heures d’arriver à se poser pour écrire. Comment s’organiser ? Comment mettre en place les conditions favorables à l’écriture ?

Débranchez-vous !

Avez-vous pensé à débrancher internet ? « Je ne tweete qu’une demi-heure par jour, déclare Joyce Carol Oates, car je suis prise par mes travaux d’écriture tous les jours de 7 heures à 13 heures. » Même si vous ne prétendez pas écrire un best-seller par an, essayez de vous couper des réseaux sociaux ne serait-ce qu’une heure par jour… Si vous n’y arrivez pas, revoyez vos priorités.

Fixez-vous des objectifs d’écriture

Vous pouvez décider d’écrire un certain nombre d’heures par semaine ou un nombre minimum de mots par jour (600 ou 700, par exemple). N’ayez pas les yeux plus gros que le ventre : si vous ne pouvez  dégager qu’une heure ou deux par semaine, ne vous lancez pas dans l’écriture d’une saga ! Fixez-vous des objectifs réalistes, faute de quoi vous risquez de vous sentir écrasé.e par l’ampleur du projet et tenté.e d’abandonner !

Luttez contre la procrastination

La télé ou les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à être chronophages ! Faites le point sur le temps passé quotidiennement pour chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : vous trouverez bien moyen de gagner une demi-heure pour écrire, du moins si vous en avez vraiment envie. Et si vous craquez, lisez cet article de la revue Sciences humaines : preuve que, de tout temps, les écrivains (et non des moindres) ont inventé toutes sortes de rituels pour retarder le moment de se mettre au travail !…

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La nouvelle est-elle soluble dans la technique ?

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C’est vrai, pour écrire des nouvelles vous devez travailler l’accroche et la chute, choisir un point de vue, inventer des personnages, installer une tension narrative… Mais, au-delà des considérations techniques, qu’est-ce qui fait tout l’intérêt d’une nouvelle ?

La nouvelle est un format court, certes, mais elle ne s’arrête pas à raconter « une petite histoire ». Au-delà de l’anecdote, elle cherche avant tout à rendre compte d’une expérience humaine. Dans « La Parure » de Maupassant, c’est tout le désastre d’une vie qui est dépeint en quelques pages : celui d’une petite-bourgeoise qui doit faire des ménages pendant dix ans parce qu’elle a égaré le collier que lui a prêté son amie et apprend, en fin de compte, que la fameuse parure était fausse ! C’est en nous donnant à voir le désarroi de Mathilde, sa lutte pour se sortir d’une situation inextricable, que l’auteur transforme l’anecdote en un récit à part entière. Il nous montre comment,  entre le début et la fin de la nouvelle, le personnage a évolué et c’est cette évolution qui constitue la colonne vertébrale du récit et lui apporte ce qui fait la particularité de la nouvelle : une profondeur. Alors : texte court, oui, mais…

Donner à voir l’humain

Autre exemple, les nouvelles de Carver qui tournent toujours autour des mêmes thèmes (l’alcoolisme, la séparation, la difficulté des rapports humains…). Pourtant, Carver arrive à faire de chaque nouvelle un récit unique et qui nous touche au cœur, parce qu’il va plus loin que le simple fait de montrer des gens en train de boire ou de se disputer. En nous donnant à voir leur détresse, c’est la nôtre qu’il nous fait ressentir, c’est notre humanité qu’il nous fait toucher du doigt à travers celle de ses personnages.

La technique au service du récit

Et la technique, dans tout ça ?  Si l’on ne peut s’en passer lorsqu’on veut écrire une nouvelle (et si l’on veut s’en affranchir, mieux vaut d’abord en connaître les règles), elle est avant tout un outil que l’écrivain met à son service. Ce que Carver* résume ainsi : « combiner le mot juste et l’image idéale à une ponctuation rigoureuse et sans faille, afin que le lecteur soit totalement absorbé par mon récit, que rien au monde ne puisse l’arracher à sa lecture, sauf peut-être l’incendie de sa maison. » Bonnes lectures !

* « N’en faites pas une histoire », éditions de l’Olivier

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Savoir se relire

 

Vous avez terminé le premier jet de votre manuscrit et vous vous préparez à aborder l’étape délicate de la relecture. Prenez garde cependant à ne pas créer de nouvelles erreurs en croyant améliorer votre copie !

Si vous retravaillez directement à l’écran, les occasions ne manquent pas de créer des erreurs . Par exemple, vous supprimez un paragraphe en oubliant qu’il contenait un dialogue indispensable à la compréhension du chapitre suivant… Vous faites un copié-collé quelque part et, en le reportant, vous  coupez un morceau de texte… Vous inversez l’ordre des chapitres, sans vérifier que le chapitre trois faisait entrer en scène un nouveau personnage qui, de ce fait, se trouve déjà là au chapitre deux… Vous réécrivez entièrement le début de votre manuscrit et supprimez ainsi des informations importantes pour la suite du récit… Ou encore, vous décidez de changer de point de vue, mais vous oubliez de le faire pour certains chapitres qui restent écrits dans le point de vue précédent.

Comment éviter d’en rajouter ?

Si vous avez l’habitude de travailler directement sur écran, imprimez votre premier jet : cela vous aidera à prendre du recul et, crayon en main, vous pourrez barrer, corriger, annoter sans que cela prenne une valeur définitive. Vous vérifierez avant de reporter vos corrections que vous ne créez pas ainsi de nouvelles erreurs fatales. Vous préférez vous relire à l’écran ? Ne cédez pas à la tentation de retravailler au fur et à mesure de la relecture. Faites une copie de votre texte, que vous baptiserez d’un autre nom et que vous relirez en notant sur une feuille à part les améliorations à apporter (page tant, revoir le dialogue ou page tant, la voix narrative a changé). Puis, reportez-les sur la copie de votre premier jet. Ainsi, vous garderez une trace de votre première version et pourrez comparer en cas de besoin.

Faites relire par des tiers

Un dernier conseil : faites relire votre manuscrit autour de vous. Mais ne le confiez pas à n’importe qui ! Par exemple, votre entourage peut être bien intentionné mais ne pas trouver les mots qui vous aideront à  progresser. Cherchez des relecteurs qui auront suffisamment de recul et un regard critique pour identifier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Et si, décidément, vous ne trouvez personne pour vous relire, nos ateliers individuels vous proposent différentes solutions  !

Qu’est-ce qui fait une nouvelle réussie ?

Une nouvelle n’est pas seulement un texte court, c’est aussi une question de composition, un ton, une « voix ».

Imaginons que vous vouliez écrire une nouvelle à chute (c’est le classique du genre, la nouvelle que réclament la plupart des concours). Ce qui caractérise ce genre de nouvelle, c’est une rupture dans le quotidien : quelque chose se passe qui bouscule les habitudes et provoque une « crise ». Par exemple : dans la rue, votre personnage croit apercevoir quelqu’un qu’il connaît et court pour le rattraper. L’autre se retourne… et c’est un inconnu ! Si vous rapportez les faits tels quels à l’écrit, vous obtiendrez un texte court, peut-être même sera-t-il bien écrit… mais cela n’en fera pas pour autant une nouvelle.

Dépasser l’anecdote

Pour ressembler à une nouvelle, votre récit devra dépasser le stade de l’anecdote.  Une nouvelle étant une fiction, il est nécessaire de mettre en place tous les éléments propres à une fiction. Vous avez déjà la situation de départ, les personnages… Demandez-vous alors ce qui va les faire bouger et surtout les conduire vers la chute tant attendue ! Dans l’exemple ci-dessus, vous allez d’abord chercher quel pourrait être l’élément susceptible de déclencher une série de rebondissements menant à la chute. A partir de là, vous allez faire en sorte d’installer une attente chez le lecteur, quelque chose qui lui donnera envie de continuer à lire pour savoir ce qui va se passer… Ce qui s’appelle mettre en place une tension narrative.

Et si ?…

Et si la silhouette aperçue dans la rue était celle d’une personne disparue ? Voilà de quoi éveiller la curiosité du lecteur ! Pour augmenter encore la tension, vous pouvez aussi imaginer que, pendant qu’il suit la silhouette en question, votre personnage s’aperçoit qu’il est lui-même suivi, ou que celui qu’il suit fait l’objet d’une filature par une tierce personne. La tension narrative est au cœur des récits de fiction, et, dans le cas d’une nouvelle, c’est précisément la chute qui permettra de dénouer cette tension après que celle-ci aura atteint son point culminant.

Trouvez votre voix

Une fois votre récit composé, vous devrez travailler l’écriture. Car la nouvelle, c’est aussi un ton, une « voix » qui donnera envie au lecteur de lire d’autres nouvelles du même auteur. Soignez votre style, travaillez l’économie de moyens, efforcez-vous de dire beaucoup en peu de mots. Eliminez les digressions, bannissez les explications, faites la chasse aux adverbes et aux adjectifs inutiles. Apprenez à jouer sur le non-dit : la nouvelle, c’est « l’art du blanc ».

Alice et les mots vous propose plusieurs ateliers d’écriture individuels en ligne   sur la nouvelle. Demandez le programme !

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Rentrée : pourquoi pas la nouvelle ?

Même si, une fois de plus, la rentrée littéraire fait mine d’ignorer la nouvelle, le format court a ses adeptes parmi les plus grands auteurs : par le passé, Maupassant, Poe, Tchekhov, Carver… aujourd’hui, Joyce Carol Oates, Murakami ou Le Clézio. Il reste aussi l’un des plus prisés par les apprentis-auteurs. Envie de vous lancer ?

Avant tout, il faut le dire : « faire court » ne suffit pas à faire une nouvelle. Un poème, un billet d’humeur, un portrait, une chronique sont des textes courts… ce ne sont pourtant pas des nouvelles. Alors, qu’est-ce qui caractérise la nouvelle ? Réponse en 4 points ( à approfondir bien sûr par la lecture de nouvelles ).

Resserrer, densifier

Une nouvelle est, certes, plus courte qu’un  roman mais ce n’est pas sa seule caractéristique. L’action doit se dérouler sur un temps limité. Au contraire du roman, la nouvelle doit être centrée sur une situation et une seule et présenter un petit nombre de personnages. Dans la nouvelle, pas un mot de trop, les digressions n’ont pas leur place. L’écriture est très travaillée en vue d’obtenir un effet (qu’il soit comique, horrifique, à suspense, etc) et de créer une atmosphère.

Construire

C’est là que tout se complique ! Dans la nouvelle à chute,  tout est mis en œuvre dès les premières lignes pour aller droit au but… c’est à dire vers une chute forcément surprenante, voire déstabilisante pour le lecteur. D’où son nom de « nouvelle à chute » : c’est la forme de nouvelle la plus ancienne, celle qu’on retrouve chez les classiques comme chez les contemporains. Cette nouvelle-là raconte une histoire. A ne pas confondre avec la nouvelle d’atmosphère, axée sur l’ambiance et l’intériorité d’un personnage, et qui relève de la tranche de vie plus que d’un scénario avec un début et une fin.

Romancer

Même inspirée d’un fait réel, une nouvelle ne rapporte jamais un événement comme le ferait un reportage. Un nouvelliste reconstruit toujours l’histoire à sa façon. Il y a de l’alchimie là-dedans…

A signaler (quand même !) quelques recueils de nouvelles qui osent se confronter aux pavés de la rentrée : Si un inconnu vous aborde de Laura Kasischke aux éditions Page à Page, et chez nos voisins belges Le jour est aussi une colère blanche d’Eric Brucher et Rien n’arrête les oiseaux de François Salmon aux éditions Luce Wilquin, A voie basse d’Aliénor Debrocq aux éditions Quadrature.

 

Nourrir son inspiration

Existe-t-il des moyens de provoquer l’inspiration ? Est-il possible de l’entretenir sur le long terme ? Oui, répond Ray Bradbury. L’un des auteurs les plus prolifiques du vingtième siècle nous explique comment nourrir et faire grandir sa Muse.

Dans « Le zen dans l’art de l’écriture », l’un de ces ouvrages magiques que tout apprenti-auteur et tout auteur tout court se doit d’avoir dans sa bibliothèque, Ray Bradbury fait partager son bonheur d’écrire et transmet quelques clés pour développer sa créativité. Celle qu’il appelle « la Muse » est, affirme-t-il, la plus craintive de toutes les vierges. On le croit sans peine, mais alors comment faire pour l’apprivoiser ?

Pour Bradbury, la réponse est simple : cette Muse est perpétuellement affamée. Il faut donc la nourrir, mais pas avec n’importe quels aliments.

Le menu complet

Voici le menu que Ray Bradbury suggère à tout écrivain qui veut alimenter son inspiration :

– lire de la poésie chaque jour de sa vie. Parce qu’elle développe les sens et les maintient au top, qu’elle est un concentré de métaphores et de comparaisons, un réservoir d’idées, et parce que, ajoute Bradbury, elle fait travailler des muscles dont on ne se sert pas suffisamment. Il n’est pas regardant sur le type de poésie, du moment qu’elle vous fait hérisser les poils des bras !

– lire des essais. Cherchez des livres qui améliorent votre sens des couleurs, votre sens des formes, et prenez la mesure du monde, dit encore l’auteur. Parce que si vous voulez persuader votre lecteur qu’il est , vous devez assaillir chacun de ses sens (…).  Lisez indifféremment des essais sur l’élevage des paons, la calligraphie chinoise, l’art culinaire ou le chant des baleines : c’est bon pour votre Muse et, même si vous ne comprenez pas tout, vos cellules s’imprègnent et emmagasinent à votre insu ce qui ne demandera, le moment venu (parfois des années après) qu’à resurgir ;

– lire de la fiction, bien sûr (romans, nouvelles…) : d’abord les auteurs qui écrivent comme vous aimeriez écrire, pensent comme vous aimeriez penser, et aussi ceux qui n’écrivent pas et ne pensent pas comme vous : cela vous ouvrira des horizons.

Rien ne se perd

Enfin ne craignez pas non plus, ajoute Ray Bradbury, d’être vus en étrange compagnie. Nourrir sa Muse, c’est être en perpétuelle recherche de ce que l’on aime profondément (…) c’est évoluer de textures simples, naïves, peu intellectuelles, à des textures plus complexes, plus averties, plus cérébrales… En clair : vous aimez les bandes dessinées, la littérature « de genre », les films d’horreur ? Ne vous en détournez pas sous prétexte que vous devez nourrir votre Muse car celle-ci profite de tout ce qui alimente Votre Moi Le Plus Original (sic). Lequel n’est pas monobloc et peut apprécier tout autant Michel-Ange et les mangas, Stephen King et Kafka, une fanfare et une symphonie… Et parce que notre subconscient peut être comparé à un immense entrepôt où nos expériences les plus fortes attendent que nous les fassions remonter à la surface, il serait dommage de succomber au snobisme et de se priver de certaines sensations. D’ailleurs, aime-t-on les mêmes choses à tous les âges de la vie ?

Jetez-vous à l’eau

Tout cela, bien entendu, ne servira jamais à rien si, une fois que vous aurez nourri votre inspiration, vous ne vous acharnez pas à lui donner une forme. Et là, pas de secret : le seul moyen d’y arriver c’est d’écrire jour après jour, année après année ; de vous jeter sur votre stylo ou votre clavier dès que surgit l’inspiration naissante… bref, de vous y coller. Là, maintenant. Tout de suite.

Vous voulez écrire mais vous n’osez pas vous lancer ? Vous écrivez déjà et souhaitez démarrer un projet d’écriture, mais vous ne savez pas par où commencer ? Vous aimeriez écrire et échanger autour de l’écriture avec d’autres passionnés ? Découvrez les ateliers d’écriture proposés par Alice et les mots : les inscriptions pour la rentrée sont ouvertes !

 

 

 

La nouvelle en 6 points-clés

écrire à paris

© Prayitno

Pour écrire une nouvelle, une bonne idée ne suffit pas : vous devez travailler les personnages, l’accroche et la chute, choisir un point de vue, insérer des dialogues, varier le rythme du récit…

Les personnages font l’histoire

Pas de bonne histoire sans de bons personnages ! Même s’ils sont moins fouillés dans une nouvelle que dans un roman, le lecteur doit pouvoir y croire. Et pour les faire exister, rien de tel que de leur trouver des motivations solides ! Est-ce que le lecteur comprend ce qui est important pour votre personnage, ce qui le motive et le fait avancer dans la vie ET dans le récit que vous écrivez ? Peut-on percevoir jusqu’où il est prêt à aller pour obtenir ce qu’il veut ?

Qui raconte ? De quel point de vue ?

Tout récit de fiction est raconté par un narrateur, une « voix » qui n’est pas la vôtre, personne physique qui écrit à sa table. Quel point de vue cette « voix » va-t-elle adopter ? Vous ne raconterez pas un meurtre de la même façon selon que vous le racontez du point de vue de l’assassin, de la victime ou de l’enquêteur. Vous choisirez donc le point de vue qui vous permettra de présenter l’histoire de la meilleure façon possible.

Soignez l’accroche et la chute

Votre nouvelle entre-t-elle tout de suite dans le vif du sujet ? Le lecteur doit-il subir un long préambule ou une description à rallonge ? Attention : la nouvelle, c’est l’art du blanc, de l’ellipse, alors ne surchargez pas et surtout pas d’entrée de jeu. Pour écrire la chute, demandez-vous si vous avez bien tenu compte des motivations des personnages. Le personnage principal a-t-il obtenu ce qu’il voulait et sinon, qu’est-ce que cela implique pour lui ? Votre dénouement en dépend. Enfin, la chute provoque-t-elle une émotion chez le lecteur ?

Variez le rythme

Une nouvelle doit pouvoir se lire d’une traite, ce qui ne veut pas dire que le rythme du récit doit être monotone. Au contraire, voyez si vous pouvez le varier en introduisant, par exemple, une ellipse là où un épisode complet n’est pas indispensable à la compréhension d’ensemble. Vérifiez s’il n’y a pas des longueurs, comme un excès de descriptions ou des passages explicatifs que vous devrez supprimer. La nouvelle ne doit pas comporter un mot de trop. Enfin, demandez-vous quels sont les temps forts de votre nouvelle  et s’ils contiennent des éléments qui amènent le dénouement.

Faites parler les personnages

Avez-vous introduit des dialogues dans votre récit ? Une nouvelle entièrement sur le mode narratif peut paraître monotone, sauf si vous avez pris le parti de rester d’un bout à l’autre dans l’intériorité du personnage. Pensez à varier les voix des personnages : ils ne parlent pas comme vous, et ils ne parlent pas non plus tous de la même façon ! Les dialogues ne doivent pas non plus prendre le pas sur la narration, et dans tous les cas ils doivent faire avancer le récit.

Le premier jet, enfin…

Vous avez l’idée de départ, une situation, des personnages… peut-être même la chute ? Il vous reste à démarrer. Le plus difficile, c’est d’écrire la première phrase ! Pour la trouver, déterminez quel sera l’élément déclencheur de votre histoire : c’est lui qui vous donne le « la ». Au fait, savez- vous ce que vous voulez raconter ? Alors, foncez ! Ne vous acharnez pas à réécrire tout de suite les premières lignes, vous aurez tout le temps de les retravailler une fois la nouvelle terminée. Le premier jet, c’est ni plus ni moins le brouillon de votre nouvelle.

L’Atelier de la Nouvelle proposé par Alice et les mots reprendra le jeudi 21 septembre avec un trimestre sur le thème : « 5 façons de démarrer une nouvelle ». Il est ouvert à toute personne intéressée par la nouvelle, aimant écrire et raconter.