6 erreurs à éviter avant de se lancer dans l’écriture d’un manuscrit

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Vous avez l’idée, vous avez l’envie, un week-end prolongé et l’ordinateur qui vous tend les bras… Avant de vous lancer tête baissée dans l’écriture du roman de votre vie, réfléchissez aux erreurs que vous pourriez éviter.

1- démarrer sur les chapeaux de roue

Vous débordez d’idées, et vous ne doutez pas d’avoir terminé ce roman en trois mois (disons, six…). Malheureusement, au bout du 2ème chapitre c’est le trou noir. Pour éviter ça, ne vous embarquez pas sans biscuits ! Prenez des notes, listez vos personnages, demandez-vous quelles sont leurs motivations, interrogez-vous sur les différents éléments de l’intrigue, choisissez un narrateur et un point de vue qui vous permettront d’écrire la meilleure histoire possible…

2- avoir les yeux plus gros que le ventre 

Si vous ne pouvez  dégager qu’une heure ou deux par semaine pour écrire, vous lancer dans une trilogie n’est pas une bonne idée et vous risquez de vous sentir écrasé par l’ampleur du projet ! Pour éviter ça, fixez-vous des objectifs réalistes et adaptez votre projet au temps dont vous disposez.

3- penser que vous avez tout le temps pour l’écrire

Soyons clairs : ce manuscrit, personne ne l’attend. Vous pouvez donc tout aussi bien être encore là dans dix ans, à vous dire que vous avez tout le temps d’écrire l’immense roman que vous portez en vous… Pour éviter ça, fixez-vous des objectifs d’écriture : tant d’heures par semaine ou tant de mots par jour. Testez, voyez ce qui convient le mieux à votre rythme d’écriture et… tenez-vous y !

4- penser que vous n’avez pas de temps pour l’écrire

Vous avez un super-projet, mais voilà : votre agenda déborde, le petit dernier réclame son biberon, l’aînée vous tanne pour l’aider à réviser son contrôle d’histoire, et puis il y a cette fuite dans la salle de bains… Vous vous dites qu’il serait plus sage d’attendre l’été pour vous mettre à écrire, mais vous pensiez déjà cela l’année dernière ! Pour éviter ça, prenez le taureau par les cornes et faites le point sur le temps passé quotidiennement pour chaque activité en dehors de votre activité professionnelle : il y a bien moyen de gagner ½ heure que vous pourrez consacrer à écrire, du moins si vous en avez vraiment envie.

5 – vouloir terminer avant d’avoir commencé

On voudrait tous être capable d’écrire un roman en un mois, et qu’en plus celui-ci soit réussi ! Dans la réalité, c’est un peu plus compliqué et mettre la charrue avant les bœufs ne produit bien souvent qu’un écran de fumée. Pour éviter ça, donnez-vous un cadre, préparez un planning et fixez-vous des rendez-vous d’écriture… et surtout : écrivez !

6- ne pas tenir compte du lecteur

Vous rêvez d’être publié ? Dans ce cas, vous devez tenir compte du lecteur. Non pas pour lui plaire ou le flatter, mais pour lui faire ressentir des émotions. Oublier que quelqu’un va vous lire vous fait courir le risque d’être obscur ou ennuyeux. Pour éviter ça, mettez-vous à la place du lecteur et demandez-vous si vous lui donnez suffisamment d’informations pour qu’il comprenne ce que vous racontez (ce qui ne veut pas dire tout expliquer).

Cet article vous a été utile ? N’hésitez pas à le partager grâce aux boutons ci-dessous. Vous souhaitez être accompagné.e dans l’écriture de votre roman ? Alice et les mots vous propose cet été un atelier en réseau sur le thème Démarrer un roman.

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Paris à lire et à écrire

Paris est un roman… cela, vous le saviez déjà. Mais saviez-vous qu’à Paris vous pouvez déjeuner avec Jonathan Safran Foer, dormir dans la chambre Verdurin à l’hôtel Le Swann ou encore écouter un extrait de Maupassant ou Pouchkine entre quelques pas de salsa ?

Si on est un peu curieux, les occasions ne manquent pas dans la capitale de découvrir les initiatives destinées à célébrer la littérature : des clubs de lecture aux scènes littéraires en passant par les commandos poétiques et autres bals pour danser sur les mots… sans oublier les ateliers d’écriture qui se développent à la vitesse grand V ! Ancienne blogueuse littéraire, aujourd’hui journaliste, Sophie Herber, elle-même passionnée de livres et de mots, a eu l’idée de les recenser dans un très joli petit livre paru début 2018 aux éditions Parigramme : le guide Paris des amateurs de littérature.

Un vrai travail d’investigation

Si elle avoue s’être beaucoup amusée à rassembler toutes ces adresses — elle a elle-même testé le bal littéraire, participé aux rencontres de clubs de lecture, discuté avec des auteurs et avec les organisateurs des manifestations — Sophie n’en a pas moins passé du temps à vérifier toutes les informations. Un gros travail d’investigation pour un résultat payant : au final, c’est une délicieuse impression de bouillonnement culturel qui s’empare de vous lorsque vous parcourez les pages de ce guide. Vous n’avez plus qu’une envie : courir à votre tour participer à un bookcrossing, danser sur les mots ou prendre votre plus belle plume — pardon, votre tablette — pour aller partager un moment d’écriture avec d’autres apprenti.e.s auteur.e.s !

Les enfants aussi

« Je voulais non seulement montrer la diversité de la programmation littéraire à Paris, mais aussi que, même en n’étant pas du cénacle, un passionné de lecture peut rencontrer des auteurs, discuter avec eux, parler de livres et de littérature avec d’autres passionnés… » La première version du guide, parue en 2013, s’est considérablement enrichie, en particulier grâce au regain d’intérêt du public pour la poésie, qui se décline aujourd’hui en commandos poétiques, scène slam et cafés-poésie… et au développement des activités pour les plus jeunes : à travers ateliers d’écriture, lectures, rencontres, les graines de lecteurs découvrent eux aussi le goût des mots ! A quand un guide des amateurs de littérature à Bordeaux, Rennes ou Montpellier ?

 

5 moyens de débloquer l’écriture

Depuis quelque temps, vous avez beau vous poser devant votre ordinateur, rien ne vient. L’écran vous hypnotise, la feuille blanche vous donne le tournis ? C’est le moment de déclencher le plan B.

Bonne nouvelle : tout le monde nait avec un potentiel créatif. Mauvaise nouvelle : il s’érode avec le temps… surtout quand il est peu sollicité. De quoi créer un terrain propice au célèbre blocage de l’écrivain. Pour en sortir, bousculez votre routine d’écriture et réveillez votre créativité

Changez de stylo

Vous écrivez uniquement au clavier ? Achetez un carnet, un cahier, écrivez sur des feuilles volantes, des post-it, des tickets de métro (le format peut aussi générer des textes surprenants ). A l’inverse, si vous êtes plutôt adepte du « premier jet » sur papier, écrivez cette fois-ci directement à l’ordinateur. Forcez-vous à changer de manière de procéder, le résultat est payant !

Changez de décor

Vous écrivez toujours à la table de la cuisine, ou dans le bureau que vous avez tout spécialement aménagé ? Allez vous installer au café, à la bibliothèque ou inscrivez-vous à un atelier d’écriture. A l’inverse, si vous n’écrivez jamais que dans les lieux publics, rentrez chez vous et installez-vous dans le canapé pour faire votre page d’écriture.

Changez de regard

Lorsque vous écrivez, vous avez une prédilection pour la première personne ? Et si vous essayiez la troisième personne et adoptiez, pour changer, le point de vue du conteur ? (profitez-en pour relire tous les contes de Grimm). Ou, à l’inverse, imaginez un « je » qui ne soit pas vous, mais un narrateur auquel vous inventerez un passé, un présent et des perspectives inattendues. Ecrivez la partition d’un homme si vous êtes une femme et inversement. Mettez-vous dans la peau d’un enfant de moins de dix ans et racontez le monde vu par ses yeux, ou dans la tête d’un vieillard et regardez la vie de sa fenêtre… Imaginez que la voix qui raconte appartient à un animal ou à un objet. Trouvez d’autres idées pour changer de regard et… amusez-vous !

Jouez avec les contraintes

En se focalisant sur la contrainte, l’esprit oublie la peur de la feuille blanche. Ouvrez un livre au hasard et choisissez un mot, puis un autre et encore un autre. Ecrivez une phrase ou une demi-page qui les utilise dans l’ordre où vous les avez trouvés. Ou bien choisissez dans un magazine une photo qui sera le point de départ d’un récit. Ou encore, faites une liste de vos rêves secrets, ceux qui vous tiennent à cœur et que vous aimeriez réaliser. Choisissez-en un et écrivez un texte où vous vous mettez en scène en train de le réaliser.

Oubliez votre ego !

Le premier obstacle à la créativité et à l’écriture, c’est le jugement qu’on porte sur ses propres créations. Un jugement a priori et souvent créatif… de blocages. Comme un oiseau de mauvais augure perché sur votre épaule, prêt  à vous crier dans les oreilles quand survient l’envie d’écrire : « Pour qui tu te prends ? Mais il est nul ce texte !… » Cette sale bestiole voudrait que tout soit parfait, tout de suite, et ne supporte pas les tentatives, les balbutiements, les premiers jets… qui sont des étapes nécessaires. Alors, attrapez-la par une patte et ouvrez la fenêtre.

Envie d’approfondir la question ? Le stage du 25 mars « Débloquer l’écriture » vous propose des outils pour affronter la panne et relancer l’écriture … en vous amusant. Ouvert à toute personne aimant écrire, quelle que soit sa pratique d’écriture.

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En 2018, travaillez votre style…

Cette année, promis-juré, vous allez écrire tous les jours. En commençant par une belle grande liste de bonnes résolutions. Numéro un : travailler votre style…

Quand un jeune auteur lui demandait des conseils pour améliorer son style, Hemingway énonçait quelques règles pour lui fondamentales : écrire des phrases courtes et des premiers paragraphes brefs, employer un langage vigoureux, utiliser des termes positifs (exemple : « laid » plutôt que « peu esthétique »).

Taillez dans le gras

Il avait mis au point une technique qui consistait à supprimer du texte un élément important (par exemple ce qui hantait la vie de son personnage), partant du principe que lorsqu’on ne dit pas quelque chose, cet élément caché existe toujours dans le texte et le rend plus fort. Avant lui, Tchekhov dans ses nouvelles avait porté à son sommet l’art de l’ellipse, allant jusqu’à couper le début et la fin de ses récits pour les retravailler en leur donnant ainsi plus d’intensité. En résumé : faites des phrases simples, taillez dans le gras !

Cherchez la fluidité

On dit qu’une écriture est fluide quand le texte semble couler sans rencontrer d’obstacles. Fuyez les phrases à rallonge, les circonvolutions, gardez-vous de donner trop d’informations dans la même phrase et évitez tout ce qui oblige le lecteur à revenir en arrière pour bien comprendre ce qu’il vient de lire. Enfin, relisez-vous à voix haute : si vous butez sur les phrases, si certains mots paraissent décalés ou difficiles à comprendre, si vous devez vous y reprendre à plusieurs fois, c’est signe que votre texte manque de fluidité.

Evitez la voix passive

La voix passive affaiblit votre texte. Si un éditeur vous écrit « des lourdeurs doivent être supprimées de votre manuscrit », vous vous sentirez moins concerné que par « vous devez supprimer des lourdeurs… ». Alors, faites la chasse à la voix passive et remplacez-la chaque fois que c’est possible par la voix active.

Soignez la précision de vos descriptions

Une bonne description ne ralentit pas le récit et consiste en quelques détails bien choisis qui créent une ambiance ou dessinent un personnage en quelques traits saillants. Sachez utiliser vos cinq sens : souvent, quand on écrit, on fait surtout fonctionner la vue et l’ouïe… Pensez aussi aux odeurs, aux textures, aux goûts. Votre univers deviendra plus riche et plus suggestif !

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Trouver un éditeur

Trouver un éditeur pour son premier roman en l’envoyant par la Poste est pour beaucoup d’auteurs un rêve impossible. Quand elle a commencé à faire le tour des éditeurs, Dany Le Du s’attendait elle aussi à une traversée du désert. Mais le rêve est devenu réalité.

Tu as commencé par sélectionner les éditeurs à qui tu allais proposer ton manuscrit. Comment t’y es-tu prise ? Sur quels critères ?

Mon roman est le premier tome d’une saga, historique, familiale et normande. J’ai donc croisé ces quatre termes dans une recherche Google / Fnac. Plus de 200 titres sont sortis, liés à une cinquantaine d’éditeurs. J’ai fait une première sélection en consultant les quatrièmes de couverture et en choisissant les ouvrages que je pourrais avoir envie de lire. Il en est resté une cinquantaine. J’aurais bien aimé connaître leur tirage et leurs ventes mais je n’ai pas trouvé d’infos. J’ai alors fait une recherche dans les bibliothèques de Paris et de Lyon pour savoir s’ils avaient ces ouvrages. Une trentaine de titres sont apparus et je n’ai gardé de ma liste précédente que les éditeurs qui les avaient publiés, une vingtaine environ. Plus les éditions des Falaises, un éditeur normand qui publie des beaux livres, des polars et des romans sur la Normandie, et que j’avais déjà repéré en interrogeant la base de données des éditeurs normands.

Au bout du compte, à qui as-tu envoyé ton manuscrit ?

J’ai choisi les éditeurs qui acceptent les PDF. Ils ne sont pas nombreux : huit, dont les éditions des Falaises. Je reconnais que c’était une sélection arbitraire ! Mais j’ai du mal à comprendre pourquoi les éditeurs continuent à demander des envois papier de la totalité du texte. Ils ne se préoccupent pas du coût que cela représente pour les auteurs, pour les arbres et pour le transport, alors que la plupart de ces manuscrits finissent à la poubelle sans jamais avoir été lus au-delà du premier chapitre… puisque tout le monde sait que ce sont les premières pages qui décident du sort de l’ouvrage. Proposer l’envoi de fichier me semblait indiquer que l’éditeur se souciait un tantinet de ses auteurs.

Comment s’est passé le premier contact avec celui qui allait devenir ton éditeur ?

C’était le seul qui donnait son mail perso (les autres proposaient des formulaires d’envoi). Je lui ai donc envoyé un simple message qui disait : j’ai écrit une saga en trois tomes qui se passe en Normandie, est-ce que cela peut vous intéresser ? Et, dans le corps du mail pour qu’il n’ait pas à cliquer sur une pièce jointe, j’ai mis le synopsis de la saga et du premier tome, le tout ne dépassant pas un feuillet (1). Dès le lendemain m’est parvenue sa réponse : « Oui, je veux bien lire, envoyez-moi le PDF » ! Un mois plus tard, j’ai reçu un mail qui disait : « Je lis votre roman avec beaucoup de plaisir, j’en suis à la moitié, je vous appelle dès que j’ai fini ». Je lui ai alors proposé le synopsis du tome 2 et, dès la semaine suivante, il me donnait son accord. Bingo !

Et avec les autres éditeurs ?

Dans la foulée, j’ai fait le même envoi aux autres éditeurs sélectionnés, cette fois sur le formulaire d’envoi, avec l’ensemble du texte et sans mot d’accompagnement puisque cela n’était pas prévu par le format du protocole.

Parmi les éditeurs parisiens, celui qui me tentait le plus (Les Presses de la Cité, spécialiste du genre et gros tirages) avait refusé rapidement. Deux autres avaient également décliné, me renvoyant sur un partenaire faisant de l’autoédition. Puis ce furent des lettres types, deux mois plus tard.

As-tu un conseil à donner aux auteurs qui envoient pour la première fois un manuscrit à un éditeur ?

Je leur conseillerais de lire d’abord très attentivement les informations et les conseils de Luc Deborde du site* Humanis.

* Où vous apprendrez, entre autres, que le pire moment pour envoyer son manuscrit est le mois de janvier (les éditeurs préparent la rentrée littéraire d’hiver). C’est pourtant celui où tous les auteurs font leurs envois aux éditeurs ! Faites passer le message…

Le tome 1 d’Une saga normande sera publié en janvier 2018 aux éditions des Falaises. Dany Le Du a écrit les deux premiers tomes dans le cadre de l’Atelier du Manuscrit proposé par Alice et les mots.

 

(1) Soit 1500 caractères, espaces compris

Rentrée : pourquoi pas la nouvelle ?

Même si, une fois de plus, la rentrée littéraire fait mine d’ignorer la nouvelle, le format court a ses adeptes parmi les plus grands auteurs : par le passé, Maupassant, Poe, Tchekhov, Carver… aujourd’hui, Joyce Carol Oates, Murakami ou Le Clézio. Il reste aussi l’un des plus prisés par les apprentis-auteurs. Envie de vous lancer ?

Avant tout, il faut le dire : « faire court » ne suffit pas à faire une nouvelle. Un poème, un billet d’humeur, un portrait, une chronique sont des textes courts… ce ne sont pourtant pas des nouvelles. Alors, qu’est-ce qui caractérise la nouvelle ? Réponse en 4 points ( à approfondir bien sûr par la lecture de nouvelles ).

Resserrer, densifier

Une nouvelle est, certes, plus courte qu’un  roman mais ce n’est pas sa seule caractéristique. L’action doit se dérouler sur un temps limité. Au contraire du roman, la nouvelle doit être centrée sur une situation et une seule et présenter un petit nombre de personnages. Dans la nouvelle, pas un mot de trop, les digressions n’ont pas leur place. L’écriture est très travaillée en vue d’obtenir un effet (qu’il soit comique, horrifique, à suspense, etc) et de créer une atmosphère.

Construire

C’est là que tout se complique ! Dans la nouvelle à chute,  tout est mis en œuvre dès les premières lignes pour aller droit au but… c’est à dire vers une chute forcément surprenante, voire déstabilisante pour le lecteur. D’où son nom de « nouvelle à chute » : c’est la forme de nouvelle la plus ancienne, celle qu’on retrouve chez les classiques comme chez les contemporains. Cette nouvelle-là raconte une histoire. A ne pas confondre avec la nouvelle d’atmosphère, axée sur l’ambiance et l’intériorité d’un personnage, et qui relève de la tranche de vie plus que d’un scénario avec un début et une fin.

Romancer

Même inspirée d’un fait réel, une nouvelle ne rapporte jamais un événement comme le ferait un reportage. Un nouvelliste reconstruit toujours l’histoire à sa façon. Il y a de l’alchimie là-dedans…

A signaler (quand même !) quelques recueils de nouvelles qui osent se confronter aux pavés de la rentrée : Si un inconnu vous aborde de Laura Kasischke aux éditions Page à Page, et chez nos voisins belges Le jour est aussi une colère blanche d’Eric Brucher et Rien n’arrête les oiseaux de François Salmon aux éditions Luce Wilquin, A voie basse d’Aliénor Debrocq aux éditions Quadrature.

 

Réussir sa chute

chute

Dans la nouvelle à chute, c’est seulement à la dernière phrase que le sens véritable de l’histoire se révèle. Mais comment trouver la meilleure chute, celle qui va scotcher le lecteur tout en restant cohérente avec le récit ?

Avec la nouvelle à chute, l’auteur veut avant tout raconter une histoire, mettre en place des péripéties qui aboutiront à un dénouement surprenant : la fameuse chute. Pour que celle-ci soit crédible et convaincante, elle ne doit pas arriver par hasard mais être amenée comme un prolongement logique et naturel de votre récit… tout en restant imprévisible, de manière à apporter un éclairage nouveau sur tout ce qui s’est déroulé auparavant.

La chute se prépare dès la première ligne

Pour que la chute fonctionne, vous allez composer tout votre récit en fonction d’elle.  Hélas, bien souvent, quand vous démarrez l’écriture d’une nouvelle, vous ne savez pas encore où l’histoire vous entraîne ! Qu’à cela ne tienne, concentrez-vous sur les rebondissements. Dans un récit, il en existe deux sortes : le dévoilement et le coup de théâtre. Ce sont eux qui fournissent les meilleures chutes de nouvelles. Dans le dévoilement, le lecteur découvre une vérité essentielle sur le personnage principal : il n’est pas celui qu’on croyait. Cela implique que, dès le début, l’auteur doit créer une illusion à laquelle le lecteur se laisse prendre. Attention, il n’est pas question de mentir au lecteur, ce serait très mal vu ! Mais vous pouvez le faire par omission. Le coup de théâtre, quant à lui, est un retournement de situation : la parure était fausse (Maupassant, La Parure), le tueur est pris à son propre piège (D.Daeninckx, Loto stoppeur), le héros découvre que ce qu’il prenait pour un rêve est en fait la réalité (J. Cortazar, La nuit face au ciel)…

Relisez-vous, taillez, coupez

Il est rare qu’un auteur y arrive du premier coup ! Mais une nouvelle, vous le savez, ça se relit, ça se polit, ça se retaille comme un beau vêtement. Vous vous relirez plutôt trois fois qu’une, pour vérifier que tous les fils du récit sont tirés pour aboutir en un seul et même point : la chute. Au besoin, vous préciserez ou apporterez des informations manquantes. Ou vous en supprimerez… car, pour installer dès le départ une tension dans le récit (indispensable pour maintenir l’intérêt du lecteur), vous devez éliminer tout ce qui peut diluer cette tension : les descriptions trop longues, les explications ou commentaires d’auteur (le lecteur n’a pas besoin qu’on lui mette les points sur les i), les adjectifs et adverbes inutiles… Il s’agit d’aller droit au but, sans que votre lecteur puisse deviner ce que vous mijotez avant d’y être arrivé. Alors, un conseil : si vous voulez que votre chute soit réussie, évitez à tout prix les fins-clichés, les dénouements attendus, les événements téléphonés… On ne vous le pardonnerait pas.

Comment devient-on écrivain ?

Tout le monde* voudrait être écrivain. Vous, peut-être, qui avez un beau brin de plume et vous demandez de temps à autre comment faire pour devenir un professionnel de l’écriture. Parce qu’au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit…

Vous aimez écrire ? Votre entourage apprécie votre prose ? Vous rêvez parfois de vivre de l’écriture ? Alors, qu’attendez-vous ? L’inspiration ? Elle n’existe pas (ou si peu). D’avoir le temps ? Un stylo neuf ? Le Power Book dernière génération ? Une chaise à votre nom, comme les vedettes dans les films ? Oubliez tout cela.  Pour devenir écrivain, dit Stephen King*, il faut d’abord « lire beaucoup et beaucoup écrire ». Programme simple, basique. Et pro.

SOS manuscritPas un jour sans écrire

Beaucoup écrire, pour S. King, c’est écrire tous les jours : « Si je n’écris pas tous les jours, les personnages commencent à se rassir dans mon esprit : ils se mettent à avoir l’air de personnages et non plus de vraies personnes. Le tranchant narratif se rouille, je perds peu à peu mon emprise sur l’intrigue et le rythme de l’histoire. Pis que tout, l’excitation que je ressens à dévider quelque chose de nouveau commence à retomber. Ecrire devient fastidieux et, pour la plupart des écrivains, cette impression de travailler est le baiser de la Mort. On n’écrit jamais aussi bien — et ceci est toujours, toujours vrai — que lorsqu’il s’agit de jouer à une sorte de jeu inspiré. »

Travailler son endurance

Un « jeu » auquel S. King s’adonne sans répit : « Y compris le jour de Noël, le 4 Juillet** et le jour de mon anniversaire ». Paradoxalement, s’imposer des horaires de bureau lui permet de garder l’excitation du jeu ! Il n’est pas le seul dans ce cas : Neil Jomunsi, initiateur du projet Bradbury et auteur de nouvelles, rapporte que pour chacune des 52 nouvelles de son projet, il a écrit son premier jet de 9h 30 à midi puis de 14 h à… « jusqu’à ce que je m’écroule ». Amélie Nothomb, pour sa part, se lève tous les jours à 4 h du matin pour écrire jusqu’en fin de matinée. Joyce Carol Oates, Elisabeth George ou Haruki Murakami courent quotidiennement des kilomètres pour augmenter leur endurance… avant de se visser à leur chaise et à leur manuscrit.

Ecrire quand même

Ecrire a quelque chose à voir avec la course de fond : c’est la même persévérance, le même acharnement qui est mis en œuvre. Mais moi, me direz-vous, salarié à temps complet, comment pourrais-je tenir un tel rythme ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul dans ce cas : dans L’Art du suspense, Patricia Highsmith raconte qu’avant de publier son premier manuscrit elle avait un travail de bureau quelque part. Elle reprenait son manuscrit tous les soirs en rentrant chez elle. Tchekhov était médecin, Kafka inspecteur d’assurances, Didier Daeninckx a longtemps travaillé comme ouvrier imprimeur et Daniel Pennac, comme professeur… cumulant travail de jour et écriture. Leur secret ? Il est peut-être dans cette phrase de Murakami : « Je n’ai jamais eu la moindre ambition d’être romancier. J’ai juste eu le désir ardent d’écrire un roman » (3). Alors, ce manuscrit, quand vous y collez-vous ?

* pour être précis, disons presque tout le monde

(1) Ecriture, mémoires d’un métier (éd. Albin Michel).

(2) fête de l’Indépendance, jour férié aux USA

(3) Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, éditions 10/18

Si malgré tout vous n’arrivez pas à vous motiver tout seul, vous pouvez demander un suivi individuel ou quelques séances de coaching pour mettre votre manuscrit sur les rails…

C’est la rentrée, gardez le rythme !

© Bengt Nyman

© Bengt Nyman

« Qu’est-ce qui fait le rythme d’une phrase ?

Le nombre de syllabes dans cette phrase ; dans chacun de ses membres ; le rapport entre ces nombres ; le nombre de ces membres… Compter sur ses doigts ne suffit pas — ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas compter, au contraire !

Rythmes de détail, rythmes d’ensemble…

Le rythme du français, plus difficile encore à trouver. Les langues à accent tonique remuent comme la mer, chaque mot est une vague. Le français, lui, est une surface étale. Un lac aux mille reflets ».

 Michel Volkovitch, Verbier – Herbier verbal à l’usage des écrivants et des lisants

Histoire de nous donner un exemple concret, M. Volkovitch cite cette phrase de Flaubert extraite de Madame Bovary  : « … et, quand il aperçut la première fois cette chevelure entière (6) qui descendait (4) jusqu’aux jarrets (4) en déroulant (4) ses anneaux noirs (4), ce fut pour lui (4), le pauvre enfant (4), comme l’entrée subite dans quelque chose d’extraordinaire (5+4+5) dont la splendeur (4) l’effraya (3). » Les chiffres entre parenthèses indiquent, vous l’aurez compris, le nombre de syllabes qui scande, pour commencer, « le déroulement sans fin des anneaux noirs (avalanche de 4) puis le rythme gonfle soudain comme le cœur dans la poitrine, puis revient brièvement au leitmotiv obsédant (4) pour mieux faire ressortir l’impair de la fin, si bref, et d’autant plus frappant qu’on ne l’avait pas encore entendu. »

Essayez d’écrire, après ça…

(essayez quand même, allez… après tout, c’est la rentrée et Flaubert et le « Verbier », dont on recommandera vivement la lecture, sont de sacrés professeurs !)

Romanciers en herbe : écrivez tout l’été

Cette fois-ci, c’est décidé : vous allez profiter de l’été pour écrire autre chose que les bouts de textes qui s’entassent au fil des mois dans vos tiroirs ou vos fichiers. Osez le gros mot, vous allez vous lancer dans un roman. En toute simplicité.

machine_acc80_ecc81crire.jpgL’été dernier, Alice et les mots avec les « tiroirs d’écriture » vous proposait d’écrire des textes brefs. Cette année, les propositions qui apparaîtront ici vous donneront des pistes pour démarrer un récit au long cours. Comme l’année dernière, vous pourrez envoyer vos textes par mail à boitealice{arobase}gmail.com et les cinq textes qui arriveront les premiers recevront un « retour » gratuit.

Vous êtes prêts ? C’est parti !

La première proposition tient en peu de mots, une situation banale en apparence : au café, votre personnage (homme ou femme) surprend une conversation qui éveille son attention.

C’est le point de départ : la conversation surprise doit être suffisamment insolite ou concerner votre personnage de très près pour éveiller sa curiosité et enclencher la suite des événements. Vous ne trouverez pas forcément du premier coup « la » bonne idée, mais vous pouvez en cherchant bien en trouver quelques unes… même si votre cerveau subit les fluctuations du thermomètre. Vous voulez écrire, que diable ! Ça mérite bien un petit effort.croquis

Un conseil : pour écrire cette scène, exercez-vous d’abord à la visualiser. Demandez-vous à quoi ressemble le café où démarre votre histoire. Est-il situé en grande ville ou dans un village, les personnages se trouvent-ils en terrasse ou à l’intérieur, y a-t-il du monde dans ce café, quels sons, quelles odeurs, quelles couleurs perçoivent-ils ? A quelle époque se passe cette scène, à quel moment de la journée (ou de la nuit) ? Où se tiennent les différents personnages, comment s’expriment-ils, ont-ils une caractéristique physique particulière, une façon de s’habiller, un accent, un défaut de langage voire un handicap ? Mieux vous verrez la scène et son décor, mieux vous pourrez la restituer sur le papier.

Surtout, amusez-vous ! Cet atelier d’été ne vous promet pas que vous écrirez en deux mois le roman de votre vie, mais il vous donnera des pistes pour vous exercer, qui pourront vous servir pour en écrire un autre… plus tard, quand vous aurez pris confiance et que vous aurez entrainé votre plume sur la distance. Profitez, c’est l’été…

Les propositions d’écriture arriveront sur le blog au fil de l’été : suivez-le et n’hésitez pas à envoyer vos textes ! Si vous êtes parmi les premiers, vous recevrez un retour détaillé. On vous attend…

Vous voulez écrire, mais en étant sûr d’avoir des lecteurs et des retours ? L’atelier par mail démarre le 6 juillet et vous invite à explorer les ressorts dramatiques du huis clos et les démons intérieurs de vos personnages…