Réussir sa chute

chute

Dans la nouvelle à chute, c’est seulement à la dernière phrase que le sens véritable de l’histoire se révèle. Mais comment trouver la meilleure chute, celle qui va scotcher le lecteur tout en restant cohérente avec le récit ?

Avec la nouvelle à chute, l’auteur veut avant tout raconter une histoire, mettre en place des péripéties qui aboutiront à un dénouement surprenant : la fameuse chute. Pour que celle-ci soit crédible et convaincante, elle ne doit pas arriver par hasard mais être amenée comme un prolongement logique et naturel de votre récit… tout en restant imprévisible, de manière à apporter un éclairage nouveau sur tout ce qui s’est déroulé auparavant.

La chute se prépare dès la première ligne

Pour que la chute fonctionne, vous allez composer tout votre récit en fonction d’elle.  Hélas, bien souvent, quand vous démarrez l’écriture d’une nouvelle, vous ne savez pas encore où l’histoire vous entraîne ! Qu’à cela ne tienne, concentrez-vous sur les rebondissements. Dans un récit, il en existe deux sortes : le dévoilement et le coup de théâtre. Ce sont eux qui fournissent les meilleures chutes de nouvelles. Dans le dévoilement, le lecteur découvre une vérité essentielle sur le personnage principal : il n’est pas celui qu’on croyait. Cela implique que, dès le début, l’auteur doit créer une illusion à laquelle le lecteur se laisse prendre. Attention, il n’est pas question de mentir au lecteur, ce serait très mal vu ! Mais vous pouvez le faire par omission. Le coup de théâtre, quant à lui, est un retournement de situation : la parure était fausse (Maupassant, La Parure), le tueur est pris à son propre piège (D.Daeninckx, Loto stoppeur), le héros découvre que ce qu’il prenait pour un rêve est en fait la réalité (J. Cortazar, La nuit face au ciel)…

Relisez-vous, taillez, coupez

Il est rare qu’un auteur y arrive du premier coup ! Mais une nouvelle, vous le savez, ça se relit, ça se polit, ça se retaille comme un beau vêtement. Vous vous relirez plutôt trois fois qu’une, pour vérifier que tous les fils du récit sont tirés pour aboutir en un seul et même point : la chute. Au besoin, vous préciserez ou apporterez des informations manquantes. Ou vous en supprimerez… car, pour installer dès le départ une tension dans le récit (indispensable pour maintenir l’intérêt du lecteur), vous devez éliminer tout ce qui peut diluer cette tension : les descriptions trop longues, les explications ou commentaires d’auteur (le lecteur n’a pas besoin qu’on lui mette les points sur les i), les adjectifs et adverbes inutiles… Il s’agit d’aller droit au but, sans que votre lecteur puisse deviner ce que vous mijotez avant d’y être arrivé. Alors, un conseil : si vous voulez que votre chute soit réussie, évitez à tout prix les fins-clichés, les dénouements attendus, les événements téléphonés… On ne vous le pardonnerait pas.

Comment devient-on écrivain ?

Tout le monde* voudrait être écrivain. Vous, peut-être, qui avez un beau brin de plume et vous demandez de temps à autre comment faire pour devenir un professionnel de l’écriture. Parce qu’au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit…

Vous aimez écrire ? Votre entourage apprécie votre prose ? Vous rêvez parfois de vivre de l’écriture ? Alors, qu’attendez-vous ? L’inspiration ? Elle n’existe pas (ou si peu). D’avoir le temps ? Un stylo neuf ? Le Power Book dernière génération ? Une chaise à votre nom, comme les vedettes dans les films ? Oubliez tout cela.  Pour devenir écrivain, dit Stephen King*, il faut d’abord « lire beaucoup et beaucoup écrire ». Programme simple, basique. Et pro.

SOS manuscritPas un jour sans écrire

Beaucoup écrire, pour S. King, c’est écrire tous les jours : « Si je n’écris pas tous les jours, les personnages commencent à se rassir dans mon esprit : ils se mettent à avoir l’air de personnages et non plus de vraies personnes. Le tranchant narratif se rouille, je perds peu à peu mon emprise sur l’intrigue et le rythme de l’histoire. Pis que tout, l’excitation que je ressens à dévider quelque chose de nouveau commence à retomber. Ecrire devient fastidieux et, pour la plupart des écrivains, cette impression de travailler est le baiser de la Mort. On n’écrit jamais aussi bien — et ceci est toujours, toujours vrai — que lorsqu’il s’agit de jouer à une sorte de jeu inspiré. »

Travailler son endurance

Un « jeu » auquel S. King s’adonne sans répit : « Y compris le jour de Noël, le 4 Juillet** et le jour de mon anniversaire ». Paradoxalement, s’imposer des horaires de bureau lui permet de garder l’excitation du jeu ! Il n’est pas le seul dans ce cas : Neil Jomunsi, initiateur du projet Bradbury et auteur de nouvelles, rapporte que pour chacune des 52 nouvelles de son projet, il a écrit son premier jet de 9h 30 à midi puis de 14 h à… « jusqu’à ce que je m’écroule ». Amélie Nothomb, pour sa part, se lève tous les jours à 4 h du matin pour écrire jusqu’en fin de matinée. Joyce Carol Oates, Elisabeth George ou Haruki Murakami courent quotidiennement des kilomètres pour augmenter leur endurance… avant de se visser à leur chaise et à leur manuscrit.

Ecrire quand même

Ecrire a quelque chose à voir avec la course de fond : c’est la même persévérance, le même acharnement qui est mis en œuvre. Mais moi, me direz-vous, salarié à temps complet, comment pourrais-je tenir un tel rythme ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul dans ce cas : dans L’Art du suspense, Patricia Highsmith raconte qu’avant de publier son premier manuscrit elle avait un travail de bureau quelque part. Elle reprenait son manuscrit tous les soirs en rentrant chez elle. Tchekhov était médecin, Kafka inspecteur d’assurances, Didier Daeninckx a longtemps travaillé comme ouvrier imprimeur et Daniel Pennac, comme professeur… cumulant travail de jour et écriture. Leur secret ? Il est peut-être dans cette phrase de Murakami : « Je n’ai jamais eu la moindre ambition d’être romancier. J’ai juste eu le désir ardent d’écrire un roman » (3). Alors, ce manuscrit, quand vous y collez-vous ?

* pour être précis, disons presque tout le monde

(1) Ecriture, mémoires d’un métier (éd. Albin Michel).

(2) fête de l’Indépendance, jour férié aux USA

(3) Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, éditions 10/18

Si malgré tout vous n’arrivez pas à vous motiver tout seul, vous pouvez demander un suivi individuel ou quelques séances de coaching pour mettre votre manuscrit sur les rails…

C’est la rentrée, gardez le rythme !

© Bengt Nyman

© Bengt Nyman

« Qu’est-ce qui fait le rythme d’une phrase ?

Le nombre de syllabes dans cette phrase ; dans chacun de ses membres ; le rapport entre ces nombres ; le nombre de ces membres… Compter sur ses doigts ne suffit pas — ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas compter, au contraire !

Rythmes de détail, rythmes d’ensemble…

Le rythme du français, plus difficile encore à trouver. Les langues à accent tonique remuent comme la mer, chaque mot est une vague. Le français, lui, est une surface étale. Un lac aux mille reflets ».

 Michel Volkovitch, Verbier – Herbier verbal à l’usage des écrivants et des lisants

Histoire de nous donner un exemple concret, M. Volkovitch cite cette phrase de Flaubert extraite de Madame Bovary  : « … et, quand il aperçut la première fois cette chevelure entière (6) qui descendait (4) jusqu’aux jarrets (4) en déroulant (4) ses anneaux noirs (4), ce fut pour lui (4), le pauvre enfant (4), comme l’entrée subite dans quelque chose d’extraordinaire (5+4+5) dont la splendeur (4) l’effraya (3). » Les chiffres entre parenthèses indiquent, vous l’aurez compris, le nombre de syllabes qui scande, pour commencer, « le déroulement sans fin des anneaux noirs (avalanche de 4) puis le rythme gonfle soudain comme le cœur dans la poitrine, puis revient brièvement au leitmotiv obsédant (4) pour mieux faire ressortir l’impair de la fin, si bref, et d’autant plus frappant qu’on ne l’avait pas encore entendu. »

Essayez d’écrire, après ça…

(essayez quand même, allez… après tout, c’est la rentrée et Flaubert et le « Verbier », dont on recommandera vivement la lecture, sont de sacrés professeurs !)

Romanciers en herbe : écrivez tout l’été

Cette fois-ci, c’est décidé : vous allez profiter de l’été pour écrire autre chose que les bouts de textes qui s’entassent au fil des mois dans vos tiroirs ou vos fichiers. Osez le gros mot, vous allez vous lancer dans un roman. En toute simplicité.

machine_acc80_ecc81crire.jpgL’été dernier, Alice et les mots avec les « tiroirs d’écriture » vous proposait d’écrire des textes brefs. Cette année, les propositions qui apparaîtront ici vous donneront des pistes pour démarrer un récit au long cours. Comme l’année dernière, vous pourrez envoyer vos textes par mail à boitealice{arobase}gmail.com et les cinq textes qui arriveront les premiers recevront un « retour » gratuit.

Vous êtes prêts ? C’est parti !

La première proposition tient en peu de mots, une situation banale en apparence : au café, votre personnage (homme ou femme) surprend une conversation qui éveille son attention.

C’est le point de départ : la conversation surprise doit être suffisamment insolite ou concerner votre personnage de très près pour éveiller sa curiosité et enclencher la suite des événements. Vous ne trouverez pas forcément du premier coup « la » bonne idée, mais vous pouvez en cherchant bien en trouver quelques unes… même si votre cerveau subit les fluctuations du thermomètre. Vous voulez écrire, que diable ! Ça mérite bien un petit effort.croquis

Un conseil : pour écrire cette scène, exercez-vous d’abord à la visualiser. Demandez-vous à quoi ressemble le café où démarre votre histoire. Est-il situé en grande ville ou dans un village, les personnages se trouvent-ils en terrasse ou à l’intérieur, y a-t-il du monde dans ce café, quels sons, quelles odeurs, quelles couleurs perçoivent-ils ? A quelle époque se passe cette scène, à quel moment de la journée (ou de la nuit) ? Où se tiennent les différents personnages, comment s’expriment-ils, ont-ils une caractéristique physique particulière, une façon de s’habiller, un accent, un défaut de langage voire un handicap ? Mieux vous verrez la scène et son décor, mieux vous pourrez la restituer sur le papier.

Surtout, amusez-vous ! Cet atelier d’été ne vous promet pas que vous écrirez en deux mois le roman de votre vie, mais il vous donnera des pistes pour vous exercer, qui pourront vous servir pour en écrire un autre… plus tard, quand vous aurez pris confiance et que vous aurez entrainé votre plume sur la distance. Profitez, c’est l’été…

Les propositions d’écriture arriveront sur le blog au fil de l’été : suivez-le et n’hésitez pas à envoyer vos textes ! Si vous êtes parmi les premiers, vous recevrez un retour détaillé. On vous attend…

Vous voulez écrire, mais en étant sûr d’avoir des lecteurs et des retours ? L’atelier par mail démarre le 6 juillet et vous invite à explorer les ressorts dramatiques du huis clos et les démons intérieurs de vos personnages…