La nouvelle en 6 points-clés

écrire à paris

© Prayitno

Pour écrire une nouvelle, une bonne idée ne suffit pas : vous devez travailler les personnages, l’accroche et la chute, choisir un point de vue, insérer des dialogues, varier le rythme du récit…

Les personnages font l’histoire

Pas de bonne histoire sans de bons personnages ! Même s’ils sont moins fouillés dans une nouvelle que dans un roman, le lecteur doit pouvoir y croire. Et pour les faire exister, rien de tel que de leur trouver des motivations solides ! Est-ce que le lecteur comprend ce qui est important pour votre personnage, ce qui le motive et le fait avancer dans la vie ET dans le récit que vous écrivez ? Peut-on percevoir jusqu’où il est prêt à aller pour obtenir ce qu’il veut ?

Qui raconte ? De quel point de vue ?

Tout récit de fiction est raconté par un narrateur, une « voix » qui n’est pas la vôtre, personne physique qui écrit à sa table. Quel point de vue cette « voix » va-t-elle adopter ? Vous ne raconterez pas un meurtre de la même façon selon que vous le racontez du point de vue de l’assassin, de la victime ou de l’enquêteur. Vous choisirez donc le point de vue qui vous permettra de présenter l’histoire de la meilleure façon possible.

Soignez l’accroche et la chute

Votre nouvelle entre-t-elle tout de suite dans le vif du sujet ? Le lecteur doit-il subir un long préambule ou une description à rallonge ? Attention : la nouvelle, c’est l’art du blanc, de l’ellipse, alors ne surchargez pas et surtout pas d’entrée de jeu. Pour écrire la chute, demandez-vous si vous avez bien tenu compte des motivations des personnages. Le personnage principal a-t-il obtenu ce qu’il voulait et sinon, qu’est-ce que cela implique pour lui ? Votre dénouement en dépend. Enfin, la chute provoque-t-elle une émotion chez le lecteur ?

Variez le rythme

Une nouvelle doit pouvoir se lire d’une traite, ce qui ne veut pas dire que le rythme du récit doit être monotone. Au contraire, voyez si vous pouvez le varier en introduisant, par exemple, une ellipse là où un épisode complet n’est pas indispensable à la compréhension d’ensemble. Vérifiez s’il n’y a pas des longueurs, comme un excès de descriptions ou des passages explicatifs que vous devrez supprimer. La nouvelle ne doit pas comporter un mot de trop. Enfin, demandez-vous quels sont les temps forts de votre nouvelle  et s’ils contiennent des éléments qui amènent le dénouement.

Faites parler les personnages

Avez-vous introduit des dialogues dans votre récit ? Une nouvelle entièrement sur le mode narratif peut paraître monotone, sauf si vous avez pris le parti de rester d’un bout à l’autre dans l’intériorité du personnage. Pensez à varier les voix des personnages : ils ne parlent pas comme vous, et ils ne parlent pas non plus tous de la même façon ! Les dialogues ne doivent pas non plus prendre le pas sur la narration, et dans tous les cas ils doivent faire avancer le récit.

Le premier jet, enfin…

Vous avez l’idée de départ, une situation, des personnages… peut-être même la chute ? Il vous reste à démarrer. Le plus difficile, c’est d’écrire la première phrase ! Pour la trouver, déterminez quel sera l’élément déclencheur de votre histoire : c’est lui qui vous donne le « la ». Au fait, savez- vous ce que vous voulez raconter ? Alors, foncez ! Ne vous acharnez pas à réécrire tout de suite les premières lignes, vous aurez tout le temps de les retravailler une fois la nouvelle terminée. Le premier jet, c’est ni plus ni moins le brouillon de votre nouvelle.

L’Atelier de la Nouvelle proposé par Alice et les mots reprendra le jeudi 21 septembre avec un trimestre sur le thème : « 5 façons de démarrer une nouvelle ». Il est ouvert à toute personne intéressée par la nouvelle, aimant écrire et raconter.
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Des trucs et des tocs :

rituels d’écriture 

 page blanche

 

Colette n’écrivait que sur du papier bleu, Proust dans son lit. Sartre et Beauvoir travaillaient au café, Joyce Carol Oates et Elisabeth George courent des kilomètres avant de prendre la plume… A chacun ses rituels pour affronter la page blanche.

Certains écrivent très tôt le matin comme Amélie Nothomb ou Irène Frain, d’autres tard le soir comme Fred Vargas ou Philippe Jaenada. Parfois en suivant des horaires de bureau, comme Nina Bouraoui. En se fixant un nombre de mots précis par jour, toujours le même, comme Stephen King ou Ian Mac Ewan ; ou un nombre de pages, comme Philippe Djian qui écrit une page par jour mais qui, une fois terminée, est bonne à imprimer. Lydie Salvayre confie écrire n’importe où — exprès : « Plus c’est n’importe où, mieux c’est ». Et puis il y a ceux qui ne peuvent écrire qu’au beau milieu du désordre, ceux qui ont besoin d’une table rangée au centimètre près, ceux qui écoutent de la musique et ceux qui exigent un silence absolu, ceux qui écrivent debout, ceux qui écrivent dans leur lit…

Du rituel au « grigri »

Ce n’est pas parce qu’on est un auteur publié qu’on ne connaît pas l’angoisse de la page blanche ! Pour contourner l’obstacle, Colette écrivait sur papier bleu,  H.G. Wells avait deux stylos : l’un pour les mots longs, l’autre pour les mots courts, Kierkegaard ne prenait la plume qu’après un rituel compliqué durant lequel il ingurgitait un breuvage à base de café sucré au sherry, Carver s’isolait dans sa voiture… Stephen King travaille face à un mur pour éviter tout élément de distraction, Elisabeth George prépare sa copie avec un soin maniaque au point que le premier jet n’a de « premier » que le nom, Toni Morrison ne démarre pas l’écriture sans avoir regardé le soleil se lever depuis la fenêtre de sa cuisine…

Affronter le dragon

A chacun ses « trucs » et ses « tocs », ses frayeurs et ses obsessions. Nous voilà rassurés : l’écrivain est un humain comme les autres ! Son dragon, à lui, c’est l’écran vide ou la page immaculée. « Il faut apprendre à salir une page », écrit Dany Laferrière dans « Journal d’un écrivain en pyjama » qui conseille de commencer en écrivant « n’importe quoi » : « Ce que vous voyez devant vous (…) ou votre rêve de la nuit dernière ». C’est ainsi que l’on pratique en atelier d’écriture car, quel que soit le rituel, l’objectif est toujours d’arriver à enclencher le processus. Et vous, comment faites-vous ?

 

plume - copie

« Comme vous le savez, la question la plus fréquemment posée aux écrivains est la suivante : « Pourquoi écrivez-vous ? » J’écris parce que j’en ai envie. J’écris parce que je ne peux pas faire comme les autres un travail normal. J’écris pour que des livres comme les miens soient écrits et que je les lise. J’écris parce que je suis très fâché contre vous tous, contre tout le monde. J’écris parce qu’il me plaît de rester enfermé dans une chambre, à longueur de journée. J’écris parce que je ne peux supporter la réalité qu’en la modifiant. J’écris pour que le monde entier sache quel genre de vie nous avons vécue, nous vivons, moi, les autres, nous tous, à Istanbul, en Turquie. J’écris parce que j’aime l’odeur du papier et de l’encre. J’écris parce que je crois par-dessus tout à la littérature, à l’art du roman. J’écris parce que c’est une habitude et une passion. J’écris parce que j’ai peur d’être oublié. J’écris parce que je suis sensible à la célébrité et à l’intérêt que cela m’apporte. J’écris pour être seul. J’écris dans l’espoir de comprendre pourquoi je suis à ce point fâché avec vous tous, avec tout le monde. J’écris parce qu’il me plaît d’être lu. J’écris en me disant qu’il faut que je finisse ce roman, cette page que j’ai commencée. J’écris en me disant que c’est ce que tout le monde attend de moi. J’écris parce que je crois comme un enfant à l’immortalité des bibliothèques et à la place qu’y tiendront mes livres. J’écris parce que la vie, le monde, tout est incroyablement beau et étonnant. J’écris parce qu’il est plaisant de traduire en mots toute cette beauté et la richesse de la vie. J’écris non pas pour raconter des histoires, mais pour construire des histoires. j’écris pour échapper au sentiment que je ne peux atteindre tel lieu auquel j’aspire, comme dans les rêves. J’écris parce que je n’arrive pas à être heureux, quoi que je fasse. J’écris pour être heureux. »

Orhan Pamuk, La valise de mon papa