Ecrire un premier roman

Terminer l’écriture d’un premier roman est en soi une petite victoire. On a découvert les pièges de la construction, les aléas de l’inspiration, les chausse-trapes du style et les crises de confiance. Qui dira les heures passées sur une ligne, une phrase, un paragraphe ?…  Alice et les mots a  recueilli les impressions de quelques talents prometteurs à l’issue de leur première expérience romanesque. Aujourd’hui : Jacqueline Dewerdt qui publie ces jours-ci « Un tilleul n’est pas un peuplier » aux éditions Zonaires.

 

Depuis quand écris-tu ?

J’ai commencé à écrire en 2008 en atelier d’écriture. Très vite j’ai aussi écrit chez moi et j’ai envoyé des textes à des concours de nouvelles. Un premier succès dès 2009 m’a encouragée à continuer.

Comment est née l’idée du roman ?

J’ai écrit un premier texte au cours d’un atelier par mail que tu as animé à l’été 2014 : « Ecrire avec Patrick Modiano ». Une nouvelle ratée. Trop de personnages, trop d’informations complexes, de mystères non résolus. Trop pour une nouvelle ? Pourquoi pas un roman ? Moi qui aime écrire court, voire très court, je me suis lancée tête baissée, sans plan de bataille, sans idée de ce qui allait advenir. Je découvre alors le plaisir de me laisser aller sans retenue à décrire en détail des lieux réels ou imaginaires, à inventer des personnages, de faux souvenirs, des scènes vivantes, émouvantes ou amusantes ! Un an plus tard, j’avais plus de quatre cents feuillets, mais des personnages encore un peu flous, et surtout pas de vraie histoire et aucune idée de sa fin. La rigueur devenait nécessaire si je voulais aboutir. Je me suis attelée aux fiches de personnages, synopsis, tableau de structure. Après un stage d’écriture et avec l’aide de l’Atelier du manuscrit*, j’ai élaboré une intrigue, structuré le récit, comblé les ellipses, coupé beaucoup de ces scènes que j’avais eu tant de plaisir à écrire et qui s’avéraient inutiles, pesantes ou redondantes. Et j’ai choisi une fin. Il restait encore à retravailler les mots, les phrases, le rythme, ce que j’aime par-dessus tout. Au total, deux ans et demi de travail journalier.

Dis-nous quelques mots au sujet du roman (le thème — sans dévoiler toute l’histoire, les personnages, l’ambiance…).

Secret de famille et quête d’identité sont au cœur du roman. Comment se construire quand on ne sait pas d’où l’on vient ?

En général, écris-tu en connaissant le dénouement d’une histoire ou le découvres-tu en écrivant ?

Il m’est arrivé d’écrire des nouvelles à partir de la fin, mais le plus souvent, j’ignore vers quoi je vais. Je laisse faire les personnages. Je les visualise, je les entends, je les écoute et je les suis. Je ne les dirige pas. Il m’arrive aussi, une fois le texte terminé, de tout chambouler, d’essayer un autre narrateur, un autre point de vue et de voir ce que cela donne. Aller vers l’inconnu n’est pas confortable, cela nécessite un lâcher-prise qui me convient. Et quand, au bout du compte, surgit une vraie surprise, quel plaisir !

Comment écris-tu : dans un cahier ou à l’ordinateur ? As-tu des rituels d’écriture ?

Au début, j’écrivais au crayon de bois sur papier, page de droite, une ligne sur deux. L’interligne servait aux petites corrections (je ne gommais pas), la page de gauche accueillait les ajouts ou corrections plus importantes. Peu à peu, l’usage de l’ordinateur s’est imposé et est désormais exclusif. Je garde beaucoup de versions différentes de mes textes mais je m’y réfère très rarement. Je n’ai pas de rituel, sans doute parce que j’écris dans des lieux différents. J’aime beaucoup, par exemple, écrire dans les trains.

Quel est ton rythme d’écriture ? Combien d’heures par jour/ par semaine ?

Quand j’ai un projet en cours, j’écris tous les jours, au moins une heure, le plus souvent deux ou plus. La fin d’après-midi a ma prédilection. C’est mon cinq à sept ! Mais comme j’ai de multiples activités, je m’adapte.

Comment fais-tu les jours « sans » ? Quels sont tes « trucs » pour affronter la page blanche ?

Si un projet est en cours, pas de problème de page blanche, j’écris. Je pars du principe que je ne peux pas écrire la page du siècle chaque jour, alors peu importe ce que j’écris. En partant de l’existant, des lignes écrites la veille, que je relis ou non, en développant des notes prises la nuit (ou n’importe quand. Dans mon carnet mais surtout sur des bouts de papiers dont le carnet est plein).

Quand un projet est terminé sans que la relève soit assurée, comme en ce moment, je n’écris pas. Mais des idées tournent dans ma tête, mûrissent tout doucement ; les petits papiers s’accumulent. Le jour où une forme se présentera, je m’y remettrai.

As-tu des thèmes de prédilection ?

Les histoires de famille, les failles d’identité, les deuils impossibles, les exclus. J’aime les souvenirs d’enfance, les miens ou ceux des autres, j’aime y chercher ce qui éclaire le présent.

Qu’est-ce que la fréquentation des ateliers d’écriture a apporté à ta pratique ?

Tout, et ce n’est pas une facilité de le dire. Sans les ateliers, je n’aurais pas écrit, je n’aurais pas publié. Le travail en atelier m’a apporté le plaisir, la confiance, et des techniques. Les propositions de thèmes et de formes m’ont permis d’expérimenter et de trouver mon style et mes formes de prédilection. L’atelier de suivi de manuscrit m’a soutenue dans la durée et permis de dépasser les difficultés.

* l’Atelier du Manuscrit animé par Alice et les mots de 2013 à 2017 proposait un travail en groupe et un suivi individuel de chaque projet sur une période de dix mois, de septembre à juin.

Vous pouvez commander le roman de Jacqueline Dewerdt directement sur le site des éditions Zonaires.

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En 2018, écrivez plus souvent !

Difficile dans une journée de 24 heures d’arriver à se poser pour écrire. Comment s’organiser ? Comment mettre en place les conditions favorables à l’écriture ?

Débranchez-vous !

Avez-vous pensé à débrancher internet ? « Je ne tweete qu’une demi-heure par jour, déclare Joyce Carol Oates, car je suis prise par mes travaux d’écriture tous les jours de 7 heures à 13 heures. » Même si vous ne prétendez pas écrire un best-seller par an, essayez de vous couper des réseaux sociaux ne serait-ce qu’une heure par jour… Si vous n’y arrivez pas, revoyez vos priorités.

Fixez-vous des objectifs d’écriture

Vous pouvez décider d’écrire un certain nombre d’heures par semaine ou un nombre minimum de mots par jour (600 ou 700, par exemple). N’ayez pas les yeux plus gros que le ventre : si vous ne pouvez  dégager qu’une heure ou deux par semaine, ne vous lancez pas dans l’écriture d’une saga ! Fixez-vous des objectifs réalistes, faute de quoi vous risquez de vous sentir écrasé.e par l’ampleur du projet et tenté.e d’abandonner !

Luttez contre la procrastination

La télé ou les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à être chronophages ! Faites le point sur le temps passé quotidiennement pour chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : vous trouverez bien moyen de gagner une demi-heure pour écrire, du moins si vous en avez vraiment envie. Et si vous craquez, lisez cet article de la revue Sciences humaines : preuve que, de tout temps, les écrivains (et non des moindres) ont inventé toutes sortes de rituels pour retarder le moment de se mettre au travail !…

Pour oublier l’angoisse de la page blanche, l’atelier du mardi « Débloquer l’écriture » vous propose 6 séances à partir du 27 février.

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Savoir se relire

 

Vous avez terminé le premier jet de votre manuscrit et vous vous préparez à aborder l’étape délicate de la relecture. Prenez garde cependant à ne pas créer de nouvelles erreurs en croyant améliorer votre copie !

Si vous retravaillez directement à l’écran, les occasions ne manquent pas de créer des erreurs . Par exemple, vous supprimez un paragraphe en oubliant qu’il contenait un dialogue indispensable à la compréhension du chapitre suivant… Vous faites un copié-collé quelque part et, en le reportant, vous  coupez un morceau de texte… Vous inversez l’ordre des chapitres, sans vérifier que le chapitre trois faisait entrer en scène un nouveau personnage qui, de ce fait, se trouve déjà là au chapitre deux… Vous réécrivez entièrement le début de votre manuscrit et supprimez ainsi des informations importantes pour la suite du récit… Ou encore, vous décidez de changer de point de vue, mais vous oubliez de le faire pour certains chapitres qui restent écrits dans le point de vue précédent.

Comment éviter d’en rajouter ?

Si vous avez l’habitude de travailler directement sur écran, imprimez votre premier jet : cela vous aidera à prendre du recul et, crayon en main, vous pourrez barrer, corriger, annoter sans que cela prenne une valeur définitive. Vous vérifierez avant de reporter vos corrections que vous ne créez pas ainsi de nouvelles erreurs fatales. Vous préférez vous relire à l’écran ? Ne cédez pas à la tentation de retravailler au fur et à mesure de la relecture. Faites une copie de votre texte, que vous baptiserez d’un autre nom et que vous relirez en notant sur une feuille à part les améliorations à apporter (page tant, revoir le dialogue ou page tant, la voix narrative a changé). Puis, reportez-les sur la copie de votre premier jet. Ainsi, vous garderez une trace de votre première version et pourrez comparer en cas de besoin.

Faites relire par des tiers

Un dernier conseil : faites relire votre manuscrit autour de vous. Mais ne le confiez pas à n’importe qui ! Par exemple, votre entourage peut être bien intentionné mais ne pas trouver les mots qui vous aideront à  progresser. Cherchez des relecteurs qui auront suffisamment de recul et un regard critique pour identifier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Et si, décidément, vous ne trouvez personne pour vous relire, nos ateliers individuels vous proposent différentes solutions  !

Trouver un éditeur

Trouver un éditeur pour son premier roman en l’envoyant par la Poste est pour beaucoup d’auteurs un rêve impossible. Quand elle a commencé à faire le tour des éditeurs, Dany Le Du s’attendait elle aussi à une traversée du désert. Mais le rêve est devenu réalité.

Tu as commencé par sélectionner les éditeurs à qui tu allais proposer ton manuscrit. Comment t’y es-tu prise ? Sur quels critères ?

Mon roman est le premier tome d’une saga, historique, familiale et normande. J’ai donc croisé ces quatre termes dans une recherche Google / Fnac. Plus de 200 titres sont sortis, liés à une cinquantaine d’éditeurs. J’ai fait une première sélection en consultant les quatrièmes de couverture et en choisissant les ouvrages que je pourrais avoir envie de lire. Il en est resté une cinquantaine. J’aurais bien aimé connaître leur tirage et leurs ventes mais je n’ai pas trouvé d’infos. J’ai alors fait une recherche dans les bibliothèques de Paris et de Lyon pour savoir s’ils avaient ces ouvrages. Une trentaine de titres sont apparus et je n’ai gardé de ma liste précédente que les éditeurs qui les avaient publiés, une vingtaine environ. Plus les éditions des Falaises, un éditeur normand qui publie des beaux livres, des polars et des romans sur la Normandie, et que j’avais déjà repéré en interrogeant la base de données des éditeurs normands.

Au bout du compte, à qui as-tu envoyé ton manuscrit ?

J’ai choisi les éditeurs qui acceptent les PDF. Ils ne sont pas nombreux : huit, dont les éditions des Falaises. Je reconnais que c’était une sélection arbitraire ! Mais j’ai du mal à comprendre pourquoi les éditeurs continuent à demander des envois papier de la totalité du texte. Ils ne se préoccupent pas du coût que cela représente pour les auteurs, pour les arbres et pour le transport, alors que la plupart de ces manuscrits finissent à la poubelle sans jamais avoir été lus au-delà du premier chapitre… puisque tout le monde sait que ce sont les premières pages qui décident du sort de l’ouvrage. Proposer l’envoi de fichier me semblait indiquer que l’éditeur se souciait un tantinet de ses auteurs.

Comment s’est passé le premier contact avec celui qui allait devenir ton éditeur ?

C’était le seul qui donnait son mail perso (les autres proposaient des formulaires d’envoi). Je lui ai donc envoyé un simple message qui disait : j’ai écrit une saga en trois tomes qui se passe en Normandie, est-ce que cela peut vous intéresser ? Et, dans le corps du mail pour qu’il n’ait pas à cliquer sur une pièce jointe, j’ai mis le synopsis de la saga et du premier tome, le tout ne dépassant pas un feuillet (1). Dès le lendemain m’est parvenue sa réponse : « Oui, je veux bien lire, envoyez-moi le PDF » ! Un mois plus tard, j’ai reçu un mail qui disait : « Je lis votre roman avec beaucoup de plaisir, j’en suis à la moitié, je vous appelle dès que j’ai fini ». Je lui ai alors proposé le synopsis du tome 2 et, dès la semaine suivante, il me donnait son accord. Bingo !

Et avec les autres éditeurs ?

Dans la foulée, j’ai fait le même envoi aux autres éditeurs sélectionnés, cette fois sur le formulaire d’envoi, avec l’ensemble du texte et sans mot d’accompagnement puisque cela n’était pas prévu par le format du protocole.

Parmi les éditeurs parisiens, celui qui me tentait le plus (Les Presses de la Cité, spécialiste du genre et gros tirages) avait refusé rapidement. Deux autres avaient également décliné, me renvoyant sur un partenaire faisant de l’autoédition. Puis ce furent des lettres types, deux mois plus tard.

As-tu un conseil à donner aux auteurs qui envoient pour la première fois un manuscrit à un éditeur ?

Je leur conseillerais de lire d’abord très attentivement les informations et les conseils de Luc Deborde du site* Humanis.

* Où vous apprendrez, entre autres, que le pire moment pour envoyer son manuscrit est le mois de janvier (les éditeurs préparent la rentrée littéraire d’hiver). C’est pourtant celui où tous les auteurs font leurs envois aux éditeurs ! Faites passer le message…

Le tome 1 d’Une saga normande sera publié en janvier 2018 aux éditions des Falaises. Dany Le Du a écrit les deux premiers tomes dans le cadre de l’Atelier du Manuscrit proposé par Alice et les mots.

 

(1) Soit 1500 caractères, espaces compris

Nourrir son inspiration

Existe-t-il des moyens de provoquer l’inspiration ? Est-il possible de l’entretenir sur le long terme ? Oui, répond Ray Bradbury. L’un des auteurs les plus prolifiques du vingtième siècle nous explique comment nourrir et faire grandir sa Muse.

Dans « Le zen dans l’art de l’écriture », l’un de ces ouvrages magiques que tout apprenti-auteur et tout auteur tout court se doit d’avoir dans sa bibliothèque, Ray Bradbury fait partager son bonheur d’écrire et transmet quelques clés pour développer sa créativité. Celle qu’il appelle « la Muse » est, affirme-t-il, la plus craintive de toutes les vierges. On le croit sans peine, mais alors comment faire pour l’apprivoiser ?

Pour Bradbury, la réponse est simple : cette Muse est perpétuellement affamée. Il faut donc la nourrir, mais pas avec n’importe quels aliments.

Le menu complet

Voici le menu que Ray Bradbury suggère à tout écrivain qui veut alimenter son inspiration :

– lire de la poésie chaque jour de sa vie. Parce qu’elle développe les sens et les maintient au top, qu’elle est un concentré de métaphores et de comparaisons, un réservoir d’idées, et parce que, ajoute Bradbury, elle fait travailler des muscles dont on ne se sert pas suffisamment. Il n’est pas regardant sur le type de poésie, du moment qu’elle vous fait hérisser les poils des bras !

– lire des essais. Cherchez des livres qui améliorent votre sens des couleurs, votre sens des formes, et prenez la mesure du monde, dit encore l’auteur. Parce que si vous voulez persuader votre lecteur qu’il est , vous devez assaillir chacun de ses sens (…).  Lisez indifféremment des essais sur l’élevage des paons, la calligraphie chinoise, l’art culinaire ou le chant des baleines : c’est bon pour votre Muse et, même si vous ne comprenez pas tout, vos cellules s’imprègnent et emmagasinent à votre insu ce qui ne demandera, le moment venu (parfois des années après) qu’à resurgir ;

– lire de la fiction, bien sûr (romans, nouvelles…) : d’abord les auteurs qui écrivent comme vous aimeriez écrire, pensent comme vous aimeriez penser, et aussi ceux qui n’écrivent pas et ne pensent pas comme vous : cela vous ouvrira des horizons.

Rien ne se perd

Enfin ne craignez pas non plus, ajoute Ray Bradbury, d’être vus en étrange compagnie. Nourrir sa Muse, c’est être en perpétuelle recherche de ce que l’on aime profondément (…) c’est évoluer de textures simples, naïves, peu intellectuelles, à des textures plus complexes, plus averties, plus cérébrales… En clair : vous aimez les bandes dessinées, la littérature « de genre », les films d’horreur ? Ne vous en détournez pas sous prétexte que vous devez nourrir votre Muse car celle-ci profite de tout ce qui alimente Votre Moi Le Plus Original (sic). Lequel n’est pas monobloc et peut apprécier tout autant Michel-Ange et les mangas, Stephen King et Kafka, une fanfare et une symphonie… Et parce que notre subconscient peut être comparé à un immense entrepôt où nos expériences les plus fortes attendent que nous les fassions remonter à la surface, il serait dommage de succomber au snobisme et de se priver de certaines sensations. D’ailleurs, aime-t-on les mêmes choses à tous les âges de la vie ?

Jetez-vous à l’eau

Tout cela, bien entendu, ne servira jamais à rien si, une fois que vous aurez nourri votre inspiration, vous ne vous acharnez pas à lui donner une forme. Et là, pas de secret : le seul moyen d’y arriver c’est d’écrire jour après jour, année après année ; de vous jeter sur votre stylo ou votre clavier dès que surgit l’inspiration naissante… bref, de vous y coller. Là, maintenant. Tout de suite.

Vous voulez écrire mais vous n’osez pas vous lancer ? Vous écrivez déjà et souhaitez démarrer un projet d’écriture, mais vous ne savez pas par où commencer ? Vous aimeriez écrire et échanger autour de l’écriture avec d’autres passionnés ? Découvrez les ateliers d’écriture proposés par Alice et les mots : les inscriptions pour la rentrée sont ouvertes !

 

 

 

Comment démarrer ?

Dans votre tête, les idées se bousculent. C’est au moment de poser les mots sur la page que ça se complique. Par où commencer ? Suivez les conseils d’Hemingway…

« Ce qu’il faut c’est écrire une seule phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraie que tu connaisses » affirme l’écrivain américain dans Paris est une fête. Hemingway résume ainsi son credo en matière d’écriture : trouver « la » phrase puis  « continuer à partir de là. » Début mars 1923, il le met en pratique à travers une série de textes en prose qui seront réunis et publiés en 1924 sous le titre De nos jours. Il reprend ainsi un projet auparavant baptisé Paris 1922, dont le manuscrit lui avait été volé dans le train ! écrire à parisIl écrit : « Ils fusillèrent les six ministres à six heures du matin contre le mur de l’hôpital. Il y avait des flaques d’eau dans la cour. Des feuilles mortes flottaient sur les pavés. Il pleuvait fort. » Ou encore : « En 1919, il voyageait sur les chemins de fer italiens, porteur d’un carré de toile cirée provenant du bureau central du parti et où il était écrit, au crayon à encre, que c’était là un camarade qui avait beaucoup souffert sous les Blancs à Budapest et demandant aux camarades de l’aider par tous les moyens. Cela lui servait de billet. Il était très timide et encore très jeune, et les employés des chemins de fer se le repassaient d’une équipe à l’autre. Il n’avait pas d’argent, alors ils lui donnaient à manger derrière le comptoir des restaurants de gare (…) »

Tous ses textes sont une leçon pour l’apprenti-auteur qui se demande comment démarrer un récit : dans les extraits ci-dessus, l’accroche est percutante, sans graisse, dramatisée. Autre ambiance mais tout aussi frappante et remarquable par son économie de moyens, l’incipit de Paris est une fête : « Et puis, il y avait la mauvaise saison. Elle pouvait faire son apparition du jour au lendemain, à la fin de l’automne. Il fallait alors fermer les fenêtres, la nuit, pour empêcher la pluie d’entrer, et le vent froid arrachait les feuilles des arbres, sur la place de la Contrescarpe (… ) ». On ne s’en lasse pas.


Créer un personnage

« De tous les éléments composant un roman, le personnage est vraisemblablement, et de loin, le plus important » écrit David Lodge dans L’Art de la fiction. « Les personnages font l’histoire » affirme de son côté Elisabeth George dans Mes secrets d’écrivain. Mais qu’est-ce que le lecteur attend d’un personnage ? Qu’est-ce qui le rend mémorable et comment faire pour créer à notre tour des personnages dont chacun se souviendra longtemps ?

Même quand ils sont porteurs d’une histoire proche de la nôtre, même quand ils ressemblent à de « vraies gens », les personnages de fiction sont différents de nous car ils font l’expérience d’un temps autre : le temps de la fiction. Et c’est ce qui en fait la magie. Par eux, nous accédons à une autre dimension, nous pouvons passer d’un jour à l’autre par la grâce d’un point-virgule ou franchir des années-lumière en changeant de chapitre, revivre des moments à jamais envolés, bondir en avant de plusieurs siècles… ou vivre simultanément plusieurs vies. Mais toute magie a ses codes et, au moment de créer un personnage, l’auteur cherchera la meilleure manière de provoquer l’empathie du lecteur. Pour que même le personnage le plus abject retienne son attention  jusqu’à la fin de l’histoire…

Six façons de créer un personnage

Pour présenter leurs personnages, les romanciers classiques usaient d’une description physique accompagnée d’une biographie succincte. Les modernes quant à eux préfèrent les présenter à travers leurs paroles et leurs actions. Aux Etats-Unis, certaines écoles de creative writing conseillent carrément aux apprentis auteurs… de fouiller les poubelles de leurs personnages ! Leur contenu serait révélateur de leur personnalité. Ou d’utiliser le questionnaire de Proust et d’imaginer ce que leurs personnages répondraient. Les auteurs américains ne craignent pas de puiser dans les archétypes (entre autres, parmi les figures de la tragédie antique… oui, les mêmes qui vous ont tant barbé pendant vos années de lycée). Et pourquoi ne pas jouer avec les stéréotypes, en les détournant pour y introduire un élément inattendu et décalé ? Les auteurs de polar en particulier ont su créer quelques beaux personnages de flics poètes ou « pelleteurs de nuages » (ainsi Fred Vargas désigne-t-elle son héros, le commissaire Adamsberg)… quand ils ne sont pas atteints d’Alzheimer ou porteurs de quelque lourd passé (Wallander, le héros de H. Mankell, perd des pans de mémoire dans sa dernière enquête ; de son côté, le détective privé Selb, héros de B. Schlink et W. Popp, est un ancien juge nazi). Les scénaristes, quant à eux, ne sauraient travailler sans la « bible » qui présente chaque personnage en détail, sa manière de s’exprimer, de marcher, de s’habiller, ses manies et ses phobies, son passé et ses relations avec les autres personnages…

Faites-le parler

Les mots que nous employons révèlent notre caractère comme notre milieu. C’est pareil pour vos personnages, mais attention : ils ne doivent pas parler comme vous, ni comme les autres personnages. La personnalité de chacun doit transparaître à travers ses réflexions autant qu’à travers ses gestes, dans le langage qu’il emploie mais aussi dans le ton, la façon de relier les phrases entre elles, les idiosyncrasies, les mots d’argot, etc. Soignez vos dialogues : c’est un outil précieux pour caractériser vos personnages et un bon moyen de dynamiser un récit.

Le stage du 26 février vous propose une journée complète sur les différentes manières de créer un personnage. Renseignements, inscriptions : contact@alicetlesmots.fr

*L’Art de la fiction est publié aux Editions Rivages, Mes secrets d’écrivain aux Presses de la Cité

Ecrire un premier roman

Terminer l’écriture d’un premier roman est en soi une petite victoire. On a découvert les pièges de la construction, les aléas de l’inspiration, les chausse-trapes du style et les crises de confiance. Qui dira les heures passées sur une ligne, une phrase, un paragraphe ?…  Aujourd’hui : Mip Ruberto-Sanquer, auteure de « L’Aura noire », roman de fantasy dont le premier tome paraît le 26 janvier aux éditions Scrineo.

Depuis quand écris-tu ?

J’ai commencé il y a une quinzaine d’années, quand j’attendais mon fils. Longtemps, j’ai écrit seule dans mon coin. Jusqu’au jour où je me suis inscrite à un Atelier d’écriture proposé par Laure Pécher* qui portait sur Les techniques du roman. Cette rencontre a tout déclenché ! Non seulement j’y ai croisé d’autres passionnés d’écriture qui depuis sont devenus des amis chers, mais j’ai aussi appris à structurer mes récits et à élaguer mon écriture. Un vrai cadeau du ciel !

Comment écris-tu : dans un cahier, à l’ordinateur ou les deux ? As-tu des rituels d’écriture ?

J’adore me préparer une bonne théière pour démarrer une phase d’écriture. C’est un plaisir, comme pour un rendez-vous gourmand : je vais retrouver mes personnages ou tenter de résoudre une intrigue qui refuse de se laisser faire en dégustant un bon thé. Je commence toujours le premier jet au stylo sur des feuilles blanches volantes que je numérote au fur et à mesure.

La page blanche est une amie, elle m’offre l’espace pour installer les scènes, sans l’obligation de suivre de ligne pré-tracée. C’est un espace ouvert où tout peut se jouer et j’adore cette sensation, que l’histoire n’attend que de se déployer.

Ensuite, une fois le scénario arrêté, je recopie le texte à l’ordi. Commence alors la seconde phase de travail sur le style et la musique des mots.

Quel est ton rythme d’écriture ? Combien d’heures par jour/ par semaine ?

C’est le matin au réveil que j’ai l’esprit le plus clair. Je passe au moins trois heures par jour à écrire, sauf pendant les vacances où le break est total.

Comment fais-tu les jours « sans » ? Quels sont tes « trucs » pour affronter la page blanche ?

Les jours « sans » ne sont pas des jours où la page reste blanche, mais plutôt des jours où ce que je sors est « médiocrissime ». D’ailleurs, ce n’est pas forcément une perte de temps : on peut toujours retravailler ce qui est mauvais. Jamais ce qui n’existe pas!

As-tu des thèmes de prédilection ?

La fiction, la fantasy, les mondes imaginaires. J’ai récemment lu une interview de JK Rowling qui parlait des thèmes récurrents de ses romans : ostracisme et exclusion. Moi, j’aime bien le fait que mes héros ne lâchent pas l’affaire malgré les obstacles. L’idée qu’on puisse se sortir de ses ennuis à force de détermination, me parle assez.

Comment est née L’Aura Noire ?

Je porte cette histoire depuis le siècle dernier ! Je venais d’achever la lecture du Chant de la Belgariade de Eddings, en six tomes. Et je me suis sentie très triste de quitter ces héros qui étaient devenus des amis. Ce vide a soudain été comblé par mon imagination : je me suis trouvée transportée dans le monde de la Terre Arcane. Une saga est née ce jour-là mais je ne le savais pas encore.

Dis-nous quelques mots au sujet de ton personnage…

Louyse est une jeune apprentie sorcière frappée par une malédiction qu’elle va affronter entourée de sa bande de copines. C’est une héroïne qui ne veut pas l’être, qui refuse son rôle de Sentinelle dans un monde post-apocalyptique baigné de magie et d’écologie. Avec ça, elle tombe amoureuse alors que la malédiction vise et tue précisément tous ceux qu’elle aime !

Quelles sont les principales contraintes auxquelles tu t’es confrontée en écrivant ce roman ?

Une des contraintes du récit pour adolescent ou jeune adulte est d’adapter l’écriture pour ce public, de trouver le ton juste des dialogues tout en collant au contexte de l’univers. Mais j’ai un garçon de quatorze ans, ce qui aide.

Quels sont tes projets à présent que ce premier roman est terminé ?

L’Aura Noire est une histoire à part entière, mais je n’exclue pas l’idée d’une suite !

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Mip en Nouvelle-Zélande devant un trou de hobbit, source d’inspiration…

L’Aura Noire sort officiellement le 26 janvier 2017 et sera disponible en librairie sur tout le réseau national. Vous pouvez d’ores et déjà le réserver sur les sites marchands classiques (Fnac, Gibert, Leclerc…) et rencontrer l’auteure samedi 28 janvier à la Halle Saint-Pierre à Paris 18ème.

*agent littéraire pour l’agence Astier-Pécher

 

Résolution n°1 : écrire tous les jours

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Comme chaque nouvel an, les bonnes résolutions pointent le bout de leur nez. Puis l’année passe… On les oublie.  Mais cette fois-ci, promis juré, on va tenir ! Parce qu’il y a plein de raisons d’écrire tous les jours de l’année.

Ecrire tous les jours stimule la créativité

Si on écrit tous les jours, les idées surgissent plus facilement. Un truc pour vous faciliter les choses : gardez en permanence un carnet de notes sur vous, vous ne pourrez plus vous en passer. Au bout de 365 jours, vous aurez une moisson de textes…

Ecrire tous les jours vaccine contre l’angoisse de la page blanche

N’attendez pas l’inspiration, elle est si capricieuse ! Écrire chaque jour, même peu, vous prouvera que vous n’avez pas besoin d’être inspiré pour écrire. Plus vous aurez l’habitude d’écrire, plus ce sera facile… et les risques de blocage diminueront à proportion : adieu l’angoisse de la page blanche !

Ecrire tous les jours  permet de se renouveler

La plupart des auteurs pratiquent une seule forme d’écriture : roman, nouvelle, autobiographie, écriture de scénario ou de chanson… Écrire tous les jours permet de frotter sa plume à des champs littéraires différents. Votre temps est limité ? Essayez les formes brèves : poème, micro-fiction, haiku… Si vous êtes plutôt un habitué du genre autobiographique, essayez la fiction : écrivez une nouvelle ou un conte fantastique. Si vous peinez sur un roman, changez-vous les idées le temps d’écrire un poème, une chanson, une micro-nouvelle… Sortez de vos rails et n’ayez pas peur de l’inconnu !

Ecrire tous les jours combat le perfectionnisme

Stendhal disait : « Ecrire chaque jour, génie ou non ».  Quelques pages d’écriture  « sans génie»  ne seront pas du temps perdu, au contraire : écrire, même peu, même des choses sans importance, entretient l’envie d’écrire ! Méfiez-vous du perfectionnisme qui peut devenir une entrave. Vous n’êtes pas obligé de produire chaque jour un texte de concours…

Ecrire tous les jours fait progresser un manuscrit

Tous les écrivains vous le diront, s’il est une « recette » et une seule pour terminer un manuscrit, c’est bien celle-là : écrire chaque jour, peu ou beaucoup (c’est selon). Mais chaque jour. Vous resterez ainsi proche de vos personnages, vous ne vous noierez pas dans l’intrigue et surtout, vous risquerez moins de perdre l’élan, la motivation nécessaires à l’écriture d’un manuscrit au long cours !…

Pour vous aider à repartir du bon pied, le stage de remise en forme créative du 22 janvier vous propose de faire l’écriture buissonnière : une journée entière pour redonner du punch à votre écriture… en vous amusant !

Ecrire la suite

femme écrivant

Vous avez profité des vacances pour avancer dans l’écriture de LA super-histoire que vous portiez en vous depuis des mois… Après avoir couvert des pages et des pages dans l’enthousiasme et le bonheur, arrivé au beau milieu du récit… c’est le trou noir ! Vous n’avez aucune idée de comment continuer.

Si jusqu’ici vous avez produit sans faillir un certain nombre de pages, peut-être avez-vous simplement besoin de faire une pause : deux-trois jours de balade le nez au vent, un bon film, un pot entre copains, une virée à la mer… Choisissez ce qui vous convient à vous, ce qui vous permettra de recharger vos batteries tout en faisant le vide dans votre esprit. L’important est de ne plus penser à ce que vous faisiez la veille pour mieux y revenir le surlendemain.

Relancer l’action

Si vous êtes bloqué et que le blocage s’éternise, il n’y a pas à hésiter : vous devez trouver un moyen de relancer l’action. Par exemple, en ajoutant un nouvel obstacle qui va obliger vos personnages à bouger. Ou en imaginant un retournement de situation. Surprenez-vous vous-même !

Il se peut aussi que vous ayez oublié en cours de route l’intrigue que vous aviez si soigneusement élaborée : prenez du recul, relisez vos notes et demandez-vous si, à cet endroit-là, vous n’avez pas fait fausse route en envoyant votre personnage dans cette direction. Est-ce que c’est cohérent avec l’intrigue et avec ce que vous savez du personnage ? Est-ce que cela apporte réellement quelque chose au récit ? Est-ce que cela le fait avancer ?

Se poser les bonnes questions

Il se peut enfin que vous n’ayez pas élaboré d’intrigue : vous avez démarré sur une idée qui vous plaisait,  parce que pour vous il n’y a rien de mieux que de découvrir l’histoire en l’écrivant… Pourquoi pas ? de grands romanciers procèdent ainsi et s’en sortent fort bien. Quand je commence à écrire, confie Haruki Murakami, je n’ai aucun plan. Ma tête est vide. J’avance à l’aveuglette dans mes propres ténèbres. Pour IQ84, j’avais la première scène : dans un taxi pris dans les embouteillages à Tokyo en écoutant de la musique classique. Je ne sais pas ce qui va se passer dans mon roman. J’ai simplement confiance dans le fait que je pourrai le finir. J’ai confiance, mais je n’ai pas encore d’histoire !

Votre problème, à vous, c’est de ne pas vous enliser dans un récit qui piétine. Si vous en êtes à la moitié, vous avez déjà une histoire, n’est-ce pas ?  Il pourrait donc être utile de relire tout ce que vous avez écrit et de vérifier quelles sont les grandes lignes de votre récit. Que voulez-vous raconter ? Qui sont les personnages et quelles sont leurs interactions ? Imaginez que vous vouliez résumer cette histoire à un enfant de dix ans, comment feriez-vous ? Vous poser toutes ces questions vous amènera à préciser vos intentions et vous aidera à trouver vers où vous voulez aller.

Besoin d’aide pour avancer dans l’écriture d’un récit ? Alice et les mots vous propose différentes formules d’accompagnement individuel ou de travail en groupe : consultez le programme de la rentrée 2016.