La nouvelle en 6 points-clés

écrire à paris

© Prayitno

Pour écrire une nouvelle, une bonne idée ne suffit pas : vous devez travailler les personnages, l’accroche et la chute, choisir un point de vue, insérer des dialogues, varier le rythme du récit…

Les personnages font l’histoire

Pas de bonne histoire sans de bons personnages ! Même s’ils sont moins fouillés dans une nouvelle que dans un roman, le lecteur doit pouvoir y croire. Et pour les faire exister, rien de tel que de leur trouver des motivations solides ! Est-ce que le lecteur comprend ce qui est important pour votre personnage, ce qui le motive et le fait avancer dans la vie ET dans le récit que vous écrivez ? Peut-on percevoir jusqu’où il est prêt à aller pour obtenir ce qu’il veut ?

Qui raconte ? De quel point de vue ?

Tout récit de fiction est raconté par un narrateur, une « voix » qui n’est pas la vôtre, personne physique qui écrit à sa table. Quel point de vue cette « voix » va-t-elle adopter ? Vous ne raconterez pas un meurtre de la même façon selon que vous le racontez du point de vue de l’assassin, de la victime ou de l’enquêteur. Vous choisirez donc le point de vue qui vous permettra de présenter l’histoire de la meilleure façon possible.

Soignez l’accroche et la chute

Votre nouvelle entre-t-elle tout de suite dans le vif du sujet ? Le lecteur doit-il subir un long préambule ou une description à rallonge ? Attention : la nouvelle, c’est l’art du blanc, de l’ellipse, alors ne surchargez pas et surtout pas d’entrée de jeu. Pour écrire la chute, demandez-vous si vous avez bien tenu compte des motivations des personnages. Le personnage principal a-t-il obtenu ce qu’il voulait et sinon, qu’est-ce que cela implique pour lui ? Votre dénouement en dépend. Enfin, la chute provoque-t-elle une émotion chez le lecteur ?

Variez le rythme

Une nouvelle doit pouvoir se lire d’une traite, ce qui ne veut pas dire que le rythme du récit doit être monotone. Au contraire, voyez si vous pouvez le varier en introduisant, par exemple, une ellipse là où un épisode complet n’est pas indispensable à la compréhension d’ensemble. Vérifiez s’il n’y a pas des longueurs, comme un excès de descriptions ou des passages explicatifs que vous devrez supprimer. La nouvelle ne doit pas comporter un mot de trop. Enfin, demandez-vous quels sont les temps forts de votre nouvelle  et s’ils contiennent des éléments qui amènent le dénouement.

Faites parler les personnages

Avez-vous introduit des dialogues dans votre récit ? Une nouvelle entièrement sur le mode narratif peut paraître monotone, sauf si vous avez pris le parti de rester d’un bout à l’autre dans l’intériorité du personnage. Pensez à varier les voix des personnages : ils ne parlent pas comme vous, et ils ne parlent pas non plus tous de la même façon ! Les dialogues ne doivent pas non plus prendre le pas sur la narration, et dans tous les cas ils doivent faire avancer le récit.

Le premier jet, enfin…

Vous avez l’idée de départ, une situation, des personnages… peut-être même la chute ? Il vous reste à démarrer. Le plus difficile, c’est d’écrire la première phrase ! Pour la trouver, déterminez quel sera l’élément déclencheur de votre histoire : c’est lui qui vous donne le « la ». Au fait, savez- vous ce que vous voulez raconter ? Alors, foncez ! Ne vous acharnez pas à réécrire tout de suite les premières lignes, vous aurez tout le temps de les retravailler une fois la nouvelle terminée. Le premier jet, c’est ni plus ni moins le brouillon de votre nouvelle.

L’Atelier de la Nouvelle proposé par Alice et les mots reprendra le jeudi 21 septembre avec un trimestre sur le thème : « 5 façons de démarrer une nouvelle ». Il est ouvert à toute personne intéressée par la nouvelle, aimant écrire et raconter.

Réussir sa chute

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Dans la nouvelle à chute, c’est seulement à la dernière phrase que le sens véritable de l’histoire se révèle. Mais comment trouver la meilleure chute, celle qui va scotcher le lecteur tout en restant cohérente avec le récit ?

Avec la nouvelle à chute, l’auteur veut avant tout raconter une histoire, mettre en place des péripéties qui aboutiront à un dénouement surprenant : la fameuse chute. Pour que celle-ci soit crédible et convaincante, elle ne doit pas arriver par hasard mais être amenée comme un prolongement logique et naturel de votre récit… tout en restant imprévisible, de manière à apporter un éclairage nouveau sur tout ce qui s’est déroulé auparavant.

La chute se prépare dès la première ligne

Pour que la chute fonctionne, vous allez composer tout votre récit en fonction d’elle.  Hélas, bien souvent, quand vous démarrez l’écriture d’une nouvelle, vous ne savez pas encore où l’histoire vous entraîne ! Qu’à cela ne tienne, concentrez-vous sur les rebondissements. Dans un récit, il en existe deux sortes : le dévoilement et le coup de théâtre. Ce sont eux qui fournissent les meilleures chutes de nouvelles. Dans le dévoilement, le lecteur découvre une vérité essentielle sur le personnage principal : il n’est pas celui qu’on croyait. Cela implique que, dès le début, l’auteur doit créer une illusion à laquelle le lecteur se laisse prendre. Attention, il n’est pas question de mentir au lecteur, ce serait très mal vu ! Mais vous pouvez le faire par omission. Le coup de théâtre, quant à lui, est un retournement de situation : la parure était fausse (Maupassant, La Parure), le tueur est pris à son propre piège (D.Daeninckx, Loto stoppeur), le héros découvre que ce qu’il prenait pour un rêve est en fait la réalité (J. Cortazar, La nuit face au ciel)…

Relisez-vous, taillez, coupez

Il est rare qu’un auteur y arrive du premier coup ! Mais une nouvelle, vous le savez, ça se relit, ça se polit, ça se retaille comme un beau vêtement. Vous vous relirez plutôt trois fois qu’une, pour vérifier que tous les fils du récit sont tirés pour aboutir en un seul et même point : la chute. Au besoin, vous préciserez ou apporterez des informations manquantes. Ou vous en supprimerez… car, pour installer dès le départ une tension dans le récit (indispensable pour maintenir l’intérêt du lecteur), vous devez éliminer tout ce qui peut diluer cette tension : les descriptions trop longues, les explications ou commentaires d’auteur (le lecteur n’a pas besoin qu’on lui mette les points sur les i), les adjectifs et adverbes inutiles… Il s’agit d’aller droit au but, sans que votre lecteur puisse deviner ce que vous mijotez avant d’y être arrivé. Alors, un conseil : si vous voulez que votre chute soit réussie, évitez à tout prix les fins-clichés, les dénouements attendus, les événements téléphonés… On ne vous le pardonnerait pas.

Comment démarrer ?

Dans votre tête, les idées se bousculent. C’est au moment de poser les mots sur la page que ça se complique. Par où commencer ? Suivez les conseils d’Hemingway…

« Ce qu’il faut c’est écrire une seule phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraie que tu connaisses » affirme l’écrivain américain dans Paris est une fête. Hemingway résume ainsi son credo en matière d’écriture : trouver « la » phrase puis  « continuer à partir de là. » Début mars 1923, il le met en pratique à travers une série de textes en prose qui seront réunis et publiés en 1924 sous le titre De nos jours. Il reprend ainsi un projet auparavant baptisé Paris 1922, dont le manuscrit lui avait été volé dans le train ! écrire à parisIl écrit : « Ils fusillèrent les six ministres à six heures du matin contre le mur de l’hôpital. Il y avait des flaques d’eau dans la cour. Des feuilles mortes flottaient sur les pavés. Il pleuvait fort. » Ou encore : « En 1919, il voyageait sur les chemins de fer italiens, porteur d’un carré de toile cirée provenant du bureau central du parti et où il était écrit, au crayon à encre, que c’était là un camarade qui avait beaucoup souffert sous les Blancs à Budapest et demandant aux camarades de l’aider par tous les moyens. Cela lui servait de billet. Il était très timide et encore très jeune, et les employés des chemins de fer se le repassaient d’une équipe à l’autre. Il n’avait pas d’argent, alors ils lui donnaient à manger derrière le comptoir des restaurants de gare (…) »

Tous ses textes sont une leçon pour l’apprenti-auteur qui se demande comment démarrer un récit : dans les extraits ci-dessus, l’accroche est percutante, sans graisse, dramatisée. Autre ambiance mais tout aussi frappante et remarquable par son économie de moyens, l’incipit de Paris est une fête : « Et puis, il y avait la mauvaise saison. Elle pouvait faire son apparition du jour au lendemain, à la fin de l’automne. Il fallait alors fermer les fenêtres, la nuit, pour empêcher la pluie d’entrer, et le vent froid arrachait les feuilles des arbres, sur la place de la Contrescarpe (… ) ». On ne s’en lasse pas.


Comment retravailler sa nouvelle ?

 

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Vous la trouvez trop longue, trop lisse, bavarde ou monotone : comment faire pour retravailler votre nouvelle et lui donner ce petit quelque chose qui fera la différence ?

Vous la trouvez trop longue

Prenez deux pages au hasard et exercez-vous à la réduire sur ces pages-là. Si le résultat vous plaît, vous ferez la même chose pour l’ensemble de la nouvelle. L’opération se déroule en trois temps. Premier temps : résumez chaque paragraphe en une phrase. Deuxième temps : mettez ces phrases de côté et réécrivez les deux pages en les réduisant de moitié. Troisième temps : confrontez le texte réduit et la phrase résumant chaque paragraphe. Si la réduction a altéré le sens du texte ou supprimé des éléments essentiels, vous les réintègrerez en essayant de ne pas développer le texte outre mesure. Autre solution : entraînez-vous à réduire la nouvelle de 10 % sans en altérer le sens.

Vous la trouvez trop lisse

Pour éviter que le lecteur ne s’endorme, trouvez comment réveiller sa curiosité. Par exemple, en lui suggérant que vous lui avez caché quelque chose ! Prenez un épisode significatif de votre nouvelle et coupez-le, puis ajustez le texte en vérifiant bien que celui-ci fonctionne ainsi amputé. Il pourra être nécessaire de glisser un indice, un petit quelque chose qui, sans en dire trop, fera sentir au lecteur que vous avez caché quelque chose d’important.

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Variez le rythme du récit ! Adjectifs et adverbes le ralentissent : êtes-vous sûrs qu’ils sont tous indispensables ? Exercez-vous à supprimer les adjectifs de votre texte puis réintroduisez ceux qui sont vraiment nécessaires. Un nom, s’il est précis, n’a pas besoin de qualificatif mais il y a des cas où l’on ne peut s’en passer. Par exemple, si vous écrivez : « un mur aveugle » ; ici, comment saurait-on sans l’adjectif que le mur ne comporte aucune fenêtre sur l’extérieur ? C’est la même chose pour les adverbes : point trop n’en faut !

Et encore…

Vous aimez bien l’histoire que vous racontez, mais trouvez votre nouvelle moyennement réussie ? Réécrivez-la en changeant de point de vue, puis relisez-vous : le récit fonctionne-t-il mieux ou moins bien ? Vous pouvez aussi essayer de faire comme Tchekhov : coupez les cinq premières et les cinq dernières lignes de votre nouvelle et relisez-la. Les passages supprimés étaient-ils réellement indispensables ? Si oui, pouvez-vous les réécrire avec moitié moins de mots ?

Mars est le mois de la nouvelle chez Alice et les mots qui vous propose 2 week-ends d’atelier par courriel pour la travailler en profondeur. Prochaine session : du 24 au 27 mars.

Cinq questions à se poser avant d’écrire une nouvelle

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Vous avez plein d’idées pour écrire une nouvelle mais vous vous demandez par où commencer, comment continuer… et comment finir ! Posez-vous ces questions avant de vous lancer.

Quelle est la situation de départ ? Qu’est-ce qui vient la perturber ?

Trouvez quel est l’incident qui va perturber le quotidien de vos personnages et les pousser à agir. Puis demandez-vous où commence le récit : avant  l’incident déclencheur ou après ? A moins qu’il ne commence avec lui ?  Que donnerait le récit si vous démarriez à un autre moment ?

Qui raconte ?

Déterminez qui raconte l’histoire : le personnage principal ? Un témoin ? Un narrateur extérieur ? Le point de vue choisi est-il le meilleur  pour raconter cette histoire-là entre toutes ? Si vous en êtes persuadé, n’en changez surtout pas au cours du récit.

Qui sont les personnages ? Qu’est-ce qu’ils veulent ?

Les personnages dans la nouvelle sont moins nombreux et moins caractérisés que dans le roman (question de format). Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils doivent être traités par dessous la jambe ! Cherchez ce qui est significatif dans leur apparence et leur comportement et concentrez-vous sur leur enjeu : jusqu’où chacun est-il prêt à aller pour obtenir ce qu’il veut? Quelles actions cela peut-il entraîner ? Quels rebondissements éventuels ?

Comment se termine la nouvelle ?

Vous avez choisi d’écrire une nouvelle à chute ? Pour que la chute produise un maximum d’effet sur le lecteur, elle doit être mise en place dès le départ : pour être crédible et convaincante, elle doit apparaître comme un prolongement logique et naturel de votre récit. En clair, évitez les chutes « téléphonées », les fins-clichés, les dénouements trop évidents ou trop décalés…

Chaque mot est-il indispensable ?

Une nouvelle doit pouvoir se lire d’un trait : une fois que vous aurez terminé le premier jet de votre nouvelle, relisez soigneusement pour vérifier s’il n’y a pas de temps morts et de termes inutiles. Tel passage est-il nécessaire pour faire avancer l’action ? Tel mot est-il indispensable à la compréhension du texte ? Si la réponse est non, effacez-le sans états d’âme !

En mars prochain, Alice et les mots vous propose deux week-ends consacrés à l’écriture d’une nouvelle. Chaque séance se déroulera sous forme d’atelier individuel par courriel. Inscriptions, renseignements : contact{arobase}alicetlesmots.fr

 

Créer un personnage

« De tous les éléments composant un roman, le personnage est vraisemblablement, et de loin, le plus important » écrit David Lodge dans L’Art de la fiction. « Les personnages font l’histoire » affirme de son côté Elisabeth George dans Mes secrets d’écrivain. Mais qu’est-ce que le lecteur attend d’un personnage ? Qu’est-ce qui le rend mémorable et comment faire pour créer à notre tour des personnages dont chacun se souviendra longtemps ?

Même quand ils sont porteurs d’une histoire proche de la nôtre, même quand ils ressemblent à de « vraies gens », les personnages de fiction sont différents de nous car ils font l’expérience d’un temps autre : le temps de la fiction. Et c’est ce qui en fait la magie. Par eux, nous accédons à une autre dimension, nous pouvons passer d’un jour à l’autre par la grâce d’un point-virgule ou franchir des années-lumière en changeant de chapitre, revivre des moments à jamais envolés, bondir en avant de plusieurs siècles… ou vivre simultanément plusieurs vies. Mais toute magie a ses codes et, au moment de créer un personnage, l’auteur cherchera la meilleure manière de provoquer l’empathie du lecteur. Pour que même le personnage le plus abject retienne son attention  jusqu’à la fin de l’histoire…

Six façons de créer un personnage

Pour présenter leurs personnages, les romanciers classiques usaient d’une description physique accompagnée d’une biographie succincte. Les modernes quant à eux préfèrent les présenter à travers leurs paroles et leurs actions. Aux Etats-Unis, certaines écoles de creative writing conseillent carrément aux apprentis auteurs… de fouiller les poubelles de leurs personnages ! Leur contenu serait révélateur de leur personnalité. Ou d’utiliser le questionnaire de Proust et d’imaginer ce que leurs personnages répondraient. Les auteurs américains ne craignent pas de puiser dans les archétypes (entre autres, parmi les figures de la tragédie antique… oui, les mêmes qui vous ont tant barbé pendant vos années de lycée). Et pourquoi ne pas jouer avec les stéréotypes, en les détournant pour y introduire un élément inattendu et décalé ? Les auteurs de polar en particulier ont su créer quelques beaux personnages de flics poètes ou « pelleteurs de nuages » (ainsi Fred Vargas désigne-t-elle son héros, le commissaire Adamsberg)… quand ils ne sont pas atteints d’Alzheimer ou porteurs de quelque lourd passé (Wallander, le héros de H. Mankell, perd des pans de mémoire dans sa dernière enquête ; de son côté, le détective privé Selb, héros de B. Schlink et W. Popp, est un ancien juge nazi). Les scénaristes, quant à eux, ne sauraient travailler sans la « bible » qui présente chaque personnage en détail, sa manière de s’exprimer, de marcher, de s’habiller, ses manies et ses phobies, son passé et ses relations avec les autres personnages…

Faites-le parler

Les mots que nous employons révèlent notre caractère comme notre milieu. C’est pareil pour vos personnages, mais attention : ils ne doivent pas parler comme vous, ni comme les autres personnages. La personnalité de chacun doit transparaître à travers ses réflexions autant qu’à travers ses gestes, dans le langage qu’il emploie mais aussi dans le ton, la façon de relier les phrases entre elles, les idiosyncrasies, les mots d’argot, etc. Soignez vos dialogues : c’est un outil précieux pour caractériser vos personnages et un bon moyen de dynamiser un récit.

Le stage du 26 février vous propose une journée complète sur les différentes manières de créer un personnage. Renseignements, inscriptions : contact@alicetlesmots.fr

*L’Art de la fiction est publié aux Editions Rivages, Mes secrets d’écrivain aux Presses de la Cité

Mettre un point final à son manuscrit

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Vous l’avez relu un bon nombre de fois, avez corrigé ce qu’il fallait corriger,  donné à lire à quelques lecteurs et retravaillé en fonction de leurs remarques. Pourtant, vous n’arrivez toujours pas à le lâcher. A admettre que cette fois, ça y est : vous avez terminé ce fichu manuscrit !

Pas facile de mettre un point final à un ouvrage de longue haleine… Le soulagement et la joie d’en avoir terminé ne sont pas toujours au rendez-vous. Parfois, c’est même le contraire : le moment d’abandonner les personnages avec lesquels on a fait un joli bout de chemin, de laisser son manuscrit aller dans le monde où (du moins on l’espère) il va enfin vivre sa vie, est une étape qui peut être pénible, voire même douloureuse. Parce qu’après des mois, voire des années de travail, le vide s’installe.

A chacun sa solution

Certains se trouvent des prétextes pour repousser encore un peu le moment fatidique. Vous pouvez, comme Hemingway [1]pour L’adieu aux armes, vous ingénier à imaginer des dizaines de fins différentes… Après un tel remue-méninges, gageons que vous n’aurez plus qu’une envie : vous débarrasser de ce récit qui vous sort par les yeux ! Le format ne fait d’ailleurs pas grand-chose à l’affaire : Edgar Poe, pour écrire des nouvelles, contournait le problème en commençant par la fin ! Une solution qui convient bien aux amateurs de formats courts et plus particulièrement de nouvelles à chute. Commencez par trouver une dizaine de chutes et choisissez les trois qui vous plaisent le plus, puis écrivez la nouvelle correspondante. Quand vous l’aurez terminée, vous saurez qu’il vous en reste encore deux à écrire : un bon moyen d’éviter le « baby blues » ! Une amie a ainsi décidé de travailler sur plusieurs projets à la fois… comme ça, lorsque l’un d’eux est bouclé, elle a toujours du pain sur la planche.

Respirez l’odeur des pommes

Et si, décidément, aucune de ces propositions ne vous correspond mais que vous n’avez pas les moyens de faire comme Balzac qui, lui, réécrivait jusque sur le marbre des imprimeurs, vous pourriez avoir envie d’imiter Zadie Smith : dans le magazine Books, elle raconte comment elle a vécu le dernier jour d’écriture de son dernier roman. « J’ai débouché un bon sancerre que j’avais mis de côté et l’ai bu debout, la bouteille à la main, avant de m’allonger sur les pavés de mon arrière-cour et d’y rester un long moment, à pleurer. Il y avait du soleil, c’était la fin de l’automne et il y avait partout des pommes, blettes et puantes. »

[1] Il en a écrit 47 !

Qu’est-ce qui ne va pas dans mon texte ? (et comment l’améliorer)

 

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Ce texte, vous y croyez. Il vous a coûté du temps, de l’énergie et pas mal d’huile de coude. Pourtant, lorsque vous le donnez à lire autour de vous, vous rencontrez au mieux des regards fuyants ou des excuses genre « je l’ai lu très vite, je ne peux pas te dire… » En clair : vos lecteurs n’osent pas vous avouer qu’ils ont calé dès les premières lignes. Comment y remédier ?

Difficile, quand on se relit soi-même, de prendre suffisamment de recul pour apprécier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Par exemple : en tant qu’auteur, vous connaissez par cœur les tenants et aboutissants de votre récit et, de votre point de vue, tout est clair : les informations indispensables sont bien là, sur la page. Mais qu’en est-il du point de vue du lecteur ? Mettez-vous à sa place et vérifiez s’il  a bien tous les éléments pour comprendre ce que vous lui racontez.

Savoir doser les informations

Peut-être avez-vous fait un copié-collé quelque part et, en le reportant, avez-vous coupé un précieux morceau de texte ? Ou bien, en réécrivant entièrement le début, avez-vous supprimé des informations importantes qui auraient besoin d’être réinjectées dans le récit ? A l’inverse, une erreur fréquente est de vouloir à toute force mettre les points sur les i : par exemple, vous décrivez de long en large un paysage de désolation et terminez par « C’était vraiment un paysage désolé ! » On avait compris, merci. A la longue, rien de plus indigeste.

Identifier les motivations des personnages

Si vous ne savez pas pourquoi les personnages de votre fiction agissent comme ils le font, comment voulez-vous que le lecteur le devine ? Avant de vous lancer dans l’écriture, vous devrez donc vous demander ce qui les pousse à faire ceci ou cela, parfois au prix de leur vie. La plupart du temps, c’est pour combler un manque (d’attention, d’amour, d’argent…) Ce peut être aussi pour fuir une peur secrète qui va les pousser à éviter toute situation pour eux angoissante. Bien sûr, c’est dans une situation de ce genre que vous allez les plonger, c’est tellement plus excitant ! Vous n’êtes pas obligé de leur fixer des motivations élevées : untel peut vouloir gagner la course à l’échalote pour remporter son poids en chocolat. L’essentiel est que sa motivation soit claire pour vous, auteur, car cela se sentira dans ce que vous écrirez.

Donner du rythme

Vous abusez des phrases longues et le lecteur perd le fil ? Ou, au contraire, vous alignez les phrases très courtes, souvent non verbales et votre style paraît haché ? Savoir alterner phrases courtes et phrases longues apporte du rythme à un texte et évite la monotonie.  A l’échelle du récit, insérer un flash back ralentit le tempo, une ellipse  permet de l’accélérer.  Le tout est de trouver le bon dosage.

Savoir prendre du recul

Tout ça, c’est bien beau… mais vous avez tellement retravaillé votre texte que vous n’arrivez même plus à vous relire. Quelques trucs pour vous aider à prendre du recul : si vous n’avez encore travaillé qu’à l’écran, imprimez votre texte. Si vous êtes habitué à le lire dans votre tête,  relisez-le à voix haute. Essayez aussi de changer le caractère et le corps (la grosseur des caractères est indiquée par un numéro : 10, 12)… N’hésitez pas à bousculer vos habitudes : cela vous aidera à voir votre prose d’un œil neuf. Enfin, ne craignez pas de faire plusieurs lectures : la première pour avoir une vision globale (celle du lecteur quand il découvre le récit), la deuxième pour les questions de style et de ponctuation, la dernière pour l’orthographe.

Et si, après avoir relu-corrigé-vérifié tous les points ci-dessus, vous n’obtenez de vos relecteurs qu’un grognement distrait, demandez-vous si vous savez bien les choisir : les proches ne sont pas forcément les plus indiqués !

Vous avez besoin d’un œil extérieur sur vos textes ? Alice et les mots vous propose une relecture de votre manuscrit dès les 50 premières pages.

Qu’est-ce qui fait une nouvelle ?

© Dylan Foley

A l’Atelier de la nouvelle, on écrit des nouvelles, on lit celles des auteurs d’hier et d’aujourd’hui, on partage celles qu’on a écrites, on en discute… et on cherche à les améliorer.

Un personnage qui ne tient pas la route, des dialogues bancals, un point de vue flottant… tout apprenti-auteur y est confronté un jour ou l’autre et même des auteurs confirmés ont recours à des lecteurs extérieurs pour repérer ces écueils. La nouvelle vous réserve aussi quelques pièges qui lui sont propres : par exemple, comment dépasser le stade de l’anecdote pour en faire une histoire ?

Introduire une rupture

Une anecdote, c’est un petit fait du quotidien que vous racontez à un ami dans la file d’attente du cinéma ou au téléphone. Un exemple : en vous promenant dans la rue vous avez cru apercevoir quelqu’un que vous connaissiez et avez couru pour le rattraper. L’autre s’est retourné… ce n’était pas lui  ! Si vous rapportez les faits tels quels à l’écrit, vous aurez bien du mal à en faire une nouvelle. Vous obtiendrez un texte court, certes, peut-être même bien écrit mais qui ne contiendra rien qui éveille l’intérêt du lecteur.

Pour ressembler à une nouvelle, votre récit devra dépasser le stade de l’anecdote. Imaginons qu’à partir de l’exemple ci-dessus vous vouliez écrire une nouvelle à chute. Ce qui caractérise ce genre de nouvelle, c’est une rupture dans le quotidien : quelque chose se passe qui bouscule les habitudes, provoquant une « crise ».  Une nouvelle est une fiction, il est donc nécessaire de mettre en place tous les éléments propres à une fiction. Vous allez inventer un personnage qui aperçoit dans la rue quelqu’un qu’il croit reconnaître, puis vous demander quel pourrait être ici l’élément susceptible de déclencher une série de rebondissements menant à la fameuse chute…

Installer une tension narrative

A partir d’une situation donnée, vous allez faire en sorte d’installer une attente chez le lecteur, quelque chose qui lui donnera envie de continuer à lire pour savoir ce qui va se passer… Et si la silhouette aperçue dans la rue était celle d’une personne disparue depuis des années ? Voilà qui pourrait éveiller la curiosité du lecteur. Pour augmenter encore la tension, vous pouvez aussi imaginer que, pendant qu’il suit la silhouette en question, votre personnage s’aperçoit qu’il est lui-même suivi, ou que celui qu’il suit fait l’objet d’une filature par une tierce personne ! (d’accord, l’exemple est basique et vous pouvez certainement trouver mieux… mais vous avez compris l’idée). La tension narrative est au cœur des récits de fiction, et, dans le cas d’une nouvelle, c’est précisément la chute qui permettra de dénouer cette tension après que celle-ci aura atteint son point culminant.

(à suivre)

En mai, le stage Ecrire une longue nouvelle vous proposera d’élaborer une nouvelle par étapes en partant de différents moments-clés. L’objectif est de terminer le premier jet d’un récit d’une dizaine de pages.

Comment devient-on écrivain ?

Tout le monde* voudrait être écrivain. Vous, peut-être, qui avez un beau brin de plume et vous demandez de temps à autre comment faire pour devenir un professionnel de l’écriture. Parce qu’au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit…

Vous aimez écrire ? Votre entourage apprécie votre prose ? Vous rêvez parfois de vivre de l’écriture ? Alors, qu’attendez-vous ? L’inspiration ? Elle n’existe pas (ou si peu). D’avoir le temps ? Un stylo neuf ? Le Power Book dernière génération ? Une chaise à votre nom, comme les vedettes dans les films ? Oubliez tout cela.  Pour devenir écrivain, dit Stephen King*, il faut d’abord « lire beaucoup et beaucoup écrire ». Programme simple, basique. Et pro.

SOS manuscritPas un jour sans écrire

Beaucoup écrire, pour S. King, c’est écrire tous les jours : « Si je n’écris pas tous les jours, les personnages commencent à se rassir dans mon esprit : ils se mettent à avoir l’air de personnages et non plus de vraies personnes. Le tranchant narratif se rouille, je perds peu à peu mon emprise sur l’intrigue et le rythme de l’histoire. Pis que tout, l’excitation que je ressens à dévider quelque chose de nouveau commence à retomber. Ecrire devient fastidieux et, pour la plupart des écrivains, cette impression de travailler est le baiser de la Mort. On n’écrit jamais aussi bien — et ceci est toujours, toujours vrai — que lorsqu’il s’agit de jouer à une sorte de jeu inspiré. »

Travailler son endurance

Un « jeu » auquel S. King s’adonne sans répit : « Y compris le jour de Noël, le 4 Juillet** et le jour de mon anniversaire ». Paradoxalement, s’imposer des horaires de bureau lui permet de garder l’excitation du jeu ! Il n’est pas le seul dans ce cas : Neil Jomunsi, initiateur du projet Bradbury et auteur de nouvelles, rapporte que pour chacune des 52 nouvelles de son projet, il a écrit son premier jet de 9h 30 à midi puis de 14 h à… « jusqu’à ce que je m’écroule ». Amélie Nothomb, pour sa part, se lève tous les jours à 4 h du matin pour écrire jusqu’en fin de matinée. Joyce Carol Oates, Elisabeth George ou Haruki Murakami courent quotidiennement des kilomètres pour augmenter leur endurance… avant de se visser à leur chaise et à leur manuscrit.

Ecrire quand même

Ecrire a quelque chose à voir avec la course de fond : c’est la même persévérance, le même acharnement qui est mis en œuvre. Mais moi, me direz-vous, salarié à temps complet, comment pourrais-je tenir un tel rythme ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul dans ce cas : dans L’Art du suspense, Patricia Highsmith raconte qu’avant de publier son premier manuscrit elle avait un travail de bureau quelque part. Elle reprenait son manuscrit tous les soirs en rentrant chez elle. Tchekhov était médecin, Kafka inspecteur d’assurances, Didier Daeninckx a longtemps travaillé comme ouvrier imprimeur et Daniel Pennac, comme professeur… cumulant travail de jour et écriture. Leur secret ? Il est peut-être dans cette phrase de Murakami : « Je n’ai jamais eu la moindre ambition d’être romancier. J’ai juste eu le désir ardent d’écrire un roman » (3). Alors, ce manuscrit, quand vous y collez-vous ?

* pour être précis, disons presque tout le monde

(1) Ecriture, mémoires d’un métier (éd. Albin Michel).

(2) fête de l’Indépendance, jour férié aux USA

(3) Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, éditions 10/18

Si malgré tout vous n’arrivez pas à vous motiver tout seul, vous pouvez demander un suivi individuel ou quelques séances de coaching pour mettre votre manuscrit sur les rails…